Négation de la culture ouvrière & autres représentations

 

Chloé Dubois

Délaissés du monde culturel, les ouvriers demeurent sous-représentés dans un système médiatique omnipotent, où la diversité est aussi rare que conforme aux préjugés véhiculés par notre société. Avec son dernier film, «La fille du patron», Olivier Lousteau rompt très justement avec cette insidieuse habitude, visant à éclipser une partie de la population française de nos écrans. En centrant son scénario sur le quotidien des salariés d’une usine en difficulté, il offre la possibilité au spectateur de s’interroger sur ce qui est ordinairement donné à voir : l’image d’un être marginalisé, sans profondeur – lorsqu’il n’est pas assimilé à la violence.

Longtemps source d’inspiration dans la littérature et le cinéma, le monde ouvrier se retrouve aujourd’hui abandonné au profit des classes supérieures. Pourtant, les personnages issus du prolétariat étaient alors érigés en héros, porteurs d’idéaux et de valeurs sociales.

Présentée comme la classe dont il faut s’extraire pour tendre à la réussite et à l’épanouissement, la classe ouvrière se retrouve noyée par l’envergure et la ténacité des préjugés véhiculés par les médias. Constamment réduit à sa position de dominé, le rôle de l’ouvrier ou de l’employé va très rarement au-delà de l’image qui lui est prêtée – entaché d’un misérabilisme révoltant. Mais comment envisager une représentation crédible lorsque la connaissance du monde ouvrier se base sur des faits de violences et autres chemises arrachées ?

Dans un tel contexte politique et social, l’expression d’une réflexion artistique, culturelle et militante manque cruellement au débat, notamment pour espérer la possibilité d’une future cohésion sociale.

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Fairphone 2 : Humainement vôtre

Imaginé par une entreprise sociale néerlandaise, le téléphone «responsable» n’en finit plus de soulager les consciences.

C’est en 2009 que Bas van Abel et Peter van der Mark, deux vieux copains, imaginent le Fairphone : un appareil de télécommunication répondant aux valeurs sociales et écologiques dont ils sont porteurs. Si produire à moindre coût et à l’autre bout du monde – au risque d’enrichir les seigneurs de guerre ou de participer à la traite humaine – n’a jamais été aussi simple, le Fairphone répond à une exigence indispensable : celle de la transparence.

La conception de ce nouveau téléphone intelligent, basée sur les principes du commerce équitable, serait complètement en accord avec les droits de l’homme, d’un bout à l’autre de la chaîne de fabrication. Elle contribuerait même, selon la société Faiphone, «à élargir le marché aux produits qui donnent la priorité aux valeurs éthiques».

Sous le slogan «Éthique, ouvert et conçu pour durer», le nouveau modèle est enfin disponible. Pré-commander par des milliers d’utilisateurs, le Fairphone 2 garantit la traçabilité des matériaux utilisés. Autre avantage, il est le premier téléphone modulaire sur le marché. Cela signifie que les pièces peuvent être réparées ou changées. L’objectif? Lutter contre l’obsolescence programmée et éviter le gaspillage.

C’est à ce titre d’ailleurs que l’entreprise sociale de Bas van Abel ne propose pas d’abonnement téléphonique. Une telle offre provoquerait une baisse significative du prix de l’appareil, et lui ferait perdre de sa valeur sur le marché. Si le Fairpone 2 est aujourd’hui loin d’être accessible, à près de 525 euros, il permet au moins de croire en l’évolution du système.

https://twitter.com/IBMMobileFr/status/692748533687001088

 

Chloé DUBOIS – 1600 signes environ

Le club de lecture : un réseau social ?

– Par Mia Sebaaly et Clémentine Kœnig

Alors que les Français lisent de moins en moins de romans, paradoxalement, les clubs de lecture connaissent toujours un certain succès. Enquête sur ce phénomène qui renforce les liens sociaux par la culture.

Mots et merveilles

« Moi, je viens prendre mes vitamines ! » Liliane, 80 ans, ne retarait ce rendez-vous pour rien au monde. A la bibliothèque Vaclav Havel, nouveau repaire des amateurs de livres, le club de lecture « Des Coups et des Caresses » se réunit tous les mois.  Le 16 janvier 2016, la réunion est consacrée aux coups de cœur des huit participants et des deux animateurs. Autour d’un petit déjeuner, chacun présente un ou plusieurs ouvrages lus au cours des semaines précédentes. Lorsque le sujet s’y prête, la discussion s’engage et tous sont libres de donner leur avis. Mais cela ne se limite pas à la littérature. On extrapole. On se donne des nouvelles. Tout le monde se tutoie. Les livres  sont donc un prétexte à l’échange et à la convivialité.

Les fidèles de ces clubs ne veulent pas seulement lire. Ils sont là pour se retrouver entre amis, partager un moment agréable où on prend le temps de réfléchir avant de s’exprimer, et où l’on apprend à écouter les autres. Le débat n’est d’ailleurs jamais loin. Comme en témoigne Coline : “le mois dernier, quand on a commencé à parler des migrants…” Mais les mots “amical”, “découverte”, “passion” et “échange” reviennent lorsque l’on demande au petit groupe pourquoi il aime tant son club. De plus, la garantie d’un rendez-vous mensuel apporte un côté “rituel” que les membres semblent apprécier. « En deux ans, je n’en ai raté qu’un seul », affirme Sylvie.

D’après l’étude d’Olivier Donnat, « Les pratiques culturelles des Français », depuis plusieurs années, le nombre de lecteurs ne cesse de diminuer. Ainsi, en 2008, 57% des Français déclaraient avoir lu moins de quatre livres au cours de l’année contre 49% en 1997. Toutefois, de nombreux groupes de lectures se réunissent régulièrement ; en témoignent les dizaines de pages internet dédiées. Il semble alors que les lecteurs ont besoin d’échanger autour de leur expérience.

Au bonheur des lettres

Bibliothèques, cafés littéraires, librairies, universités… les clubs de lecture n’ont jamais été si populaires.  Claire, 32 ans, mère deux enfants en bas âge, a fondé un groupe de lecture avec quatre anciens camarades de prépa. Malgré leurs vies très actives, ils se réunissent chaque mois en ayant tous lu le même livre. “Cela nous permet de parler d’autre chose que de bébés !

Caroline, une jeune bibliothécaire qui anime le club de Vaclav Havel dans le 18ème arrondissement, nous donne sa version des faits : “Dans certaines bibliothèques, ce sont les  bibliothécaires qui lisent des textes aux participants. Il y a moins le côté “échange” qu’il peut y avoir ici. » Pour une bibliothèque, créer une club de lecture est un moyen facile de tisser du lien avec les gens du quartier, pour faire vivre la communauté. D’où le fait que quelques librairies proposent également ce genre de réunion, comme la librairie L’escale ou celle d’Odessa (14e).

Enfin, certaines universités parisiennes offrent elles aussi cette opportunité : à la Sorbonne, on peut par exemple rejoindre le joliment nommé club des “Paroles”. Dimanche 31 janvier, l’association étudiante organisait une “sieste littéraire” à la Maison de la Poésie afin de recruter de nouveaux membres. Bref, il y a à Paris tout ce qu’il faut pour combler de joie un bibliophile !

La lecture, activité solitaire, se transforme en expérience communautaire. Comme l’a dit Alain Finkielkraut, « lire n’est pas un acte de consommation culturelle, c’est une conversation. »