Event[0]: Dans l’espace, personne ne vous entendra taper.

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Si l’histoire du jeu vidéo est récente, celui-ci comme tout champ culturel se réinvente sans cesse. Il n’est donc pas rare de voir apparaitre au milieu des blockbusters vidéoludiques, des titres qui vont pour ainsi dire changer la donne, voir inventer un nouveau genre en soi. C’est le cas du « walking simulator » soit littéralement et un peu péjorativement « un simulateur de marche ». Loin de là l’idée d’adapter un jeu qui retranscrit les joies de la marche nordique, mais bien une tentative d’apporter de nouvelles expériences aux joueurs, et surtout une expérience narrative. Le joueur endosse alors plus le rôle d’un spectateur qu’un acteur au sens ludique avec un jeu qui lui déroule une histoire. Cette dernière garde tout de même un côté ludique par l’action du joueur qui doit par exemple avancer, prendre des décisions et actionner des mécanismes, mais tout cela de manière très réduite par rapport à un jeu classique.
S’il est vraiment difficile de donner une date précise de naissance du genre, certains osent qualifier le jeu Dear Esther sorti en 2012, comme la graine originelle du walking simulator. Des dizaines de titres, pour la plupart du temps indépendants, ont depuis fait leur apparition et ont apporté leur pierre à l’édifice, décrochant au passage pour certains la statut de « jeu culte » par la communauté. The Stanley Parable (2013), Everybody’s Gone to the Rapture (2015) ou plus récemment FirewatchVirginia et ce qui nous intéresse aujourd’hui, Event[0].


Dans un futur alternatif, les voyages spatiaux font partie du quotidien de l’humanité. L’ITS (International Transport Society) envoie depuis les années 80, une myriade de vaisseaux à la découverte des richesses du système solaire. Vous incarnez ici, un jeune astronaute faisant partie d’une mission spatiale, appelé Europa 11. Alors que vous et votre équipage atteigniez l’orbite de Jupiter, un grave incident se produit. Ejecté du vaisseau et réfugié dans une capsule de survie, vous assistez incrédule au milieu des débris flottants, à la mort de votre équipage. Seul, errant dans le vide spatial vers une mort certaine, vous trouvez cependant son salut par la rencontre avec le vaisseau Nautilus, sorte de vieux paquebot tout droit sortie de l’imaginaire sci-fi des années 80.
Évoluant dans ce vaisseau fantôme mystérieusement inhabité, vous aurez alors pour seul interlocuteur, une intelligence artificielle répondant au doux nom de Kaizen avec qui il faudra collaborer afin de revenir sur Terre.

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Je danse le I.A

Souvent moquées, les IA de jeux vidéo n’ont rien à avoir avec leurs homologues décrites au cinéma. Comme dans la réalité, aucune IA de jeu vidéo n’a aujourd’hui atteint ne serait-ce que 10% de la puissance cognitive d’un HAL 9000 ou d’un Skynet. C’est pourtant la principale « killer feature » d’ Event[0]. Présents sur chacun des terminaux disséminés sur le vaisseau, cette IA nommée Kaizen s’adresse directement au joueur via des lignes de texte monochrome. 20170124004836_1Le joueur est alors libre de taper n’importe quel texte (en anglais) directement via son clavier réel.
C’est ainsi que le dialogue s’instaure. À la fois principal outil pour franchir les obstacles du jeu, mais aussi personnage secondaire et principal moteur de l’intrigue, Kaizen deviendra pour quelques heures votre seul compagnon. Chaque action souhaitée devra passer par un ordre des plus limpide « Ouvrir porte D11 » « Fais descendre l’ascenseur ».Il est néanmoins nécessaire d’avoir de véritables conversations, en enquêtant sur le passé du vaisseau ou en exposant ses plans afin d’avancer dans l’intrigue. Nous sommes en face d’une réelle IA, certes perfectible, mais qui ne se contente pas comme dans les jeux textuels des années 70-80 de recracher des lignes préenregistrées à l’apparition du moindre mot clé. L’orthographe, la curiosité du joueur et même sa politesse influeront grandement sur le déroulé de l’histoire, d’autant plus que Kaizen possède son petit caractère, brouillant encore plus la frontière entre le joueur et la machine.

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« It’s the end of the world, it was a hard trip. »

Event[0] n’est donc pas qu’un vulgaire « walking simulator », simplement délocalisé dans l’espace. Tout comme bon jeu d’exploration, un grand détail a été apporté à l’ambiance et à l’environnement dans lequel évolue le joueur. On nage ici dans des niveaux rétrofuturistes qui pourraient être tout droit sortis du cerveau de Kubrick, rendant un hommage certain à l’esthétique des années 80. Dénué d’interface hormis celle des terminaux, le joueur évolue librement dans le vaisseau à la recherche du moindre indice lui permettant d’avancer, jusqu’à une des trois fins fatidiques qui ne laisseront pas le joueur indifférent.

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Plein de belles promesses, Event[0] propose une escapade et une expérience narrative comme on en voit rarement dans le monde vidéoludique. Principalement aidé par la relation nouée entre le joueur et l’intelligence artificielle, le jeu offre aussi une direction artistique appréciable, surtout pour les fanatiques de sci-fi.
Event[0] rencontre néanmoins quelques turbulences après un décollage réussi. Bouclé en quelques heures seulement, le titre souffre ainsi de lenteurs voir de passages particulièrement confus. Recommandé seulement aux anglophones, le jeu reste néanmoins un bon ambassadeur pour ce genre particulier du monde vidéoludique, qui tend à se développer et à repousser à chaque nouveau titre les limites de l’expérience narrative.

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