Your Name : Le tour de magie de Makoto Shinkai

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Avec cent millions de dollars de recettes au Japon et plus de dix millions d’entrées, Your Name est le premier film d’animation à faire de l’ombre aux autres productions du Studio Ghibli. Comparé à outrance au maître de l’animation japonaise Miyazaki, Makoto Shinkai n’a pourtant pas joué la carte du mimétisme.

Au cœur de cette comédie dramatique, la thématique du rêve et de la permutation des corps. Certaines nuits, sans prévenir, Mitsuha se retrouve propulsée dans le corps de Taki et inversement. Elle vit dans une campagne reculée du Japon, il étudie en plein cœur de Tokyo, mais chacun va devoir appréhender la vie de l’autre. Une confusion qui sert de ressort comique et interroge la question du genre et des clivages culturels. Mais Makoto Shinkai ne s’arrête pas là et effectue un basculement vertigineux au milieu de son film. Ce qui avait tout l’air se rapprocher d’un doux rêve semble glisser irrémédiablement vers le cauchemar.

Fil conducteur de ce qui devient vite une romance, le rêve dévore le fond et la forme d’un film hybride qui bouscule le spectateur. Les vastes paysages aux ambiances crépusculaires accompagnent la substitution des corps et des âmes. D’abord dépassés par un jeu de rôle qu’ils finissent par maîtriser, Mitsuha et Taki instaurent un mode de communication à part entière. Se griffonnant quelques mots sur des cahiers, notes de portable ou parties de leur corps, les deux adolescents s’agrippent comme ils peuvent à un réel qui leur échappe. Qui est qui ? Le spectateur a parfois du mal lui aussi, à reconstituer le puzzle qui se joue sous ses yeux. Quelques incohérences dénotent même et participent à le perdre. Une dynamique parfois bancale qui ne s’inscrit pas moins dans la thématique du rêve, partagé entre illusion de réalisme et déconstruction avérée. L’impression de déjà vu hante les personnages et titille le spectateur par la dispersion de souvenirs elliptiques. Ainsi, Mitsuha dénoue un ruban rouge de ses cheveux et le balance à un Taki hagard depuis un quai de métro. « Taki … Taki, tu m’as oublié ? » se désole la voix off de Mitsuha. Un questionnement qui berce le film, pareil à un refrain, et entrecoupe les rêves du jeune homme dérouté.

Onirique mais également poétique, Your Name oppose un Tokyo moderne au Japon traditionnel, bercé par les rites et coutumes de la grand-mère de Mitsuha. Les interrogations des personnages se calquent sur les paysages chimériques et sont jetés comme des vers. Makoto Shinkai convoque les sens, dissèque la matière. Le souffle du vent dans les feuilles d’arbres, les cercles de pluie à la surface du lac, le fil à tisser, symbole du temps qui passe, et les vols d’oiseaux par-dessus la plaine. L’image happe, transporte et appelle le voyage, comme cette comète qui transperce les nuages et démultiplient les points de vue.

Subtilement, Makoto Shinkai ravive la mémoire des catastrophes naturelles de 2011. Le rêve ne sert plus seulement l’histoire d’amour mais également l’histoire d’un Japon blessé. A mesure que le film avance, la dimension cosmique qui participait jusque-là à insuffler davantage de spectaculaire prend des proportions inquiétantes. En défiant les contraintes spatio-temporelles, le réalisateur s’imagine un monde sans limites où l’au-delà viendrait à bout d’un réel tourmenté, comme par magie.

 

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