La partie n’est pas finie, l’Arcade a encore une vie

Autrefois, lieux de toutes les rixes virtuelles, les salles d’arcades sont depuis quelques années à l’agonie. Alors que celles-ci pullulaient, autant dans les grandes villes que dans les bourgades les plus modestes, ces lieux de jeu comme ses pratiquants sont aujourd’hui une espèce en voie de disparition. Pourtant, certaines résistent encore et toujours à l’inévitable destin funeste qu’on leur promet. Fin de partie pour l’arcade ? Pas si sûr…

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(Crédit image : Rad Arcade/Flickr)

Fer-de-lance de la pratique vidéoludique dans les années 80, les bornes d’arcade ont connu leurs heures de gloire et ont vu ses héros pixelisés, élevés au panthéon de la culture populaire. Donkey Kong & Mario, Pacman, Space Invaders, Street Fighter… Tous ces noms qui, encore aujourd’hui, font vendre des palettes entières de jeux ont bien bel et bien fait leurs débuts sur ces machines d’un autre temps, composés d’une myriade de boutons et de cet étrange « joystick » souvent maltraité.


Tuées en pleine gloire par l’arrivée des consoles de cinquième génération (ère Nintendo 64 – Playstation) dans les foyers, les bornes d’arcades et par extension leurs salles dédiées ont alors commencé à afficher à tour de rôle un message devenu une litanie : «
Game Over ».
Un pur paradoxe à l’heure où la France comme d’autres pays occidentaux connaissent aujourd’hui une véritable vague d’intérêt pour le retrogaming (comprenez, le fait de pratiquer des jeux anciens). Ces jeux vintage sont aujourd’hui devenus la cible privilégiée des revendeurs comme de l’industrie qui compte bien faire marcher la poule aux oeufs d’or jusqu’à l’épuisement.


Déjà disparus depuis belle lurette dans les communes, c’est au tour des grandes villes de perdre un par un, ses lieux de joutes vidéoludiques. Le 10 octobre dernier, Arcade Street, une des salles les plus prisées de la capitale, fermait définitivement ses portes après 6 années d’activité et des milliers de parties disputés en son sein. Aujourd’hui, on compte les salles survivantes sur les doigts d’une main… S’il est clairement devenu vital pour ces salles de se diversifier pour survivre, la démarche n’est pas la même pour toutes. La Tête dans les nuages, mastodonte du secteur sur Paris, a choisi son camp. Ce haut lieu de l’arcade, tenu par des gérants de casino, étale dorénavant entre ses nombreuses machines, des pistes de bowling, grappins de fête foraine et autre taureau mécanique. Des divertissements très loin des classiques vidéoludiques qui en font définitivement un endroit atypique, qui tente par tous les moyens d’attirer une autre clientèle que les habituels joueurs invétérés.

« La culture de la pièce »

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Crédit photo : Extra Life Café/Ghislain Foulachon

Un endroit qui ne ressemble à aucun autre, c’était aussi le pari de Ghislain et de son frère Grégory lorsqu’ils ont ouvert en juin 2015, l’Extra Life Café. Inspiré des manga kissa japonais, ces collectionneurs et bébés du Club Dorothée ont franchi le pas après un voyage au Japon. À leur retour ce fut le déclic. Ce rêve, ce « Graal ultime du joueur » s’est aujourd’hui concrétisé en un lieu de 150 m2 qui comprend : un café, une salle d’arcade et une mangathèque avec près de 6000 ouvrages. Interrogé sur ces fermetures, Ghislain ne peut que l’admettre : « C’est un triste constat. On est toujours dans la bataille, mais on se sent de plus en plus seul. Ça fait peur et le fait d’avoir moins d’acteurs de l’arcade. Eh bien, on se sent forcément moins fort. » L’explication est simple pour Ghislain, le problème est culturel : « En France on n’a pas ce que l’on appelle la culture de la pièce. Au Japon, quand tu vas dans une salle d’arcade, tu mets ta pièce dans la borne, avec l’objectif de rester le plus longtemps possible. Et c’est pour cela que l’arcade existe toujours là-bas. En France, on préfère jouer chez soi. C’est déjà compliqué de faire sortir les gens de chez soi, alors mettre une pièce dans la borne pour 5-10 minutes de jeu… ». Il faut dire que le budget peut vite devenir conséquent. De 50 centimes à 2 euros par session selon la bonté des salles, les parties endiablées peuvent rapidement coûter leur pesant d’or aux joueurs.

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Crédit photo : Extra Life Café/Ghislain Foulachon

Toutes ces contraintes ont peu à peu façonné le modèle de l’Extra Life Café, à savoir le choix de pratiquer un forfait. Pour une session d’une heure de jeu, il n’en coûtera au joueur avisé que 4 euros. Plus qu’il n’en faut pour expérimenter les 7 bornes d’arcades, les nombreuses consoles et piocher parmi les 700 jeux originaux possédés par Ghislain et son frère. On y trouve des classiques du genre comme Smash Bros, Mario Kart, Windjammers, Street Fighter et même une borne Dance Dance Revolution, squattée en permanence par une communauté très active de danseurs vidéoludique.
Le côté positif de cette diversification pour Ghislain est notamment le fait de voir débarquer dans ses locaux, un autre public que les habitués du stick. « On accueille des familles par exemple. Des parents avec leurs enfants à qui ils veulent faire découvrir les sensations de leurs 10 ans. On a même des personnes de 60 ans qui viennent ! Les gens qui jouent à la maison jouent en solitaire. Ici on découvre que les gens viennent pour avant tout partager un jeu, que ce soit avec des amis ou même des inconnus. Ils remplissent ce petit manque. »

fichier-29-11-2016-01-59-05Lancé récemment, l’avenir n’inquiète pourtant pas Ghislain qui croit en son modèle : « On est proches de nos clients. On voit leurs attentes et surtout, on est libre. Demain si tu veux faire un tournoi sur Killer Instinct, ben Bim je te balance un tournoi. C’est vite réglé. Mais surtout, on ne fait pas non plus que du jeu vidéo. On peut aussi faire du jeu de plateau ou organiser un jeu de rôle. Il faut savoir toucher plusieurs communautés de personne et c’est ça la force de notre Extra Life. » Espérons que comme son nom lui prédestine, l’Extra Life Café et l’arcade en général bénéficiera toujours d’un stock de vies supplémentaires pour survivre, renaître et éloigner indéfiniment, le « game over » de nos écrans.

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Martin Nolibé

L’ image à la Une est issue du documentaire « The King of Kong: A Fistful of Quarters« . 

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