Onfray mieux de lire autre chose

Dans son dernier livre-fleuve, Décadence, Onfray charrie une histoire de l’Occident judéo-chrétien. Se voulant une philosophie de l’histoire, le pavé ne parvient pas à atteindre l’objectif. Malgré le nombre important de pages, on ne peut que se sentir submergé par le vide réflexif qui s’en dégage.

Passion accumulation

Il y a un style Onfray. Ses accumulations, que l’on pourrait prendre pour des envolées, se font, tout au long des pages, pesantes. Trop pesantes. A y réfléchir, on se dit que c’est peut-être un moyen qu’a trouvé Onfray de faire un livre de plus de cinq cents pages par an. En y réfléchissant mieux, on se dit que c’est une manière d’atteindre l’exhaustivité. Mais cette entreprise de vouloir tout dire, tout décrire, se révèle vaine. Le philosophe ne réussit qu’à se faire le compilateur d’une histoire, et non de l’Histoire. On croyait lire un philosophe, on se retrouve face à un gloseur. Il peine d’ailleurs à cacher le fait qu’il porte une réflexion sur le monde contemporain, plus que sur l’Histoire. Quand il affirme qu’Eusèbe de Césarée s’inscrit dans « une longue tradition de vilénies des philosophes mangeant dans la main des puissants », Onfray renvoie moins à l’histoire qu’à la période contemporaine. Pas très sérieux.

« Pinaillage »

La désinvolture dont il fait preuve au sujet de questions philosophiques importantes laisse parfois le lecteur pantois. Comment, en effet, s’affirmer philosophe de l’histoire et résumer la question de la Trinité sous l’expression de « pinaillage théologique » ? Dieu et Jésus sont-ils intrinsèquement la même personne, ou l’un précède-t-il l’autre ? « Pinaillage ». Le néo-décadentiste préfère gloser sur les menstruations de la philosophe antique Hypatie. Soit.

A force de vouloir faire de la philosophie autrement, il en vient à ne plus faire de philosophie du tout. Il lui faut deux cents pages pour affirmer que les peintures représentant Jésus sont « des projections culturelles et mythologiques de l’artiste ». Il lui faut cent pages de plus pour affirmer que l’Inquisition ne s’appuyait pas vraiment sur l’amour du prochain. A force de trop enfoncer les portes ouvertes, le château ontologique souffre de courants d’air.

De la difficulté d’être historien

En jugeant l’histoire avec des outils d’analyses modernes, Onfray peut-il s’envisager sérieusement comme un philosophe de l’histoire ? Tâche délicate que d’analyser le passé, car il faut penser des sociétés très éloignées culturellement et temporellement de nous avec des outils de réflexion contemporains. Onfray a factuellement raison lorsqu’il affirme que la Bible est « misogyne et phallocrate ». Mais il oublie de recontextualiser l’écriture du livre sacré. Ce qu’il avait d’ailleurs très bien fait dans… son Traité d’athéologie.

Le panoptique dressé, impressionnant, se révèle trop ambitieux. Il ne faut pas se méprendre sur Onfray : celui-ci théorise bel et bien la fin de l’Occident judéo-chrétien (ce qui reste discutable), mais ne se pose pas en réactionnaire. Pour lui, la fin des civilisations est inéluctable. Il se trouve que notre génération est là au mauvais endroit au mauvais moment. 650 pages pour un ersatz de Traité d’athéologie sous hormones déterministes. Oubliable, donc.

Décadence, Flammarion, 650p., 22,90€

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