Un éternel soleil

Dans Eternal Sunshine of the Spotless mind, l’insaisissable Michel Gondry conjugue rêve et réalité en inventant Lacuna, un procédé pour effacer quelqu’un de sa mémoire.

WINSLET CARREY

« Laissez- moi ce souvenir, juste celui-là ! » Les images tourbillonnent, se mêlent les unes aux autres, puis s’effacent. « Clémentine, Clémentine ! »  Joël court, effaré, et cherche autour de lui, un souvenir auquel se raccrocher : une promenade sur un marché, un petit matin au lit, une rencontre dans un train… Un souvenir de Clémentine, une scène – lumineuse ou triste, belle ou terrible -, pourvu qu’elle demeure, pourvu qu’on ne l’arrache pas de sa mémoire. Mais les couleurs peu à peu s’estompent, le rythme s’accélère et les plans se floutent, à l’instar de son esprit dans lequel on efface un à un, les moments passés avec Clémentine. Dans ce film, Gondry invente une méthode à éradiquer les souvenirs. Lorsque Joël apprend que Clémentine l’a effacé de son esprit, il entreprend lui aussi l’opération Lacuna auprès du docteur Mierzwiack. Elle consiste à effacer toutes les traces d’une personne dans son esprit, toutes, jusqu’à la dernière. Mais à mesure que les blessures s’estompent, resurgit aussi la beauté de leur histoire. « Je veux qu’on arrête tout, je veux qu’on arrête d’effacer. Vous m’entendez ? Je veux plus continuer, je veux qu’on arrête l’opération !» Dans cette scène, Joël se retrouve au cœur d’un gigantesque labyrinthe mémoriel : les plans, parfois tournés en arrière, le montrent essayant de lutter non plus contre ses souvenirs et leur poids douloureux, mais pour les conserver – quel qu’en soit le prix. Il nage dans un océan où se mêlent passé et présent, instants chéris et regrets, et entame une lutte contre Lacuna, contre lui-même.

A l’image du film, cette scène nous livre une réflexion sur l’amour, inévitablement lié à la perte et à l’oubli. Gondry questionne la force mélancolique des images qui font – ou ont fait – tout le sel d’une relation. Il propose, à travers la course effrénée de Joël dans sa mémoire, une expérience cinématographique, sensorielle et philosophique qui rappelle au spectateur que si l’on dit « bienheureux les oublieux » – les souvenirs, eux aussi sont lumineux.

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Auteur : Camille Poirier

Adoratrice de chapeaux, de bière blanche et de pique-niques. Membre de la confrérie des roux et des germanophiles avertis.

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