Grosse bouffe, petit selfie

Il faut avouer que notre instinct de chasseur-cueilleur s’est pris un sacré coup. Adieu veaux, vaches et cochons : maintenant que le net est devenu un vaste festin, nul besoin d’aller traquer le gibier. Ce sont les images que l’on chasse, et les like que l’on récolte.

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Ainsi fonctionne la chaîne instagramentaire : armé du hashtag #Foodporn, le foodista, à l’affût traque le plus architectural des cupcakes, braconne la plus dégoulinante des quatre-fromages, et décoche ici et là un like qui cautionne son exhibition. Contraction de « food » et de « pornography », ce hashtag est en effet l’un des plus populaires sur la toile. Pas moins d’un million de #Foodporn se balade sur Instagram entre de colossaux cheeseburgers et une énième gaufre croulante sous la chantilly.

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Portant, si le Foodporn désigne à l’origine une mise en scène de son gueuleton le plus gras, on dirait bien que le net tout entier est devenu une vitrine de bouffe, et le terme « foodporn » s’est étendu à tout ce qui touche, de près ou de loin à la nourriture. Un ami qui twitte depuis le resto, l’affriolant prospectus Picard, les publicités dans le métro : tout est photographié, retouché, exhibé. L’eau à la bouche et le twitt à la main, le voyeurisme n’a plus de limites : on peut désormais manger avec les yeux à toute heure du jour ou de la nuit, et mieux encore, faire le tour du monde des saveurs depuis son canapé.

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Mais alors, qu’est-ce que c’est que cette tendance bizarre qui fait refroidir les plats dans l’assiette et grincer des dents celui qui patiente, face à vous, au restaurant ?

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Peut-être le Foodporn fait-il appel à notre instinct de voyeur. Il instaure peut-être une nouvelle forme de pornographie. Lorgner les courbes généreuses de cette mozzarella. Un sexo-trip fantastique sur ce gâteau à triple étage qui vous fait de l’œil derrière l’écran ?

Peut-être les foodistas sont-ils des amateurs de peinture classique. Désemparés par l’extinction de la nature morte, ils exhibent alors en gros plan photographique ce qui finira dans leur estomac. La Raie de Chardin, Les asperges de Manet sont peut-être les aïeux de vos frites exhibées sur la toile. Oui, c’est bien cela : les foodistas ne sont au fond ni des gourmands, ni des pornographes. Ce sont des esthètes.

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Floris Van Schooten © RMN-Grand Palais / Franck Raux

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