« Se voir en train de regarder » Olafur Eliasson au Musée d’Art Contemporain de Montréal

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Lumière, eau et mouvement, trois ingrédients centraux de l’oeuvre d’Olafur Eliasson, trois éléments qu’il compose pour jouer avec notre rapport au temps et à l’espace. Pour sa première exposition individuelle au Canada, l’artiste danois et islandais nous offre une sélection laconique et révélatrice de son œuvre, perpétuellement intangible. L’occasion pour le Musée d’Art Contemporain de Montréal de revenir sur cette volonté de toujours placer le spectateur au centre de l’expérience artistique, un effort qui anime Eliasson depuis près de vingt-cinq ans.

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Connu en France pour avoir inauguré la Fondation Luis Vitton en 2014 avec son exposition Contact, et sa série d’interventions au palais et jardins de Versailles, Olafur Eliasson multiplie les installations dans l’espace urbain de métropoles internationales. Dans chacune de ses œuvres, le plasticien joue avec les éléments pour élaborer des structures complexes, éphémères et en perpétuelles redéfinitions. L’eau et son mouvement sont des motifs récurrents de ses installations, comme l’illustrent la cascade installée au Grand Canal de Versailles et les icebergs amenés jusqu’à Paris pour la COP21.

L’exposition présentée au Musée d’Art Contemporain de Montréal nous donne un aperçu condensé de cette démarche scientifique caractéristique de l’œuvre d’Eliasson. Plus ingénieur qu’artiste, il se sert d’éléments bruts et purs pour créer des agencements protéiformes. Big Bang Fontaine (2014), se sert d’un faisceau stroboscopique pour figer les pulsations d’un jet d’eau en une sculpture fugitive. Cet instant, qu’il appartient au spectateur de capturer, ne cesse pourtant de lui échapper et se redéfinit constamment sous une autre forme. De même, Beauty (1993), plonge le spectateur dans une immense pièce noire au centre de laquelle chute lentement un fin rideau de bruine, éclairé par un simple projecteur. L’effet produit, celui d’un brasier ardent, captive le spectateur et l’invite à rester actif dans sa réception de l’œuvre. On prend un plaisir fou à jouer avec la distance qui nous sépare de l’objet, à le contourner pour mieux s’en approprier l’effet.

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Beauty (1994)

 

C’est aussi par le mouvement de la lumière qu’Olafur Eliasson place le spectateur au centre de l’expérience artistique. Dans la Maison des ombres multiples, pièce maîtresse de l’exposition du MAC, l’artiste a élaboré un pavillon, labyrinthe d’ombres et de lumières dans lequel le spectateur se perd par sa propre projection colorée. Cette œuvre architecturale, merveilleusement addictive, que l’on découvre sous différents angles change notre approche à la trajectoire dans une salle de musée. L’envie de parcourir l’espace est enivrant, par le simple fait que notre mouvement n’a de cesse d’affecter l’œuvre qui nous est proposée.

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Maison des ombres multiples (2010)

Le refus d’Olafur Eliasson d’ancrer ses œuvres dans un instant fixe et dans un espace défini est un parti pris bienvenu. Avec cette performance perpétuelle, on retire à l’objet artistique son caractère immuable et l’on redonne au spectateur un véritable rôle dans son appréciation. Avec ses installations à la frontière du minimalisme, l’artiste danois et islandais paraît défendre la conception d’un art qui n’existe qu’au travers de sa perception. En rejetant l’idée d’un art indépendant de ceux qui le reçoivent et le vivent, Eliasson permet à ses créations de lui échapper complètement, pour être mieux réappropriées par le public.

Emilien Maubant

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