Négation de la culture ouvrière & autres représentations

 

Chloé Dubois

Délaissés du monde culturel, les ouvriers demeurent sous-représentés dans un système médiatique omnipotent, où la diversité est aussi rare que conforme aux préjugés véhiculés par notre société. Avec son dernier film, «La fille du patron», Olivier Lousteau rompt très justement avec cette insidieuse habitude, visant à éclipser une partie de la population française de nos écrans. En centrant son scénario sur le quotidien des salariés d’une usine en difficulté, il offre la possibilité au spectateur de s’interroger sur ce qui est ordinairement donné à voir : l’image d’un être marginalisé, sans profondeur – lorsqu’il n’est pas assimilé à la violence.

Longtemps source d’inspiration dans la littérature et le cinéma, le monde ouvrier se retrouve aujourd’hui abandonné au profit des classes supérieures. Pourtant, les personnages issus du prolétariat étaient alors érigés en héros, porteurs d’idéaux et de valeurs sociales.

Présentée comme la classe dont il faut s’extraire pour tendre à la réussite et à l’épanouissement, la classe ouvrière se retrouve noyée par l’envergure et la ténacité des préjugés véhiculés par les médias. Constamment réduit à sa position de dominé, le rôle de l’ouvrier ou de l’employé va très rarement au-delà de l’image qui lui est prêtée – entaché d’un misérabilisme révoltant. Mais comment envisager une représentation crédible lorsque la connaissance du monde ouvrier se base sur des faits de violences et autres chemises arrachées ?

Dans un tel contexte politique et social, l’expression d’une réflexion artistique, culturelle et militante manque cruellement au débat, notamment pour espérer la possibilité d’une future cohésion sociale.

Publicités

Dusty Mush, réverbérations incandescentes au Shakirail

10712559_516120991824951_2773602842958403402_o

Dans la salle aux rideaux rouges et tuyaux apparents, à la lumière criarde des néons le public s’agite violemment. Une cinquantaine de personnes fourmillent à l’intérieur, tout autant à l’extérieur, ils boivent des bières, rient bruyamment. Le personnel garde les portes de l’entrée et ne laisse plus pénétrer personne. « 1200 likes sur Facebook on pensait que vous ramèneriez du monde! » clamait plus tôt le chanteur de Dr. Chan aux Dusty Mush . Et finalement ces likes ont tenu leur promesse car rien ne laissait présager une telle foule et l’inquiétude des gérants et des groupes se laissait lire sur leurs mines soucieuses face à un public peu affluent.

Cédric, Maxime et Romain forment le groupe Dusty Mush, ils viennent de Meulin et jouent ensemble depuis 2011, date à laquelle ils ont chacun commencé leurs instruments respectifs, à savoir la batterie, la guitare et la basse. Ce soir c’est au Shakirail, ancien entrepôt de la SNCF à Marx Dormoy que le groupe joue avec deux autres groupes de rock garage. Vers 16 heures ils installent leurs instruments et branchent leurs fils sur la scène tandis que l’ingénieur du son leur demande comment doit sonner leur musique. Cédric explique « C’est les instrus en preums, ça doit être punchy ». Concentrés, leurs fronts plissés, ils règlent leurs instruments et effectuent leurs arrangements. Le batteur se trompe sur l’une de ses requêtes « tuez-moi » il dit, embarrassé.

C’est le moment de prendre place autour d’une grande table, des grosses casseroles en métal y sont disposées. Les membres de Dr. Chan, Cannery Terror et Dusty Mush mangent un riz-curry à la bonne franquette partageant leurs anecdotes de concerts passés. Puis c’est autour d’un petit feu alimenté par l’autodafé d’anciens livres aux pages jaunies, sous les guirlandes du jardin, qu’ils boivent des bières et fument leurs cigarettes dont ils jettent les mégots dans les braises. Assis dans le froid, attendant le moment fatidique, Romain soupire « C’est trop long, j’en ai marre », ce à quoi acquiescent les autres.

Le public arrive. Elisabeth Hong originaire de Sydney et Michelle Cao de Seattle adorent le côté intimiste de l’endroit. Elles expliquent « C’est comme un rooftop ou un backyard chez quelqu’un, c’est très amical comme atmosphère ». La vue sur les trains qui passent et les immeubles éclairés est en effet chose très rare dans le nord-est de Paris.  

Vers 21h30 Cannery Terror envahit la salle d’un son psychédélique et tout le public bouge en rythme. La chaleur monte. Un peu plus tard les Dusty Mush commencent une sorte de grande ascension musicale démoniaque ponctuée des « Ouh » réverbérés du chanteur. Leur son est garage, lo-fi, électrique. Les riffs s’étendent, le fuzz rugit, leurs sons sont comme de longues distorsions Oh Seesiennes, qui est d’ailleurs une de leurs références. À la fin du concert Romain sort heureux bien qu’à bout de souffle “Et ouais l’ambiance fait tout!” me lâche-t-il, souriant.

Chayma Mehenna