Behind the walls

S’il ne fallait en retenir que deux, ce seraient les Beatles et les Pink Floyd. Les deux groupes les plus mythiques de l’histoire de la musique moderne. C’est au Victoria & Albert Museum, à Londres, que se dévoile l’exposition Pink Floyd, « Their mortal remains » (« leurs dépouilles mortelles »). Du « Floyd », il ne reste plus que quelques membres vivants : David Gilmour, Nick Mason et Roger Waters. Mais leur héritage, lui, est immortel. Il a su perdurer à travers les décennies.

Ruines musicales ?

Si vous avez la chance de partir à Londres cet été, n’hésitez pas à faire un saut au « V & A ». Exposition monumentale, intimiste, labyrinthique, semi-hagiographique, « Their mortal remains » est à la hauteur du groupe dont elle dresse le portrait. Dans le dédale des salles, qui rivalisent de grandeur, il n’est pas exclu de se perdre. Le spectateur suit dans l’ordre chronologique les pérégrinations de Syd Barrett, Roger Waters, Richard Wright, David Gilmour et Nick Mason dans l’histoire du rock et de la musique. Une histoire tourmentée, et ce, dès le début de l’aventure. Tourmenté, c’est le nom qui colle à la peau de Syd Barrett, poète maudit du groupe et principale muse.

En 1972, Pink Floyd fait son anti-Woodstock. Seuls, au milieu des ruines de Pompéi, les spacerockers assument. Assument d’être cryptiques, pédants, impénétrables. Parcellaires. Face aux gradins vides, ils sont en fait face à eux-mêmes. Ce Live at Pompeii scellera le destin du groupe. A jamais incompris, ils seront vite dépassés par le punk, qui se construit contre eux. Mais le déclin, ils ne le virent jamais. Comme les ruines de Pompéi, altérées, mais toujours présentes. Ramasser les bribes, les morceaux, et les assembler en tout cohérent, voilà la mission que se donne « Their mortal remains ».

« Anarchitectures » du rock

Pour accompagner le spectateur dans ce voyage temporel, des cabines téléphoniques sont disposées dans chaque salle. Elles font office de bornes kilométriques dans les couloirs du temps. A l’instar de la machine à voyager dans le temps de Doctor Who (une cabine siglée « police »), les cabines rouges, repeintes en noir, guident nos pas. C’est au hasard d’un panneau explicatif, coincé entre deux murs géants dans la salle principale, que l’on comprend le clin d’œil. L’extérieur de la Battersea Power Station (centrale électrique londonienne et accessoirement la pochette d’Animals), a été designée par Giles Gilbert Scott : l’inventeur des cabines téléphoniques rouges. CQFD. La pochette d’Animals (1977) et la reproduction de la centrale au cœur de l’expo mettent en avant doublement les penchants du groupe : l’architecture, étudiée par trois membres du groupe, et le goût pour le démesuré. Comme le montre d’ailleurs l’immense mur de la tournée de 1981, ou encore dans le colossal inflatable de la version live d’Another Brick in the Wall de 1980, magnifiquement restaurée. Pink Floyd, au cours de sa carrière, n’a cessé de façonner l’espace, jusqu’aux décors de ses performances scéniques, documentées par de nombreuses vidéos.

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« Inflatable » de la tournée de 1980

Echoes du passé

Les murs de l’expo rassemblent coupures de presse, dessins et croquis, objets ayant appartenus au groupe. Par-delà la musique, c’est toute la poésie picturale des Floyd qui se dévoile sous nos yeux. Ici, le dessin d’un van acheté par Syd Barrett. Là, le croquis du fameux « Mur ». Le tout appuyé par des montages en 3D, qui parachèvent de plonger le visiteur dans une exposition totale, où se mêlent tous les supports. Bien sûr, les mélomanes ne sont pas en reste. Afin que l’immersion soit totale, l’expo-expérience se regarde en même temps qu’elle s’écoute. Interviews exclusives, morceaux du groupe, sons mystérieux : on regarde avec les oreilles. L’audioguide se fait le passeur d’une époque pas si lointaine, mais si différente. Portail psychédélique tant auditif que visuel, véritable « dérèglement des sens », l’expérience se veut rimbaldienne. Une déambulation qui distille le lointain écho d’une époque disparue. Le pèlerin floydien reste pourtant l’architecte de sa propre visite. Au détour d’une salle consacrée aux instruments du groupe, les musiciens en herbe et les amateurs pourront s’essayer au mixage. Face à vous : une console, qui vous permettra de masteriser votre propre version de Money. Attention à ne pas copier sur le voisin (« Share it fairly, but don’t take a slice of my pie »).

S’agit-il d’un “trip for people who don’t trip”, comme l’écrit Cliff Jones dans Mojo, en 1994? A vous de juger.

Jusqu’au 1er octobre.

Vincent Bilem

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