Lettre à Bob Dylan

Une lettre à Bob Dylan

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Cher Bob Dylan,

Toutes nos félicitations, tu es maintenant le 113ème lauréat du prix Nobel de Littérature.

Mais quel dommage que tu n’ailles pas chercher cette récompense ultime à Stockholm, le 10 décembre, que l’Académie t’a fièrement décerné. Tu es parait-il, bien trop occupé pour te déplacer, tu as « d’autres engagements » comme tu l’as souligné. Alors oui, ce titre a suscité une énorme polémique.

Certains, criant au scandale, ont aboyé que ta musique n’était pas digne d’être récompensée par un prix aussi prestigieux. D’autres encore, hurlent que d’ambitieux écrivains, en quête de reconnaissance, se voient une fois de plus délaissés, par ta faute.

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Pourtant, nous t’attendions, très impatients. Toi, la légende, digne d’un Prix Nobel, nous livrant un discours chargé d’émotion, peut-être même en chanson. Tu aurais commencé par remercier tes fans, nombreux, depuis toutes ces années même si tu te cantonnes à des reprises depuis 2012. Enfin, vu leur grand âge, pas sûr qu’ils entendent encore le son de ta voix sans l’aide d’un appareil auditif…

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Mais passons. La cérémonie aurait été grandiose pour toi, un banquet à la table du Roi de Suède. Bob Dylan, le musicien, aux côtés du Nobel de la Paix, le président colombien Juan Manuel Santos et du Nobel de Médecine, le chercheur Yoshinori Ohsumi. Sous les salves d’applaudissements, la foule serait là, émue, reconnaissante et admirative de vous, les génies, et de vos belles contributions à l’amélioration du monde.


Outre la notoriété, tu vas empocher la modique somme de giphy-4870 000$.
C’est quand même un sacré pactole. Enfin, pour toi c’est juste une broutille, comme une goutte d’eau dans ton océan d’argent, estimé à 275 millions de dollars. Somme toute, tu vas quand même recevoir ta médaille, mais par colis, comme une vulgaire commande sur Amazon. Attention aux contrefaçons, assure-toi qu’elle soit bien en or 24 carats. Un accessoire de plus qui ira agrandir ta fameuse collection de bijoux bling bling, digne d’une rockstar.

Tu es « honoré de la récompense » mais tu snobes la cérémonie, c’est donc ça l’esprit rock’n’roll?

Tu t’es contenté d’envoyer une simple lettre de remerciement, histoire de casser avec la vieille tradition de la cérémonie de remises de prix pompeuse. L’académie a qualifié ça d’inhabituel mais pas exceptionnel. C’est un peu l’esprit ton deuxième album «The Freewheelin’ Bob Dylan», pas besoin de respecter le protocole.

Finalement, ton comportement n’est pas si surprenant. Un dernier mot ou plutôt un dernier conseil, Bob, quand il sera temps pour toi d’aller « Knockin’ On Heaven’s Door », veille tout de même à être présent à la dernière cérémonie de ta vie.

> À lire aussi sur le blog : 5 raisons de voir le film Sausage Party sans vos enfants

par Stéphanie Holmes, Floriane Rey et Marie Tétrel

« Caricature », l’argument vide de la critique cinéma

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Copyright Bleecker Street Films (source AlloCiné)

Souvent lorsqu’un film un tant soit peu contestataire sort au cinéma, le même scénario se répète. Certains journalistes se trouvent intelligents de centrer toute leur analyse sur la dimension politique du scénario. Ils le réduisent, avec une sévérité très inspirée, à un pur produit militant ou à une œuvre inachevée incarnant la mollesse d’esprit de son réalisateur.

     « La leçon a été reçue qui donne lieu à un épilogue bon enfant où chacun y trouve son compte sans perturber l’ordre établi. (…) Captain Fantastic n’a pour proposition qu’une utopie light pour babas cool « intégrés » dont l’acte de résistance consiste à se déplacer en vélo et à manger bio. »

Pour Guillaume Guguen, critique de France 24, le film Captain Fantastic sorti au cinéma en octobre 2016, n’est ni plus ni moins qu’une caricature qui ne prend pas parti, qu’une bluette écologique teintée d’un dangereux radicalisme. Ce même Guillaume Guguen jugeait le dernier film de Ken Loach trop politique, au point de le considérer comme le film d’un militant et non celui d’un réalisateur. Mais que veux-tu, Guillaume et où sont tes bons arguments ? Quelle absurdité de croire qu’un film engagé n’est que le prolongement de la pensée de son réalisateur auquel le spectateur serait contraint d’adhérer ! Evidemment qu’un cinéaste est capable de prendre du recul et de nous amener sur le terrain de la réflexion personnelle.

Captain Fantastic, road movie familial, narre l’histoire d’un père de famille anticapitaliste et de ses six enfants décidés à quitter l’autarcie idyllique d’une forêt qui les coupe des vices de la société américaine. Le film questionne : il met en compétition les fondements éducationnels américains et la critique farouche d’un papa contre ces derniers. Un vaste programme traité avec légèreté grâce à un scénario peu alambiqué et une mise en scène délicate et joyeuse qui nous tient jusqu’au bout en haleine.

Alors, oui, gentil ou simpliste le film l’est sans doute : références philosophiques maladroites, idolâtrie légère mais quelque peu ridicule pour Noam Chomsky, positions politiques radicales vulgaires et has been… Le compte y est. Mais pourquoi ne pas renverser ce constat et profiter de la douceur de cette comédie pour puiser pleinement dans ce qu’elle propose ? Puisque l’intelligence du film réside justement dans son absence de solutions toutes faites, préférant soulever d’intéressantes  problématiques. Notre tâche en tant que spectateur ? Tenter de les formuler et de perpétuer le cycle de réflexion ouvert par le Captain. La tâche du journaliste critique ? Permettre au spectateur de se fonder sa propre opinion et cesser de prendre son avis personnel pour argent comptant ! Car ce qu’il y a de beau dans le cinéma, c’est sa capacité à provoquer des réactions émotionnelles et/ou des réflexions plus larges sur un sujet. C’est qu’il donne à comprendre, à penser, à ressentir. C’est qu’il peut être un vecteur même imparfait de questionnements plus larges et provoquer une conscience sociale sans que l’on ait besoin de nous tenir la bouche pour ingurgiter.

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Pour aller plus loin et réfléchir à ce que doit rester la critique de cinema :

L’article de Jean-Michel Frodon, « A quoi sert la critique de cinéma? » sur Slate.fr

L’interview toujours d’actualité de Stéphane Ledien, directeur de la publication et co-rédacteur en chef de la revue de cinéma Versus, par Acrimed 

Adrien Pontet & Juliette Savard

Chat suffit !

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Crédit : TF1/TF1/DR/ABACA

C’en est fini des Cindy débridées, des Moundir bodybuildés, des Loana, Jean-Edouard et autres bains à remous : le public français s’ennuie ! Et oui : si Secret Story perdure à grands renforts de missions trahison et de voix vindicatives et désespérées, les petites marionnettes de TF1 commencent à s’essouffler et peinent à satisfaire un spectateur las.  

Aux grands maux, les grands remèdes ! La première chaîne met la main à la patte pour venir à bout d’un zoo qui ne nous fait plus palpiter. On imagine volontiers les membres de l’équipe s’arracher les cheveux au sujet de ces humains mollassons qu’ils ne savent plus comment exploiter. Ils les ont fait danser, ils les ont fait chanter, ils les ont fait cuisiner, ils les ont fait se confesser mais force est d’admettre que l’inspiration finit par s’épuiser.

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Capture d’écran BBC.com

Alors, comme bien souvent, lorsque la source se tarit, on se tourne vers les autres pays et on y pioche le petit diamant brut qui manque à notre panier. Ici, l’Angleterre et son programme de télé-réalité The Secret Life Of Cats dont le groupe TF1 vient de racheter les droits. Après les hommes, les bêtes, mais pas n’importe lesquelles ! Bien plus croustillant qu’un reportage sur la reproduction de la sauterelle en Andalousie, les anglais ont captivé 4,9 millions de téléspectateurs, en espionnant des chats. Et les Français comptent bien faire de même !

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Capture d’écran BBC.com

Equipés de colliers GPS et de micro caméras dans le cadre du programme de la BBC, cinquante chats avaient été surveillés par un vétérinaire comportementaliste et un chercheur éthologiste spécialiste en surveillance de chats. On vous le précise des fois que vous auriez eu envie de rire, ce programme a une vertu hautement pédagogique.

Que font vos chats une fois que vous avez refermez la porte ? Voilà l’idée. On aimerait croire que Duchessse – reine de la gâchette – revêt le costume de Catwoman pour twerker avec O’malley sur un rooftop enflammé…

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Ou que Toulouse, Berlioz et Marie jouent du Bach avec leurs pattes arrières lorsqu’ils ne sont pas en mission pour la CIA.

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Mais sans doute trop pessimistes, ce programme nous inspire tout autre chose. L’image d’un Félix obèse et amorphe affalé sur un parquet poli par exemple. Au mieux, une sombre bataille au-dessus d’une gamelle de croquettes ou une chasse à la mouche virulente.

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On en ronronne d’avance à la vue de cet extrait !

Mossane Sarr et Elodie Schwartz

“Whitewashing” : le nouveau visage d’Hollywood

Alors que le public français accueille généralement à bras ouverts des films polémiques comme Un Prophète, le public américain vit depuis (trop) longtemps sous le joug d’un politiquement correct rampant. Véritable gangrène culturelle, il a depuis environ dix ans pris un visage pour le moins sournois, celui du « whitewashing ».  

Qu’il s’agisse du cockney Christian Bale interprétant Moïse dans Exodus, de Johnny Depp grimé en amérindien dans Lone Ranger ou d’Emma Stone jouant une sino-hawaïenne dans Aloha, voir un acteur blanc jouer un personnage de couleur est apparemment devenu aujourd’hui un des sujets de discorde les plus courants à Hollywood. Mais qu’en est-il du public ? Sommes-nous tous sorti d’Exodus déçus parce que l’héritier du trône d’Egypte était blanc ou parce que le film était incroyablement mauvais ? Et la question à un million : le « on espère seul film oubliable » de la filmographie de Ridley Scott était-il mauvais parce que son casting n’avait aucun sens, ou peut-on trouver d’autres raisons pour expliquer cet échec ?

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Hollywood, toujours plus blanc

Le fait est que tant qu’un acteur est bon, ni sa couleur de peau ni sa supposée religion – un petit clin d’œil aux directeurs de casting ayant une forte propension à ne caster que des acteurs d’origine arabe pour jouer des terroristes – ne devrait entrer en ligne de compte dans l’appréciation de sa performance. Et pourtant, combien d’articles ont crié à l’infamie lorsque la très plantureuse, très blonde, et surtout très blanche Scarlett Johanson a été castée dans le rôle principal de l’adaptation du manga néo-noir Ghost in the Shell l’année dernière ? Quelle ne fut pas la surprise de tous ces critiques amers quand la bande-annonce sortie il y a un mois s’est avérée plus qu’alléchante ! Quand on pense que même les éditeurs de la bande-dessinée originale étaient ravis de ce choix…

Plus ce genre de polémiques se multiplie plus il semble clair que l’Oncle Sam n’a de toute évidence pas fait le deuil de la ségrégation et demeure d’une sensibilité frisant parfois le ridicule sur les questions de couleurs de peau et de religions. Il est vrai que l’on pourrait très facilement tomber dans la dénonciation facile d’un public gangréné par une logique twittosphérique du scandale et de la polémique à outrance. Cela n’a jamais été mieux représenté que lors de la récente controverse autour de la dernière adaptation de Power Rangers. Faisant fi d’un casting au combien multiculturel, les fans se sont focalisés sur une alien, la maléfique Rita Repulsa, précédemment interprétée par des actrices japonaises et désormais jouée par Elizabeth Banks. Toutefois, Hollywood a aussi son lot de casseroles et il serait hypocrite d’ignorer le racisme intrinsèque à cette gargantuesque usine à stars et nier que le « whitewashing » est une habitude dont les auteurs ont du mal à se défaire.

Mais le véritable problème de ce phénomène qu’on appelle plus largement le « racebending« , est son absence totale de logique. Tel un serpent qui se mord la queue, Hollywood craint tellement de se faire accuser de racisme qu’il en vient à faire dans l’excès inverse et à forcer une mixité raciale dans des films dont les scénarios ne la justifie nullement. Quel besoin y avait-il d’engager un acteur noir pour jouer la Torche – devenu de ce fait non plus le frère mais le demi-frère de la Femme Invisible – dans le reboot des Quatre Fantastiques, si ce n’est pour se prémunir de critiques quant à un casting entièrement blanc ? Tous ces choix respirent l’artificialité la plus grotesque et révèlent à n’en pas douter le triste visage d’Hollywood, et plus largement, celui d’une Amérique en conflit avec son propre reflet, telle un Dorian Gray des temps modernes.

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Marie Leroux et Jessica Saval

Négation de la culture ouvrière & autres représentations

 

Chloé Dubois

Délaissés du monde culturel, les ouvriers demeurent sous-représentés dans un système médiatique omnipotent, où la diversité est aussi rare que conforme aux préjugés véhiculés par notre société. Avec son dernier film, «La fille du patron», Olivier Lousteau rompt très justement avec cette insidieuse habitude, visant à éclipser une partie de la population française de nos écrans. En centrant son scénario sur le quotidien des salariés d’une usine en difficulté, il offre la possibilité au spectateur de s’interroger sur ce qui est ordinairement donné à voir : l’image d’un être marginalisé, sans profondeur – lorsqu’il n’est pas assimilé à la violence.

Longtemps source d’inspiration dans la littérature et le cinéma, le monde ouvrier se retrouve aujourd’hui abandonné au profit des classes supérieures. Pourtant, les personnages issus du prolétariat étaient alors érigés en héros, porteurs d’idéaux et de valeurs sociales.

Présentée comme la classe dont il faut s’extraire pour tendre à la réussite et à l’épanouissement, la classe ouvrière se retrouve noyée par l’envergure et la ténacité des préjugés véhiculés par les médias. Constamment réduit à sa position de dominé, le rôle de l’ouvrier ou de l’employé va très rarement au-delà de l’image qui lui est prêtée – entaché d’un misérabilisme révoltant. Mais comment envisager une représentation crédible lorsque la connaissance du monde ouvrier se base sur des faits de violences et autres chemises arrachées ?

Dans un tel contexte politique et social, l’expression d’une réflexion artistique, culturelle et militante manque cruellement au débat, notamment pour espérer la possibilité d’une future cohésion sociale.