Scandales et petits cancans : la mode vit plus fort aux Art décoratifs

Jusqu’au 23 avril 2017, l’exposition « Tenue correcte exigée » au Musée des Arts décoratifs de Paris déshabille les tapages vestimentaires qui électrisent depuis le XIVe siècle, les podiums et les rues.

C’est une robe noire élégante. Elle épouse sobrement les formes de ce corps gracile, presque pudiquement, avant de se retourner et de dévoiler par un décolleté vertigineux, le bas de ses reins. Mireille Darc et sa robe disons, osée, signée Guy Laroche dans Le Grand blond avec une chaussure noire en 1972, en avaient fait rougir certains et rugir d’autres. Dans le monde de la mode, les scandales sont nombreux et ne sont pas près de s’apaiser. Des esclandres toujours d’actualité, que l’exposition « Tenue correcte exigée » met en lumière.

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Interdictions et critiques virulentes

Un tableau de Cranach accueille les visiteurs. Cette représentation du péché originel, Adam et Ève nous fixant dans leur plus simple appareil, pourrait prêter à confusion. Étrange choix du commissaire d’exposition Denis Bruna ? Au contraire : c’est bien dans le Jardin d’Eden qu’ont commencé les premiers éclats, l’obligation de se vêtir pour avoir transgressé l’ordre établi, l’appréhension du regard de l’autre et de la critique. « Sac à patates », « Tu es sûr de vouloir sortir comme ça ? », « C’est une robe ou une meringue ? » : des remarques désobligeantes sont susurrées à l’oreille du visiteur, qui ne peut s’empêcher de vérifier d’un coup d’œil son allure dans le miroir. Une belle entrée dans l’univers des podiums, où les créations des couturiers font jaser depuis le XIVe siècle. Certains en ont même fait leur métier : la voix de Christina Cordula, experte en image, sermonne des conseils sur la tenue idéale pour impressionner la belle-famille. Codes vestimentaires et style ne font pas bon ménage.

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Tenues de circonstances et histoires étonnantes

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Elisabeth Vigée-Lebrun, Marie-Antoinette « en chemise », 1783.

Trop court, trop moulant, trop plongeant… Les transgressions à la loi du « savoir-se-vêtir » évoluent au fil de l’exposition. La scénographie vivante de Constance Guisset, avec un judicieux clin d’œil à la typographie des Galeries Lafayette, organise par thématiques ces esclandres aberrants. Parmi eux,  Marie-Antoinette et sa fameuse robe chemise, qui a valu au peintre Vigée-Lebrun le remplacement du portrait de la Reine en 1783 ; Jack Lang accueilli par des exclamations dans l’Hémicycle en 1985 avec son costume au col Mao ou encore les remarques sexistes face à la robe à fleurs de Cécile Duflot en 2012. Pourtant l’histoire de la mode est aussi une affaire d’inversion des codes. Même les chaussures à talons ont changé de destinataire, n’adoptant leur caractère féminin et érotique qu’au XVIIIe siècle. Avant cela, les escarpins étaient la lubie des messieurs…

Des tabous qui ne sont pas prêts de s’arrêter

Sept siècles de tapages sont ainsi contés, à l’appui de plus de 300 vêtements, accessoires, documents d’archives, peintures et vidéos qui font revivre la stupeur face au tee-shirt moulant de Marlon Brando (Un tramway nommé désir) ou devant les publicités unisexes de Levi’s en 1960. De quoi déclencher l’ire des réactionnaires et des moralistes.

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Ces tapages interpellent le visiteur, ébahi par les dates qui ne sont pas si lointaines : en 1880, une femme avait besoin d’une autorisation pour porter un pantalon… Ébahi aussi par les costumes en soie et les robes corsetées des Arts décoratifs qui nous ont déjà fait rêver (« La Mécanique des dessous » en 2013, « Déboutonner la mode » en 2015). Cependant, les propos vont plus loin cette fois : Pourquoi la capuche créée-t-elle la polémique depuis le XIVe siècle ? Quelles stratégies les maisons de mode usent-elles pour continuer à attirer les regards ? A Simone de Beauvoir la conclusion de cette exposition rythmée : « Ce qu’il y a de scandaleux dans les scandales, c’est qu’on s’y habitue ».

« Tenue correcte exigée : Quand le vêtement fait scandale », exposition présente aux Arts décoratifs à Paris, jusqu’au 23 avril 2017.

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