Bernard Minier, le Musso du polar

Avec des millions d’exemplaires vendus à ce jour, Bernard Minier s’impose comme le roi du polar à la française. Rencontre avec un écrivain qui a fait de l’hémoglobine son fond de commerce.

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Chemise en jean, basket et nonchalance, Bernard Minier tient plus, à l’évidence, d’Henry, – l’ado diabolique qui tire les ficelles d’Une Putain d’Histoire -, que de Julian Hitmann, – le psychopathe sanguinaire de Glacé. En le voyant entrer, qui aurait pu imaginer que ce quinquagénaire au teint hâlé et à l’accent chantant n’est rien de moins que le roi du thriller à la française. Avec pas moins de 1,5 millions d’exemplaires vendus à ce jour, Bernard Minier est une tête de gondole incontournable de toute Fnac qui se respecte.

Et pourtant, l’écrivain affirme lire tout … sauf des polars. « Je lis les romans de mes collègues par conscience professionnelle », affirme-t-il. Un hermétisme qui peut paraître étonnant, voire contradictoire, mais que Bernard Minier revendique ouvertement : « Le genre il faut le respecter, mais il faut d’une certaine manière le maltraiter. »

Et pour cause, dans ses œuvres l’écrivain pousse le name-droping à son paroxysme. Citations pseudo-érudites et références musicales obsolètes parasitent allègrement l’intrigue. Des digressions que l’auteur met sur le compte de son ancien métier, « j’étais douanier dans une autre vie, donc j’essaie de faire passer des trucs en contre-bande. »

Balzac moderne ?

Réduire ce quinquagénaire à sa carrière d’agent des douanes ne serait toutefois pas lui rendre justice. L’homme est avant tout un lecteur boulimique. « À vingt ans je rêvais d’être Thomas Bernard, Nabokov ou Dombrovitch. On en est loin aujourd’hui », ironise-t-il. Bernard Minier est tout de même loin d’être un écrivain raté. Aussitôt écrit, son premier roman, Glacé, trouve preneur auprès de quatre éditeurs. Résultat, un best-seller qui s’écoulera à 450 000 exemplaires. Bernard Minier est au polar ce que Guillaume Musso est à la littérature sentimentale.

Si comparaison n’est pas raison, les deux auteurs sont tous deux chez le même éditeur, XO Editions, dont le slogan « Lire pour le plaisir », colle à la peau de Bernard Minier. « Je n’ai aucune prétention pédagogique » affirme, ainsi, l’écrivain. « J’essaye de montrer la violence pour ce qu’elle est vraiment. » Dans ses ouvrages, les personnages vont de Charybde en Scylla. Tortures, viols (uniquement sur les personnages féminins), meurtres et manipulations jalonnent ainsi les aventures de Servaz, son double de papier, et les one-shot que sont Une Putain d’Histoire et N’Éteins Pas la Lumière.

« Quand ça saigne, c’est comme la viande : il vaut mieux que ça soit de bonne qualité. » Un slogan que Charal n’aurait certes pas renié. Mais les prétentions de Bernard Minier sont plus nobles, les pulsions morbides qui animent ses personnages s’inscrivent, en effet, dans la plus pure tradition naturaliste. « Quand j’écris un roman, je fais un travail de journaliste. Je vais au contact des gens et je me documente énormément. » Bernard Minier, Balzac des temps modernes ? Ses ouvrages sont en prises direct avec le vingt-et-unième siècle, comme la Comédie Humaine l’était avec le dix-neuvième.

Dans ses romans on trouve ainsi un héros dépressif dépassé par Internet (Servaz), une « gendarme lesbienne, motarde et franc-tireuse » (Irène Ziegler telle que décrite sur le site de l’écrivain) ou encore un adolescent psychopathe assoiffé de sang qui parle comme un charretier (« Quelle saleté de chiotte de putain de film d’horreur, pas vrai ? »Une Putain d’Histoire). Bernard Minier nous prouve que les stéréotypes ont encore de beaux jours devant eux.

Sang pour sang cliché

« Ce que j’essaye de faire avec tous mes personnages, jusqu’aux plus jusqu’au-boutistes, c’est de trouver ce qui les connecte à nous », explique-t-il. « Pour le dire crument, c’est la façon dont Hitmann va pisser, s’il a des maux de tête ou des maux de ventre.» Bernard Minier met en scène des corps déchus, abîmés par le viol et la boisson. Ses romans sont une vaste fresque qui montre l’humanité dans ce qu’elle a de plus bestial. Quitte à en faire trop par moment.

Une violence sourde, implacable, qui n’a pourtant rien à voir avec son passé. Bernard Minier n’a rien du super flic torturé par son passé qui hante ses romans. De ses quinze ans passés derrière son bureau de douanier il ne retire rien. Aucune anecdote sordide, ni saisine de drogue. Rien d’autre que du temps pour écrire. L’auteur l’affirme, il n’est en aucune façon fasciné par le morbide. « Moi j’essaye de montrer la violence pour ce qu’elle est vraiment. Je déteste la violence stylisée, édulcorée, aseptisée. »

Chacun de ses romans laisse ainsi place à une débauche d’hémoglobine. Pour Bernard Minier la violence constitue, en effet, le plus sûr chemin vers l’empathie. Et pour l’emprunter, le thriller constitue la voie royale. Que l’on aime, ou bien que l’on déteste, une chose est sûre, ses romans ne laissent pas indifférents. Finalement Bernard Minier est, à sa façon, un « putain » d’écrivain.

Léa Esmery

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Baal de Christine Letailleur : à consommer avec modération

Avec Baal, Christine Letailleur réactualise la seconde version de la pièce de Bertholt Brecht. Une mise en scène pleine de force dans laquelle élans lyriques et scènes de beuverie s’enchaînent à un rythme infernal.

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« Il faut être toujours ivre, tout est là ; c’est l’unique question. Pour ne pas sentir l’horrible fardeau du temps qui brise vos épaules et vous penche vers la terre, il faut vous enivrer sans trêve. Mais de quoi ? De vin, de poésie, de vertu, à votre guise. Mais enivrez-vous ! » écrivait Charles Baudelaire dans Petits poèmes en prose (1869).

Jouisseur invétéré, poète maudit, Baal est un personnage intemporel à la croisée du spleen baudelairien et de la fouge rimbaldienne. Désœuvré, il erre à travers le monde flanqué de son fidèle Ekart, Verlaine de pacotille, qu’il maintient fermement sous son emprise. Perfusé au schnaps, Baal bouffe, Baal danse, Baal se transfigure. La pièce doit d’ailleurs à ce programme de débauche son titre d’origine.

Dans cette pièce du dramaturge allemand Bertholt Brecht, l’homme est une bête farouche refusant toute forme d’entrave, qu’elles soient économiques, affectives ou bien juridiques. Baal est fou et se fout de tout. Des femmes qu’il prend et qu’il jette, non sans les avoir prostitué ou engrossé avant, des liens familiaux ou amicaux qu’il bafoue dès qu’il le peut et, plus généralement, de la vie qu’il maudit de ses imprécations lyriques.

« Tuer c’est l’enfance de l’art »

Christine Letailleur met en scène une danse macabre où les personnages se déchirent, corps et âmes. Pour retranscrire au mieux cette violence la metteure en scène a choisit la version originelle, celle de 1919. Ce texte de jeunesse prend la forme d’un long poème dramatique emprunt du chaos d’après-guerre. La pièce évoque les mutations artistiques du poète, signe d’une œuvre et d’un monde en constante mutation.

Il y a quelque chose de pourri dans le royaume de Baal. Le poète, mi-démiurge, mi-loque, traverse avec la même haine, viscérale, le même dégoût, les salons de la bonne société, la forêt hostile et le bar où il vient se saouler. L’auteur déchu est incarné avec brio par le comédien Stanislas Nordey, habitué des mises en scène de Christine Letailleur (Pasteur Ephraïm Magnus de Hans Henny Jahn, La Philosophie dans le boudoir de Sade ou encore Hinkemann d’Ernst Toller). Autour de cette figure tutélaire, les autres personnages s’agitent, se violentent puis se saignent dans cette scénographie aux allures de purgatoire. Du corps blanc au ciel violet, les aspirations sont écrasées et les pulsions magnifiées.

Dans cette forme d’agonie généralisée, un cri revient sans cesse. « Baal ! Baal ! Baal ! » hurlent les femmes, victimes sacrificielles d’un Baal vénal et inconstant. Le poète décati fait du corps féminin un bien de consommation parmi d’autres lui qui, pourtant, critique vertement toute forme de matérialisme. En sous-vêtements, en body et porte-jarretelle, ou bien dans le plus simple appareil, les femmes sont sexualisées à outrance et les scènes de viols stylisées. Dans cette pièce, elles ne sont réduites qu’à être un corps … et un cri.

« Vos ventres je les bouffe »

Que Baal nous emballe ou non, la pièce du dramaturge allemand n’en reste pas moins d’une modernité éclatante. Ce texte, d’une violence implacable, fait le récit de l’appétit du monde qui finit par dévorer son héros/héraut. Le poète Baal se mue en un ogre affamé de liberté, broyant les êtres qui lui sont chers afin de satisfaire son propre plaisir. Les aspirations poétiques sont dénuées de toute forme de transcendance. Dans ce monde post-apocalyptique rongé par l’envie et le malheur, Brecht semble intimer que les derniers … demeureront les derniers.

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Dans ce funeste balais où viles tentations et bas instincts s’entrelacent, une seule chose compte : jouir sans entraves. Un mantra qui n’est pas sans rappeler celui de la jeunesse dans la France de 1968. En choisissant un poète comme héros, Brecht a inscrit sa pièce dans une certaine forme d’universalité. Baal est partout et nul part, il est tout le monde et personne à la fois. Ce poète maudit est l’esprit de notre temps, celui d’une société post-moderne qui broie les corps et les cœurs.

« Baal nous fait ressentir la fougue, la violence, le désœuvrement et  les affres de la chair d’une jeunesse au lendemain d’un monde traumatisé par la guerre. Baal, figure du poète maudit, reste cependant sans époque et sans âge. Il est de tout temps. » explique Christine Letailleur. Qu’il s’agisse de conflits armés ou de guerres économiques, une chose est sûr, la jeunesse se retrouve toujours en première ligne. Baal est une ode à la génération No future esclave des visées bellicistes et mercantiles d’une société qui les a abandonné depuis longtemps.

Baal, de Bertholt Brecht (version 1919 dans la traduction d’Eloi Recoing – L’Arche Editeur) mise en scène par Christine Letailleur avec Youssouf Abi-Ayad, Clément Barthelet, Fanny Blondeau, Philippe Cherdel, Vincent Dissez, Valentine Gérard, Manuel Garcie-Kilian, Emma Liégeois, Stanislas Nordey, Karine Piveteau, Richard Sammut.

Léa Esmery

Martin Parr en croisade contre la jet-set

Il est bon ce samossa ?! Une dame bien en chair, bouche grande ouverte enfourne une pleine bouchée de ce plat indo-pakistanais. A sa droite, ses deux comparses aux lunettes de soleil de marque, font de même. Dans cette photographie à la scénographie fleurant bon le foodporn, Martin Parr délaisse les classes populaires anglaises pour faire un petit tour du côté du luxe. La décadence est au rendez-vous.

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Vente de charité à Hollywood – Luxury @Martin Parr

Cette photographie, intitulée Vente de charité à Hollywood, est une critique acerbe du capitalisme moderne : pendant que certains se bâfrent, d’autres dégustent. Le propos est teinté, – comme à chaque fois avec Martin Parr -, d’une ironie grinçante qui contraste avec la facture résolument pop et esthétisante de ses clichés.

Le travail du photographe s’apparente à une croisade contre le mauvais goût. Dans sa série Luxury, il s’attaque aux milliardaires et au matérialisme qui les caractérise. « Ma démarche est politique. Je photographie l’argent, le luxe, mais je montre aussi les excès de cette petite caste qui domine le monde », déclare-t-il. Martin Parr ne porte pas la fleur au fusil, mais bien à l’objectif.

L’artiste jette un regard sans concession sur l’avidité des nouveaux riches. Entre gorge profonde et Godzilla, les sujets représentés inquiètent et amusent. Dans ce cliché tout est suggéré (et suggestif). Gloutonnerie et sexualité prennent, ainsi, la forme d’un samossa.

Derrière les épaisses lunettes de soleil noires, l’opulence dans ce qu’elle a de plus dérangeant.

BUZZ : Ces Lamas chelous font trembler Internet !

Sous leurs sympathiques dehors de … lamas et leurs mignons petits chapeaux fleuris, ces deux personnages de dessin animé ont tout pour faire trembler l’humanité. Carl, est un dangereux psychopathe, pyromane à ses heures perdues. Paul, quant à lui, est un lama tout ce qu’il y a de plus innocent tentant en vain de raisonner son maléfique compagnon. Et pourtant, ces deux lamas que tout oppose sont de vrais potos sûrs.

Si le ton de Llamas with Hats vous dit quelque chose, c’est normal. Ce cartoon est l’oeuvre de Jason Steele, le papa de Charlie the Unicorn ! L’incarnation du JPP devrait d’ailleurs revenir très bientôt dans un ultime épisode baptisé sobrement  « Charlie the Unicorn : The Grand Finale ». Avec 209 247 $ (soit environ 198 140 €) de récolter sur 35 000 $ (33 142 €) initialement prévu, Charlie n’a donc pas fini d’enjailler les internautes. Comme le dit, d’ailleurs, son créateur : « the tabernacle is indestructible and everlasting ».

Mais revenons plutôt à nos lamas. Le L.A.B. vous a compilé les meilleurs vidéos de, et sur, Llamas with Hats juste en dessous :

  1. La suspicion est à son maximum. Dans ce cinquième épisode, Carl semble être devenu gentil ! Mais c’est sans compter sur l’apparition d’une étrange faille cosmique qui vient tout bouleverser.

2. Rien ne va plus. Écoeuré par son côté sociopathe, Paul décide de plaquer Carl. Or,    Llamas with Hats c’est loin d’être les Feux de l’Amour. Pour preuve, ce « torrent » de substance rouge non identifiée …

3. Si vous êtes arrivé jusqu’ici, ne vous arrêtez pas en si bon chemin et regardez le dernier épisode ! Chut, no spoil.

4. On ne les présente plus, nos youtubers du troisième âge préférés réagissent à Llamas With Hats. « Choquer et déçu » est un bon résumé de ce qui se passe dans cette vidéo.