Un éternel soleil

Dans Eternal Sunshine of the Spotless mind, l’insaisissable Michel Gondry conjugue rêve et réalité en inventant Lacuna, un procédé pour effacer quelqu’un de sa mémoire.

WINSLET CARREY

« Laissez- moi ce souvenir, juste celui-là ! » Les images tourbillonnent, se mêlent les unes aux autres, puis s’effacent. « Clémentine, Clémentine ! »  Joël court, effaré, et cherche autour de lui, un souvenir auquel se raccrocher : une promenade sur un marché, un petit matin au lit, une rencontre dans un train… Un souvenir de Clémentine, une scène – lumineuse ou triste, belle ou terrible -, pourvu qu’elle demeure, pourvu qu’on ne l’arrache pas de sa mémoire. Mais les couleurs peu à peu s’estompent, le rythme s’accélère et les plans se floutent, à l’instar de son esprit dans lequel on efface un à un, les moments passés avec Clémentine. Dans ce film, Gondry invente une méthode à éradiquer les souvenirs. Lorsque Joël apprend que Clémentine l’a effacé de son esprit, il entreprend lui aussi l’opération Lacuna auprès du docteur Mierzwiack. Elle consiste à effacer toutes les traces d’une personne dans son esprit, toutes, jusqu’à la dernière. Mais à mesure que les blessures s’estompent, resurgit aussi la beauté de leur histoire. « Je veux qu’on arrête tout, je veux qu’on arrête d’effacer. Vous m’entendez ? Je veux plus continuer, je veux qu’on arrête l’opération !» Dans cette scène, Joël se retrouve au cœur d’un gigantesque labyrinthe mémoriel : les plans, parfois tournés en arrière, le montrent essayant de lutter non plus contre ses souvenirs et leur poids douloureux, mais pour les conserver – quel qu’en soit le prix. Il nage dans un océan où se mêlent passé et présent, instants chéris et regrets, et entame une lutte contre Lacuna, contre lui-même.

A l’image du film, cette scène nous livre une réflexion sur l’amour, inévitablement lié à la perte et à l’oubli. Gondry questionne la force mélancolique des images qui font – ou ont fait – tout le sel d’une relation. Il propose, à travers la course effrénée de Joël dans sa mémoire, une expérience cinématographique, sensorielle et philosophique qui rappelle au spectateur que si l’on dit « bienheureux les oublieux » – les souvenirs, eux aussi sont lumineux.

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Mulholland Drive : all is an illusion


Beware, for the web is dark and full of spoilers

Alors que les adorateurs de Twin Peaks célèbrent leurs retrouvailles avec la série phare de David Lynch, la filmographie du réalisateur réinvestit quelques salles françaises dans des versions restaurées. Potemkine Films distribue ainsi Eraserhead et Twin Peaks : Fire Walk With Me les 31 mai et 7 juin, tandis que Mulholland Drive s’est offert une seconde jeunesse le 10 mai dernier chez StudioCanal.

Qui veut la peau de Rita Rabbit ?

Mulholland Drive, l’allée du crime. Une femme aux cheveux noirs (Laura Harring), à bord d’une limousine, semble victime d’un traquenard. Braquée, elle est sauvée in-extremis (si l’on peut dire) par un accident de voiture. Amnésique, blessée, elle se réfugie dans l’appartement d’une vieille dame sur le point de partir. Elle cède sa place à sa filleule Betty (Naomi Watts), une jeune actrice qui rêve de percer à Hollywood. Confuse, elle croit rencontrer une amie de sa tante dont elle n’avait pas été prévenue de la visite. Pour ne pas attirer les soupçons, la mystérieuse femme prend le nom de Rita, en référence à l’actrice Rita Hayworth. Elle est en possession d’une clé bleue et de nombreuses liasses de billets. Les deux femmes se lancent en quête de réponses : qui est réellement Rita ? Que faisait-elle dans cette voiture ? Qu’ouvre donc cette clé ?D’autres événements, en apparence sans lien avec l’intrigue principale, viennent en perturber la linéarité et sèment la confusion dans l’esprit du spectateur : que serait un film de David Lynch sans une intrigue éclatée ? Le réalisateur Adam Kesher (Justin Theroux) voit le casting de son film malmené par des malfrats fort attirés par les bons expressos (des amis de l’Agent Dale Cooper, sans aucun doute) : il est contraint de choisir une actrice inconnue, Camilla Rhodes (Melissa George) pour en tenir le premier rôle… Pendant ce temps, sa femme le trompe avec le père de Miley Cyrus : le début de la descente aux enfers pour le réalisateur, qui verra en Betty, l’espace d’un instant au cours d’un casting, l’actrice parfaite. Malgré un regard de compassion, voire même de béatitude pour Kesher, chacun se retrouve compromis par ses obligations : Betty doit retrouver Rita et Adam n’a pas d’autre opportunité que de choisir Camilla. Betty, sans fioritures contrairement à une Camilla Rhodes dont l’allure semble fausse au possible (pomponnée à l’excès, l’actrice joue une scène musicale en playback), semblait pourtant si parfaite aux yeux d’Adam… Peut-être est-ce bien là tout le problème de l’intrigue.

Une fois Betty et Rita parvenues au Silencio, ce club où apparaissent furtivement les interprètes de Laura Palmer et Ronette Pulaski, l’intrigue tend vers une résolution que le spectateur se doit de questionner : tout ce que nous aurions vu jusqu’à lors n’aurait été que le fruit d’une illusion. Le cadavre de Diane Selwyn, que Betty et Rita trouvent dans une maison d’apparence abandonnée, ne serait autre que la véritable identité de la jeune actrice aux cheveux blonds, tombée dans la dépression après l’échec de sa relation amoureuse avec Camilla Rhodes, la véritable Rita. Le dernier tiers de Mulholland Drive plonge son spectateur au cœur de la folie de son héroïne, qui s’est créé son alter-ego idéal en glanant des détails ça et là. Betty ? Le nom d’une serveuse. Ce tueur à gages maladroit (Mark Pellegrino) dont les actions perturbent la narration ? C’est celui que Diane/Betty a recruté pour tuer Camilla/Rita. Prise d’hallucinations de plus en plus violentes, Diane met fin à ses jours en se tirant une balle dans la tête…

Le mystère de la boîte noire

Mulholland Drive fait partie de ses œuvres qui se regardent en plusieurs fois. Pour mieux en cerner l’esprit acerbe et cynique, propre à l’univers lynchéen : tout comme dans sa série Twin Peaks, David Lynch brouille les pistes auprès de son spectateur et mélange les genres. Les malfrats qui s’attaquent à Kesher font basculer l’intrigue dans le thriller, mais aussi dans la comédie (difficile de ne pas refouler une crise de rire lors de la scène du café, ou face à l’acteur ô combien misogyne face à qui Betty joue une scène) ou l’érotisme (quand Betty et Rita s’abandonnent l’une à l’autre). Avant la séquence du Silencio, dont l’onirisme laisse béat et rappelle inévitablement les scènes de la Loge Noire de Twin Peaks, tout ne serait donc qu’un rêve ? De quoi mieux comprendre l’ordre quasi aléatoire des séquences, ainsi que cette toute première séquence musicale fantasmagorique.

Cette double identité ne serait-elle pas également une réflexion métaphorique à propos de l’œuvre elle-même ? D’abord conçu comme un pilote de série à destination des chaînes du groupe ABC, Mulholland Drive n’a pas convaincu ses dirigeants. C’est sous l’influence d’Alain Sarde et Pierre Edelman de StudioCanal que Lynch a pu réécrire, réinventer et tourner de nouvelles scènes pour son œuvre, devenant ainsi un long-métrage à la fin actée. Le cadavre de Diane Selwyn ne serait-il que celui de la première version de l’œuvre, tandis que Betty en incarne le renouveau ? Les malfrats cherchant à imposer une actrice inconnue pourraient-ils être le miroir de ces critiques envers Naomi Watts et Laura Harring, jugées trop vieilles pour leurs rôles respectifs ? En 2001, à l’heure où les films dans lesquels les personnages principaux féminins sont moins d’être légion, David Lynch fait face à la dictature hollywoodienne du « jeunisme » : encore aujourd’hui, les on estime que seulement 28% des personnages principaux de longs métrages sont des femmes (entre 2007 et 2013). Lynch passerait ainsi le test de Bechdel haut la main : ses deux actrices principales sont ensemble et discutent d’autre chose qu’un homme ! La scène de casting de Betty dénonce par ailleurs tout le cynisme de l’industrie, dans laquelle la femme est réduite à l’état d’objet du désir. Et après tout, ce sont des femmes qui cherchent à la tirer de cette situation en lui promettant une bien meilleure carrière…

StudioCanal n’a eu aucun inconvénient à garder le casting initial, facilitant ainsi le tournage de nouvelles séquences à l’année 2000 – et non un tout nouveau film. L’expérience de Lynch avec les producteurs français a porté ses fruits, puisque le réalisateur a notamment bénéficié d’une aide du CNC afin de développer la troisième saison de Twin Peaks. Coïncidence : Canal+ la diffuse en exclusivité. Pourquoi changer une équipe qui gagne ?

Gabin Fontaine

Chapter One : He adored New York City

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L’Île de Manhattan a-t-elle changé dans les presque quarante années qui nous séparent aujourd’hui de la sortie du film de Woody Allen ? Un simple coup d’œil à sa skyline nous indique que oui. Pourtant, son identité visuelle au grand écran est toujours aussi présente. Si le réalisateur new-yorkais a délaissé sa ville depuis plusieurs films maintenant, Manhattan a laissé une emprunte en noir et blanc indélébile sur la pellicule qui compose notre imaginaire filmique commun. À l’occasion de sa ressortie en salle, retour sur un film manifeste d’un genre avec lequel il n’a plus grand-chose à voir.

Manhattan, pourtant comique et romantique, s’inscrit difficilement dans ce qu’on désigne aujourd’hui par comédie romantique. Plus exactement, c’est l’articulation entre ces deux éléments qui le distingue des autres films que l’on associe au genre. Tout l’humour de Quand Harry Rencontre Sally, par exemple, repose sur la connaissance du dénouement amoureux. Le film amuse, car le spectateur sait que malgré leurs multiples chamailleries, Harry et Sally finiront ensemble. Un artifice narratif caractéristique du genre, totalement absent du film de Woody Allen. Si Manhattan fait rire, c’est bien à cause de l’incapacité de ses personnages à se conformer à un quelconque idéal de romantisme,. Isaac, Mary, Yale et Jill, chacun est l’incarnation d’un échec en matière de relations amoureuses. Loin du film d’amour, Manhattan reste un film sur l’amour, l’amour qui aurait dû, mais qui n’a jamais pu. Le romantisme de ses personnages est exalté, un idéal auquel aucun d’eux n’est vraiment prêt à se consacrer.

Ce constat, cohérent au « sous-texte » du film, est exposé de façon très claire dès le monologue d’introduction. Dans cette séquence d’ouverture filmée comme un plan de clôture, Isaac-Woody Allen dénonce une prétendue décadence de la culture contemporaine, pour la contraster immédiatement avec ses prouesses sexuelles. Une juxtaposition qui permet d’introduire au spectateur son personnage comme l’illustration de ce qu’il dénonce. La décadence décrite n’est pas celle des valeurs, mais celle du temps. Woody Allen a trouvé dans Manhattan une façon habile de mettre en scène son irrémédiable névrose de la mort et de sa propre temporalité. Sous couvert de (d’im)maturité, les personnages « adultes » du film rejettent toute pérennité dans leurs relations tout en intellectualisant leurs problèmes. De l’aveu même d’Isaac, le film est une « short story about, um, people in Manhattan who, uh, are constantly creating these real, uh, unnecessary, neurotic problems for themselves ’cause it keeps them from dealing with more unsolvable, terrifying problems about, uh, the universe. » Immatures et égoïstes, les personnages ne sont pas pour autant détestables. Bien qu’engendrée par leurs caprices, la douleur qu’ils ressentent est bien réelle et rappelle celle d’un jeune enfant confronté à ses propres contradictions. Le jeu de Woody Allen en est un parfait exemple dans la dernière scène, lorsqu’il demande à Tracy d’abandonner son projet de comédienne pour rester avec lui, alors que la perspective d’attendre quelques mois lui est tout à fait inconcevable.

S’ils sont incapables de s’ancrer dans une quelconque temporalité, les personnages existent nécessairement dans leur rapport à la ville de Manhattan. Pour filmer la métropole, Woody Allen a fait appel à Gordon Willis, réputé pour son travail de directeur de la photographie dans la trilogie The Godfather. Son talent pour capturer la vie américaine est encore ici manifeste. Si dans les films de Francis Ford Coppola chacun des plans est composé à la manière d’un tableau pour renforcer la prestance des personnages, l’objectif est ici inverse. Il y a quelque chose de très pudique dans la façon dont sont filmés les moments d’intimité entre les personnages. Souvent, des conversations entières se déroulent hors caméra, alors que notre regard se porte sur la ville. Les scènes de la calèche et du planétarium illustrent bien cette réserve face à la sentimentalité. Ils portent également cette idée récurrente chez Woody Allen selon laquelle les relations n’existent qu’en fonction de la ville dans laquelle elles se forment, à défaut de se sceller dans la durée.

C’est là certainement l’héritage le plus conséquent que laisse Manhattan aujourd’hui, mais pas nécessairement au cinéma. C’est désormais bien plus dans les séries télévisées que l’on retrouve ce cadrage à la fois individuel et urbain typique de son cinéma « d’auteur ». Si la comédie romantique est un genre qui peine à se renouveler au grand écran, elle trouve un second souffle allénien dans des séries comme Master of None (Netflix) et Girls (HBO). Que ce soit Aziz Ansari ou Lena Dunham, on retrouve quarante ans plus tard cette même confrontation du créateur-auteur à sa métropole. La ville reste Broadway : ce lieu fixe dans lequel les décors se transforment perpétuellement pour mieux donner vie à des relations amoureuses dont l’identité restera toujours new-yorkaise.

Emilien Maubant

De l’autre côté de l’espoir, le désespoir ?

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Loin du drame social sur l’intégration difficile des migrants en Finlande, le nouveau film d’Aki Kaurismäki s’apprécie comme une longue chanson de blues : empreint d’une mélancolie certaine, mais constamment ponctué de petites notes qui sortent de la gamme attendue pour lui donner toute sa saveur.

Ce rythme de blues se retrouve dans la structure narrative, très carrée, parfois même rigide de L’autre côté de l’espoir. Le premier tiers du film, un peu lent, voit alterner deux histoires qui viendront se rejoindre inévitablement. Wikhström, en pleine crise de la cinquantaine, quitte sa femme alcoolique et son emploi sobre pour ouvrir un restaurant. De l’autre côté, Khaled quitte la Syrie et rejoint la Finlande pour ouvrir une demande d’asile et retrouver sa sœur disparue. La même impassibilité anime les deux hommes, guère affectés par l’absurdité et la complexité des situations qui se présentent à eux. L’homme d’affaires se retrouve à la tête d’une équipe comiquement inapte, alors que le jeune Syrien se voit refuser l’asile et devient la cible d’un groupe de skinheads.

Ce n’est pourtant pas dans le simple contraste de ces situations que se cache toute la réussite du film. Au contraire, Aki Kaurismäki a la bonne idée de présenter les mésaventures des deux personnages avec la même réserve. Le cinéaste exhibe le passage à tabac de Khaled avec un détachement identique à lorsqu’il filme la petite vie du restaurant. Ainsi, malgré (ou grâce à) leur tonalité différente, les deux récits battent finalement la même mesure et trouvent leur harmonie dans un comique du désespoir particulièrement réjouissant.

Ni cynique ni caustique, l’humour de L’autre côté de l’espoir joue plutôt sur l’absence totale d’expressivité des personnages. La première scène où Khaled raconte son parcours aux services d’accueil du pays en est le meilleur exemple. C’est avec une rigueur toute bureaucratique que le jeune homme est reçu, et c’est avec la même formalité que l’on découvre l’histoire pourtant dramatique du personnage. Cette pudeur, que l’on imagine typiquement finlandaise, se retrouve sur tous les plans de la réalisation, du jeu des acteurs jusqu’à la seule et unique chanson qui ponctue le film. Ce décalage constant entre les enjeux graves du personnage et la sobriété de leur traitement à l’écran confère au film toute son originalité et une véritable identité, surtout lorsque l’on connaît le contexte politique actuel en Europe.

Si le film est foncièrement politique, il ne l’est jamais par le biais de discours engagés. L’autre côté de l’espoir n’est pas un film sur le vivre ensemble, et n’est en aucun cas un appel à dépasser ses différences. Alors que la rencontre entre Wikhström et Khaled aurait pu donner lieu à une fable humaniste et xénophile, il donne plutôt à voir le traitement las et bureaucratique de la crise des migrants. Le film préfère ainsi montrer froidement l’indifférence pragmatique de la société finlandaise aux autres cultures. Le restaurant miteux de Wikhström encapsule en ce sens parfaitement toute cette thématique du film. Dans une volonté de séduire un public jeune, moderne et ouvert, il change constamment de style et passe des harengs en conserve aux sushis, puis à la nourriture indienne. La mixité culturelle est présentée comme une mode, un désir de rester dans l’ère du temps, et c’est ce que dénonce habilement Aki Kaurismäki tout au long du film.

Pourtant, le cinéaste parvient à ne pas tomber dans un cynisme désabusé. L’économie à tout niveau de la réalisation ne suscite pas l’indifférence du spectateur puisque malgré tout, le film n’est pas dénué de véritables sentiments. Les enjeux auxquels font face Khaled sont bien réels, et ne sont jamais minimisés. Au contraire, c’est en les intégrant à un quotidien banal et austère que le réalisateur leur confère tout leur impact. L’autre côté de l’espoir ne signifie jamais vraiment le désespoir. Quoi qu’il leur arrive, les personnages perdurent et continuent de flotter au rythme de cette mélancolique et agréable mélodie de blues.

Emilien Maubant

American Honey : une étoile de plus au drapeau ?


American Honey, Prix du Jury à Cannes, signe le retour d’Andrea Arnold huit ans après le remarqué Fish Tank. La cinéaste britannique change désormais de continent et s’attaque au versant sombre du rêve américain à travers le portrait d’une jeunesse désabusée et franchement paumée. Star (Sasha Lane), adolescente du Midwest, abandonne son petit copain alcoolo, drogué et violent – le profil parfait du bon gros connard – après avoir rencontré une troupe d’adolescents qui vagabonde de ville en ville au gré de leurs propres règles.

À la tête de cette bande figurent les deux seuls acteurs connus du grand public : l’inénarrable Shia LaBeouf (« he will not divide us! ») et la star montante Riley Keough, héroïne de la série The Girlfriend Experience et aperçue dans Mad Max: Fury Road. Les autres membres du groupe sont essentiellement des inconnus, y compris Sasha Lane pour qui il s’agit de son premier rôle au cinéma – la jeune femme ayant été dégotée sur un parking par la réalisatrice, à l’instar de son personnage, alors qu’elle n’avait jamais fait de cinéma. C’est elle, la star – depuis devenue égérie Louis Vuitton. Son personnage n’éclipse pas pour autant le reste de cette famille improvisée ; le blondinet casse-cou exhibitionniste, la jeune introvertie particulièrement fan de Star Wars et Dark Vador, un jeune couple qui accumule les petits animaux de compagnie…  

American Nightmare : déception ?

Ces gosses frappent aux portes et appellent à la générosité pour vendre quelques magazines, surtout auprès des résidences pavillonnaires fortunées. Mentir, attirer la pitié, rentrer dans le jeu de bons vieux « daddys », voler, tout est bon pour gagner de l’argent et satisfaire Krystal, la chef de clan. La promesse d’un mode de vie parallèle, constamment en mouvement, où l’on ne doit rendre de comptes à personne, n’est finalement qu’une illusion. Les rapports de force sont toujours présents. Krystal balance ses gosses à la rue, tandis qu’elle accumule les prises de drogue et les partenaires sexuels dans sa chambre de motel. Si tu ne rapportes pas assez, tu te bats ou tu dégages. C’est simple, cruel, mais efficace.

Une vie plus animale donc, et impitoyable. À l’image de la relation entre Star et Jake : lui se veut être le mâle dominant, un loup hurleur prêt à se réfugier dans la violence. Elle tient à préserver son indépendance et n’hésite pas à affirmer sa personnalité, à l’image d’une caméra perpétuellement en mouvement, agitée, mais toujours au plus près d’elle. Les deux se réunissent à travers leur amour (ou plutôt du sexe bestial), né d’une scène de rencontre des plus bâtardes. Un supermarché, du Rihanna en fond sonore, Jake et sa bande sèment la pagaille dans les rayons, et lui commence un quasi-strip-tease sur le tapis roulant d’une caisse. Niveau danse et musique, on est bien loin de La La Land.

American Honey se veut malgré lui être le portrait d’une société états-unienne qui n’a jamais autant mal porté son nom. Toute classe sociale n’est pas épargnée – surtout les personnes les plus aisées : des cow-boys fortunés décidés à faire griller leur gros morceau de viande en l’absence de leurs femmes, une mère de famille catho coincée voulant éloigner sa fille de la dépravation… Les traits sont grossis, presque caricaturaux, mais pourtant exacts. En effleurant le documentaire, Andrea Arnold a donné un avant-goût de l’électorat Trump. Quand Star se prend de pitié pour deux enfants vivant dans la crasse auprès d’une mère accro à la drogue, elle revoit sa propre vie – sa propre mère, elle même morte d’une overdose. Que peut-on faire pour aider ? À l’heure à laquelle le Président promet de rendre l’Amérique grandiose, force est de constater qu’il y aura beaucoup, beaucoup de boulot.

Gabin Fontaine

Loving, l’élégance par la simplicité.

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Innocence, sincérité et douceur: trois termes pour aussi bien décrire une relation amoureuse dévouée que pour expliquer la réussite de Loving. Plutôt que de tomber dans la facilité d’un récit mélodramatique et politique sur la mixité raciale dans une Amérique des années soixante, Jeff Nichols préfère se concentrer sur l’élégance et la simplicité de l’amour qui unit Richard et Mildred Loving.

Confrontés à l’illégalité de leur union, les Loving se trouvent dans l’obligation de quitter l’État de Virginie sous peine d’emprisonnement. Nichols a choisi d’exposer la situation de la façon la plus simple et percutante possible. Après un premier quart d’heure paisible dans lequel est introduit le couple sur le point de se marier, la police fait brutalement irruption pour jeter les deux personnages en prison. Sous le faisceau des lampes torches des policiers, les deux amants que l’on percevait jusqu’ici comme légitimes et insouciants sont transfigurés en criminels. Nichols n’ayant pas voulu expliciter d’entrée de jeu le statut juridique du mariage interracial en Virginie, la scène effraie et permet d’établir la contradiction entre l’innocence de cet amour et la clandestinité à laquelle il se trouve condamné.

Si la passivité et l’incrédulité de Richard Loving peuvent surprendre, elles expriment parfaitement l’aberration de la situation. Bien que le film ait en trame de fond la lutte pour les droits civiques, le statut criminel des Loving n’est jamais véritablement présenté comme une injustice, mais plutôt comme une profonde absurdité. Le film alterne constamment entre la vie de famille presque banale des Loving et les injonctions brutales à légitimer leur union, une dissonance qui suffit à elle seule à porter le message du film. C’est en ce sens que la focalisation sur le quotidien du couple trouve tout son intérêt et permet à Loving de se distinguer des autres films du genre. L’une des meilleures scènes du film illustre brillamment la logique de ce parti pris de la narration : on y voit Michael Shannon en photographe du magazine Life qui, tout comme Jeff Nichols, parvient à capturer avec beaucoup de légèreté la simplicité et l’innocence de cette union.

La sobriété de la réalisation de Nichols permet d’échapper à un traitement sensationnaliste et dramatique de l’affaire Loving v. Virginia, un sujet qui aurait pu facilement s’y prêter. Le film ne contient aucun discours enflammé sur la discrimination raciale, aucun personnage dont la seule fonction serait de mettre en mots la violence et l’injustice dont sont toujours aujourd’hui victimes les populations noires aux États-Unis. Nichols préfère évacuer ces considérations finalement attendues par le spectateur au profit d’un portrait plus intime sur l’innocence. Le succès de cette démarche repose amplement sur la performance juste et mesurée de Ruth Negga, dont la douceur vient contraster habilement avec la nature plus bourrue mais tout aussi sincère de Joel Edgerton. Après Mud et Midnight Special, Loving vient démontrer une fois de plus le talent du réalisateur à tirer le meilleur de ses acteurs.

En choisissant de reléguer la lutte pour les droits civiques au second plan, Jeff Nichols laisse la place à un récit tendre et délicat sur l’amour et la persévérance. Alors que l’État de Virginie remet en cause la légitimité de cette relation, le spectateur ne doute pas une seconde de la sincérité et de la pérennité de leurs sentiments. Une véritable prouesse et une alternative convaincante au drames historiques auxquels nous sommes habitués.

Your Name : Le tour de magie de Makoto Shinkai

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Avec cent millions de dollars de recettes au Japon et plus de dix millions d’entrées, Your Name est le premier film d’animation à faire de l’ombre aux autres productions du Studio Ghibli. Comparé à outrance au maître de l’animation japonaise Miyazaki, Makoto Shinkai n’a pourtant pas joué la carte du mimétisme.

Au cœur de cette comédie dramatique, la thématique du rêve et de la permutation des corps. Certaines nuits, sans prévenir, Mitsuha se retrouve propulsée dans le corps de Taki et inversement. Elle vit dans une campagne reculée du Japon, il étudie en plein cœur de Tokyo, mais chacun va devoir appréhender la vie de l’autre. Une confusion qui sert de ressort comique et interroge la question du genre et des clivages culturels. Mais Makoto Shinkai ne s’arrête pas là et effectue un basculement vertigineux au milieu de son film. Ce qui avait tout l’air se rapprocher d’un doux rêve semble glisser irrémédiablement vers le cauchemar.

Fil conducteur de ce qui devient vite une romance, le rêve dévore le fond et la forme d’un film hybride qui bouscule le spectateur. Les vastes paysages aux ambiances crépusculaires accompagnent la substitution des corps et des âmes. D’abord dépassés par un jeu de rôle qu’ils finissent par maîtriser, Mitsuha et Taki instaurent un mode de communication à part entière. Se griffonnant quelques mots sur des cahiers, notes de portable ou parties de leur corps, les deux adolescents s’agrippent comme ils peuvent à un réel qui leur échappe. Qui est qui ? Le spectateur a parfois du mal lui aussi, à reconstituer le puzzle qui se joue sous ses yeux. Quelques incohérences dénotent même et participent à le perdre. Une dynamique parfois bancale qui ne s’inscrit pas moins dans la thématique du rêve, partagé entre illusion de réalisme et déconstruction avérée. L’impression de déjà vu hante les personnages et titille le spectateur par la dispersion de souvenirs elliptiques. Ainsi, Mitsuha dénoue un ruban rouge de ses cheveux et le balance à un Taki hagard depuis un quai de métro. « Taki … Taki, tu m’as oublié ? » se désole la voix off de Mitsuha. Un questionnement qui berce le film, pareil à un refrain, et entrecoupe les rêves du jeune homme dérouté.

Onirique mais également poétique, Your Name oppose un Tokyo moderne au Japon traditionnel, bercé par les rites et coutumes de la grand-mère de Mitsuha. Les interrogations des personnages se calquent sur les paysages chimériques et sont jetés comme des vers. Makoto Shinkai convoque les sens, dissèque la matière. Le souffle du vent dans les feuilles d’arbres, les cercles de pluie à la surface du lac, le fil à tisser, symbole du temps qui passe, et les vols d’oiseaux par-dessus la plaine. L’image happe, transporte et appelle le voyage, comme cette comète qui transperce les nuages et démultiplient les points de vue.

Subtilement, Makoto Shinkai ravive la mémoire des catastrophes naturelles de 2011. Le rêve ne sert plus seulement l’histoire d’amour mais également l’histoire d’un Japon blessé. A mesure que le film avance, la dimension cosmique qui participait jusque-là à insuffler davantage de spectaculaire prend des proportions inquiétantes. En défiant les contraintes spatio-temporelles, le réalisateur s’imagine un monde sans limites où l’au-delà viendrait à bout d’un réel tourmenté, comme par magie.

 

Resident Evil Chapitre Final : Course au nanar

Quinze ans. Cela fait quinze ans que Milla Jovovich s’évertue à combattre Umbrella Corporation et son armée de morts-vivants dans la peau d’Alice, un personnage qui ne connaît toujours pas ses origines. Rien de tel qu’un retour à Raccoon City, là où tout a commencé, pour se frotter de nouveau à Albert Wesker et la Reine Rouge… et mettre fin à l’Apocalypse. L’occasion également d’enfin apporter des réponses à toutes les questions posées depuis le début de la saga.

Seul hic, Paul W.S. Anderson expédie bien vite ses explications dans un film où crédibilité est mise au placard au profit de scènes d’action bourrines et invraisemblables. Comme d’habitude, et c’est pour ça que Resident Evil reste un plaisir coupable !

Un scénario, quel scénario ?

À chaque épisode de la saga, des questions sont laissées en suspens, aussi bien concernant l’intrigue ou le devenir de certains personnages. Pourquoi Paul W.S. Anderson a-t-il autant à cœur de tout renverser ? S’il n’a pas réalisé tous les Resident Evil (Apocalypse et Extinction, deuxième et troisième volets, ont été mis en scène par Alexander Witt et Russell Mulcahy), Anderson les a du moins produits et scénarisés. 

Aucune cohérence ne se dessine pourtant à travers la saga, qui ne parvient pas à établir sa propre mythologie malgré sa volonté de se détacher des jeux vidéo. Dans ce Chapitre Final, le Virus T trouve un nouvel inventeur, alors que celui-ci était déjà tout trouvé dans le second volet. Rien que dans sa scène introductive, Anderson démonte ce semblant de cohérence… avant de nier la fin de l’épisode précédent. Une bataille à la Maison Blanche, où Alice et ses alliés (parmi lesquels figuraient Jill Valentine, Leon S. Kennedy et Ada Wong, héros des jeux) étaient contraints de s’allier avec Albert Wesker, ennemi ultime. Anderson éclipse la scène en une réplique : c’était un piège. Comme c’est arrangeant.

Pour l’amour du kitsch

La structure du film, semblable à tous les autres volets, n’engage pas non plus à de grands développements : Alice a quarante-huit heures pour se rendre de nouveau à Raccoon City et sauver le monde. Sur sa route, elle retrouve Claire Redfield (Ali Larter), ressortie tout droit de… on ne sait trop où, après avoir disparu à la fin du quatrième volet (l’excuse est, elle aussi, affreusement simpliste). Qui donc pour entourer nos deux héroïnes ? Une bande de personnages fades, dont on ne retiendra pas les noms puisqu’ils ne sont que prétexte au massacre. Face à eux, on s’attendait à un Wesker grandiloquent, mais c’est Ian Glenn qui endosse le rôle du méchant, dans la peau du Dr. Isaacs. Oui, il est mort dans le troisième volet. Mais Anderson a sa réponse toute faite depuis deux volets : des clones.

Ce Chapitre Final se veut donc aussi kitsch dans son scénario que dans sa mise en scène : Glenn n’incarne plus un scientifique avide de résultats mais un vieux taré survivaliste et Shawn Roberts subit la démystification totale du personnage de Wesker, pourtant le plus badass de la saga. Faible temps à l’écran, aucun moment de bravoure : Wesker n’a rien de son personnage.

Restent donc ces longues séquences d’action complètement invraisemblables, comme seule la saga Resident Evil sait le faire : combat sur un SUV entre Alice et le Dr. Isaacs poursuivis par une horde de zombies sortant de nulle part, le massacre de cette horde sous une pluie d’essence et de balles, et des combats au corps à corps musclés – si l’on en croit le nombre d’os que l’on entend se briser. L’action est souvent illisible, la faute à un montage épileptique à la Taken et à une photographie aussi sombre qu’au fin fond d’un Lurker. 

Resident Evil Chapitre Final est une conclusion décevante, qui se rajoute des wagons prêts à dérailler au lieu de chercher à lier ceux déjà présents. Un film d’action au penchant nanardesque assumé, qui impressionne toujours autant par son incroyable extravagance.

Critique disponible dans sa version complète sur Silence Moteur Action.

Gabin Fontaine

Room 237 : le Kubrick’s Cube

Entre délires et dérives, Room 237 décortique le « Shining » de Stanley Kubrick.

Rodney Ascher nous invite à vivre une expérience.

Son meilleur court-métrage, le faux documentaire The S From Hellfaisait resurgir nos peurs enfouies d’enfant sous la forme d’un banal jingle télévisé, celui de Screen Gems.

Un générique vintage faisait office de relique maudite, vectrice de tous les traumatismes, à l’instar du brouillard cathodique de Poltergeist.

Room 237 prolonge cette conception de l’écran comme projection directe de notre inconscient. Et si cet effroi de gamin que l’on a tous un jour vécu était celui de Danny, le protagoniste de The Shining ?

Dans sa Room 237, Ascher réunit les théoriciens du complot les plus allumés afin de les faire disserter sur le classique de Stanley Kubrick, son labyrinthe, son Jack Nicholson as de la hache et sa fameuse ombre d’hélicoptère. Non pas pour percer le mystère de cette pyramide pop mais pour démontrer qu’une œuvre appartient avant tout à son public – un certain George Lucas pourra en témoigner – du moment qu’elle est « ouverte », c’est à dire « interprétée de différentes façons sans que son irréductible singularité en soit altérée » (dixit Umberto Eco).

Le « Kubrick’s Cube » que manipule Ascher est un jeu pour fanboys, zinzins érudits susceptibles de dévoiler en chaque plan un Minotaure, une érection, la métaphore du génocide des Indiens d’Amérique, un rejet vers l’Holocauste, ou encore un enjambement sur la conquête spatiale (room/moon). Consacrer un long-métrage à l’Hôtel Overlook se révèle être un exercice de style aussi proche de l’exégèse (cinématographique) que de l’analyse, ce terme issu du domaine psychiatrique.

Car Shining n’est autre qu’un objet thérapeutique. Il reflète les obsessions, tourments, fétichismes, malaises, souvenirs de ceux qui osent le regarder de trop près. La culture populaire à l’instar du périple de Jack Torrance est-elle un voyage intérieur, une Red Room à la David Lynch ? C’est ce que démontre le cinéaste en nous dépeignant nous, spectateurs, comme les auteurs illégitimes mais indissociables de l’oeuvre, de sa polysémie vertigineuse et de son aspect atemporel. Et tant pis si certains préfèrent l’ironie…

Jusqu’aux théories les plus farfelues, la pop culture s’assimile à la synesthésique – ce phénomène psychologique traduisant la combinaison d’impressions sensorielles diverses chez un même sujet. Le cinéma permet cette « perception simultanée » à travers laquelle le spectateur enrichit selon sa propre sensibilité un même film de dix visions différentes.

The Nightmare, le second « documenteur » de Rodney Ascher, développe ce principe. La fiction ne cesse d’y parasiter le réel – et inversement. Fausse étude médicale d’une pathologie (la paralysie du sommeil) mais véritable captation d’un quotidien fantasmé, à mi-chemin entre Les griffes de la nuit et la Trilogie de l’Apocalypse de John Carpenter, ce « cauchemar » démontre que l’angoisse est avant tout celui…du cinéphile qui est en nous. Ce néo-cinéphile qui, insomniaque, passe ses nuits sur les threads Reddit.

Extension de la salle obscure (celle du cinéma), la « room 237 » est une chambre noire : comme au cours d’un processus photosensible, le spectateur y développe à l’envi ses instantanés cérébraux. Bercé par une musique aussi électronique qu’hypnotique.

Clément Arbrun

« Caricature », l’argument vide de la critique cinéma

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Copyright Bleecker Street Films (source AlloCiné)

Souvent lorsqu’un film un tant soit peu contestataire sort au cinéma, le même scénario se répète. Certains journalistes se trouvent intelligents de centrer toute leur analyse sur la dimension politique du scénario. Ils le réduisent, avec une sévérité très inspirée, à un pur produit militant ou à une œuvre inachevée incarnant la mollesse d’esprit de son réalisateur.

     « La leçon a été reçue qui donne lieu à un épilogue bon enfant où chacun y trouve son compte sans perturber l’ordre établi. (…) Captain Fantastic n’a pour proposition qu’une utopie light pour babas cool « intégrés » dont l’acte de résistance consiste à se déplacer en vélo et à manger bio. »

Pour Guillaume Guguen, critique de France 24, le film Captain Fantastic sorti au cinéma en octobre 2016, n’est ni plus ni moins qu’une caricature qui ne prend pas parti, qu’une bluette écologique teintée d’un dangereux radicalisme. Ce même Guillaume Guguen jugeait le dernier film de Ken Loach trop politique, au point de le considérer comme le film d’un militant et non celui d’un réalisateur. Mais que veux-tu, Guillaume et où sont tes bons arguments ? Quelle absurdité de croire qu’un film engagé n’est que le prolongement de la pensée de son réalisateur auquel le spectateur serait contraint d’adhérer ! Evidemment qu’un cinéaste est capable de prendre du recul et de nous amener sur le terrain de la réflexion personnelle.

Captain Fantastic, road movie familial, narre l’histoire d’un père de famille anticapitaliste et de ses six enfants décidés à quitter l’autarcie idyllique d’une forêt qui les coupe des vices de la société américaine. Le film questionne : il met en compétition les fondements éducationnels américains et la critique farouche d’un papa contre ces derniers. Un vaste programme traité avec légèreté grâce à un scénario peu alambiqué et une mise en scène délicate et joyeuse qui nous tient jusqu’au bout en haleine.

Alors, oui, gentil ou simpliste le film l’est sans doute : références philosophiques maladroites, idolâtrie légère mais quelque peu ridicule pour Noam Chomsky, positions politiques radicales vulgaires et has been… Le compte y est. Mais pourquoi ne pas renverser ce constat et profiter de la douceur de cette comédie pour puiser pleinement dans ce qu’elle propose ? Puisque l’intelligence du film réside justement dans son absence de solutions toutes faites, préférant soulever d’intéressantes  problématiques. Notre tâche en tant que spectateur ? Tenter de les formuler et de perpétuer le cycle de réflexion ouvert par le Captain. La tâche du journaliste critique ? Permettre au spectateur de se fonder sa propre opinion et cesser de prendre son avis personnel pour argent comptant ! Car ce qu’il y a de beau dans le cinéma, c’est sa capacité à provoquer des réactions émotionnelles et/ou des réflexions plus larges sur un sujet. C’est qu’il donne à comprendre, à penser, à ressentir. C’est qu’il peut être un vecteur même imparfait de questionnements plus larges et provoquer une conscience sociale sans que l’on ait besoin de nous tenir la bouche pour ingurgiter.

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GIPHY

Pour aller plus loin et réfléchir à ce que doit rester la critique de cinema :

L’article de Jean-Michel Frodon, « A quoi sert la critique de cinéma? » sur Slate.fr

L’interview toujours d’actualité de Stéphane Ledien, directeur de la publication et co-rédacteur en chef de la revue de cinéma Versus, par Acrimed 

Adrien Pontet & Juliette Savard

“Whitewashing” : le nouveau visage d’Hollywood

Alors que le public français accueille généralement à bras ouverts des films polémiques comme Un Prophète, le public américain vit depuis (trop) longtemps sous le joug d’un politiquement correct rampant. Véritable gangrène culturelle, il a depuis environ dix ans pris un visage pour le moins sournois, celui du « whitewashing ».  

Qu’il s’agisse du cockney Christian Bale interprétant Moïse dans Exodus, de Johnny Depp grimé en amérindien dans Lone Ranger ou d’Emma Stone jouant une sino-hawaïenne dans Aloha, voir un acteur blanc jouer un personnage de couleur est apparemment devenu aujourd’hui un des sujets de discorde les plus courants à Hollywood. Mais qu’en est-il du public ? Sommes-nous tous sorti d’Exodus déçus parce que l’héritier du trône d’Egypte était blanc ou parce que le film était incroyablement mauvais ? Et la question à un million : le « on espère seul film oubliable » de la filmographie de Ridley Scott était-il mauvais parce que son casting n’avait aucun sens, ou peut-on trouver d’autres raisons pour expliquer cet échec ?

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Hollywood, toujours plus blanc

Le fait est que tant qu’un acteur est bon, ni sa couleur de peau ni sa supposée religion – un petit clin d’œil aux directeurs de casting ayant une forte propension à ne caster que des acteurs d’origine arabe pour jouer des terroristes – ne devrait entrer en ligne de compte dans l’appréciation de sa performance. Et pourtant, combien d’articles ont crié à l’infamie lorsque la très plantureuse, très blonde, et surtout très blanche Scarlett Johanson a été castée dans le rôle principal de l’adaptation du manga néo-noir Ghost in the Shell l’année dernière ? Quelle ne fut pas la surprise de tous ces critiques amers quand la bande-annonce sortie il y a un mois s’est avérée plus qu’alléchante ! Quand on pense que même les éditeurs de la bande-dessinée originale étaient ravis de ce choix…

Plus ce genre de polémiques se multiplie plus il semble clair que l’Oncle Sam n’a de toute évidence pas fait le deuil de la ségrégation et demeure d’une sensibilité frisant parfois le ridicule sur les questions de couleurs de peau et de religions. Il est vrai que l’on pourrait très facilement tomber dans la dénonciation facile d’un public gangréné par une logique twittosphérique du scandale et de la polémique à outrance. Cela n’a jamais été mieux représenté que lors de la récente controverse autour de la dernière adaptation de Power Rangers. Faisant fi d’un casting au combien multiculturel, les fans se sont focalisés sur une alien, la maléfique Rita Repulsa, précédemment interprétée par des actrices japonaises et désormais jouée par Elizabeth Banks. Toutefois, Hollywood a aussi son lot de casseroles et il serait hypocrite d’ignorer le racisme intrinsèque à cette gargantuesque usine à stars et nier que le « whitewashing » est une habitude dont les auteurs ont du mal à se défaire.

Mais le véritable problème de ce phénomène qu’on appelle plus largement le « racebending« , est son absence totale de logique. Tel un serpent qui se mord la queue, Hollywood craint tellement de se faire accuser de racisme qu’il en vient à faire dans l’excès inverse et à forcer une mixité raciale dans des films dont les scénarios ne la justifie nullement. Quel besoin y avait-il d’engager un acteur noir pour jouer la Torche – devenu de ce fait non plus le frère mais le demi-frère de la Femme Invisible – dans le reboot des Quatre Fantastiques, si ce n’est pour se prémunir de critiques quant à un casting entièrement blanc ? Tous ces choix respirent l’artificialité la plus grotesque et révèlent à n’en pas douter le triste visage d’Hollywood, et plus largement, celui d’une Amérique en conflit avec son propre reflet, telle un Dorian Gray des temps modernes.

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Marie Leroux et Jessica Saval

ATTENTION [SPOILERS]: 5 Raisons De Voir Sausage Party Sans Vos Enfants

Dans le monde du cinéma Hollywoodien d’aujourd’hui, nous avons vu que presque tout est possible. Sorti en salles le 30 novembre, Sausage Party montre que le dessin animé n’est pas que pour les enfants. Vous êtes surpris ? Rien que le nom devrait vous tuyauter. En anglais, il s’agit d’événements, ayant lieu typiquement le soir, où se retrouvent plus d’hommes que de femmes (voire que des hommes). Les allusions sexuelles en font partie intégrante. Donc vous l’aurez compris. Ce n’est pas un film de famille.

Certains n’ont pas l’air d’être au courant de ces subtilités, tels que le site Info Chrétienne et La Manif Pour Tous, ces derniers ayant récemment condamné le film pour une scène de partouze culinaire (entre des aliments animés) beaucoup trop salace pour ces groupes conservateurs. Seth Rogen, l’un des scénaristes et le comédien qui prête sa voix au rôle principal en rigole :

Le prologue du film montre que les aliments sont vivants. Ils rêvent d’être enlevés de leurs rayons au supermarché pour ensuite aller au “Grand Au-Delà » et vivre au paradis avec les êtres humains qu’ils considèrent comme des dieux. Le scénario se focalise sur Frank (voix de Seth Rogen), une saucisse en forme d’un hot dog, qui attend avec impatience le jour où son paquet de saucisses sera pris avec celui de sa copine Brenda (voix de Kristen Wiig), un pain à hot dog du genre féminin. À ce moment-là, ils franchiront les portes du supermarché où il pourront enfin “consommer” leur relation. Au final, il découvre la réalité tout seul et ce n’est pas du tout la party qu’il avait envisagé.

Voici donc les 5 raisons délicieuses (ou pas) de regarder ce film sans vos enfants (Après tout, il est interdit aux moins de 12 ans) :

y0azcrzbulrbgGrossièreté :

126, ou le nombre de fois que le gros mot anglais fuck et ses dérivés sont employés par les personnages. Bon, ce n’est pas le nôtre mais ce n’est pas non plus le mot que vous devriez apprendre à vos enfants pour répéter à leur prof d’anglais. Selon le site américain Kids In Mind, il y a également 35 références sexuelles, 40 termes scatologiques, 23 exclamations religieuses, 18 termes anatomiques et plein d’insultes pour alimenter le vocabulaire de vos enfants les plus innocents. A bon entendeur !

sausage-partyDrogues :

Nous n’allons pas appeler un dealer de sels de bain sitôt mais dans le film, cette drogue hallucinatoire dangereuse est prise par un homme qui la prépare à partir d’une poudre blanche qu’il fait bouillir dans une cuillère. Ensuite, il prend une seringue pour l’injecter dans son sang. À son réveil, il a la capacité de comprendre et communiquer avec les aliments dont notamment Frank, qui s’est retrouvé chez lui. Il y a également une scène où plusieurs aliments fument de l’herbe dans un kazoo (de quoi inspirer vos enfants à mettre des substances inconnues dans leurs jouets).

Sexe :

Certes, il ne faut pas s’attendre de voir des seins nus, des fesses ou des vrais corps humains en train de passer à l’acte. Cependant, vous verrez un tas d’actes sexuels mis en scène par les personnages dont cette fameuse orgie alimentaire qui met ensemble Frank, Brenda, Kareem Abdul Lavash (un pain lavash musulman et homosexuel, incarné par Cyril Hanouna en anglais d’ailleurs) et Teresa del Taco (un taco mexicain du genre féminin et lesbienne, incarné par Salma Hayek). Voici une vidéo de la scène entière:

Il y a des dialogues plus que suggestives tout au long du film. Pourtant, il semble assez ridicule de crier “Sacrilège!” quand il s’agit des aliments animés. Mais vous feriez quand même mieux de laisser l’éducation sexuelle de vos enfants à la charge de l’école.

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Violence:

Vers la fin du film, quand les aliments apprennent la vérité sur leurs destins cruels, ils se vengent des humains. Dans une scène apocalyptique avec des têtes humaines coupées, d’autres personnes en train de se faire tabasser par des aliments divers ou de s’évanouir après avoir été piqués par des cure-dents trempés dans une drogue liquide. Il y a également des scènes où les humains sont en train de déchiqueter les aliments pour les consommer (ce n’est pas choquant pour autant mais peut-être ça ne vous aiderait pas à persuader vos enfants de bien manger leurs légumes).

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Humour :

Bah oui, c’est un film d’animation, d’aventure et surtout une comédie. Pour les parents qui n’ont pas compris la blague dès le titre et qui se plaignent après avoir amené leurs enfants au cinéma, hé bien, soyons honnêtes. Ce sont eux qui ont fait une boulette.

Ce qu’il faut surtout retenir avant d’aller voir ce film (si nous ne l’avons pas trop spoilé pour vous), c’est de se rappeler que ce n’est qu’un dessin animé et qu’il ne faut pas le prendre à coeur. C’est fait pour rire, que vous soyez d’accord ou pas avec les commentaires sociaux ou les contradictions tissées dans le scénario. Ce n’est pas pire que les émissions de trash diffusées à la télé ou les trucs que vous regardez sur YouPorn en cachette. Et après le film, nous n’avons qu’un seul conseil : Allez récupérer vos enfants et mangez des saucisses pour avoir l’esprit tranquille. 

La sélection Love 2017 de vos prochaines soirées ciné

La La Land
Sebastian (Ryan Gosling) et Mia (Emma Stone) dans La La Land, Copyright SND / Source Allociné

Regardons dès à présent vers notre avenir culturel et cinématographique ! Pour l’année 2017, je vous souhaite du LOVE à n’en plus finir ! On connait tous ce sentiment de bien-être ressenti au sortir d’une bonne séance de cinéma, que l’on ait vu un film qui marque notre esprit à jamais ou un film léger qui a le goût sucré d’un bonbon vite avalé. De janvier à avril 2017, les films qui parleront d’amour devraient vous procurer ce sentiment merveilleux et entrainer de nombreux sourires, de tendres câlins entre inconnus dans la rue et le monde se transformera en une immense comédie musicale, et nous serons tous des petits oiseaux chantonnant… Je m’égare.

Ici rassemblées, dans un calendrier du tonner, les informations de base et les bandes annonces de ces films. Je vous mâche le travail parce que ouais, je suis sympa (esprit de Noël tout ça, tout ça). Par contre : Je ne dirai pas un mot de Cinquante Nuances de Grey 2. Notre ami Gabin a très bien décortiqué la bande annonce en usant d’un humour fin et complet. Je m’en remets à lui pour cette fois.

En JANVIER – « Love is fantasy »

♥ 9 janvier – Le film qui ressort au cinéma. Love Streams, de John Cassavetes, sorti en 1984 et adapté d’une pièce de théâtre de Ted Allan. L’amour entre une sœur et un frère, tout deux en prise avec leur ex conjoint. La sœur, Sarah, est jouée par Gena Rowlands, épouse du réalisateur américain qui a participé à plusieurs de ses films. On fonce !

Les 11 et 18 janvier – Deux films français qui s’inspirent du conte de La Belle au Bois Dormant écrit par Charles Perrault. À des années lumière l’un de l’autre mais visiblement tous deux attachés à l’originalité de l’adaptation contemporaine :

Du côté de la comédie française, Un jour mon prince, premier long métrage de Flavia Coste, que l’on espère pas trop léger (pour elle).

Le deuxième du côté à première vue, du film de genre : Belle Dormant de Ado Arrietta, réalisateur et scénariste espagnol visiblement trop peu connu. Peut-être que la belle belle frimousse de Niels Schneider, la poigne d’Agathe Bonitzer et l’expérience de Mathieu Amalric changeront la donne.

Le 25 janvier, on fait l’amour (et c’est tout) et on passe sa journée au ciné. En gros : « Je peux pas, j’ai love ciné ». On vous répondra « Oh ! La tristesse ! » Mais vous n’écouterez pas.

1°/ Parce que Ryan passe avant tout. Sortie de La La Land ! Taisez-vous, le teaser parle de lui-même.

2°/ Parce que la comédie américaine, c’est cool. The Boyfriend ressemble à tout ce qu’on a déjà vu mais voilà trop longtemps que les abdos de James Franco n’ont pas été exposés au monde… En plus, il y a Bryan Cranston (Breaking Bad) en breaking Dad ET du Eminem dans la bande annonce, que demande le peuple?

En FÉVRIER – De la difficulté de s’aimer et de se marier

Le 8 février – Un film français qui conte l’histoire d’un couple, d’un futur époux chargé de trouver l’argent nécessaire à l’organisation de son mariage. Nous nous marierons de Dan Uzan, avec deux jeunes acteurs Faten Kesraoui et Karin El Hanayi (du sang neuf, oui !!).

Le 15 février – Un film américain inspiré d’une histoire vraie : Loving ou l’union entre un homme blanc et une femme noire à l’époque où cela était interdit aux États-Unis. Réalisé par Jeff Nichols, avec Joel Edgerton and Ruth Negga

Personnellement, je compte éviter Des amours, désamours, même tenter d’oublier la bande annonce que j’ai regardé jusqu’au bout avec stupéfaction. Mais si ça vous intéresse, c’est pour le 15 février. Attendez-vous à tuer votre petit(e) ami(e) le jour de la Saint Valentin.

En MARS « Rien de tel qu’un cœur brisé pour découvrir le monde »

♥ Le 1 mars – Le film dont on attend beaucoup : 20th Century Women avec des actrices d’une beauté dingue : Elle Fanning, Greta Gerwing et Annette Bening.

Le 22 mars – Le film de Claudio Giovannesi très applaudi à la Quinzaine des réalisateurs au Festival de Cannes 2016, certainement à raison : Fiore, (fleur en italien), une histoire d’amour en milieu carcéral. On a hâte notamment pour cette jeune actrice italienne, Daphne Scoccia, 21 ans, qui a un charme fou et dont c’est le premier rôle au cinéma.

Le 29 mars – Un film documentaire, Pourvu qu’on m’aime, sur l’amour et l’autisme de Carlo Zoratti.

En AVRIL – Des femmes combattantes !

Le 5 avril – Un film polonais, United States of Love, qui a l’air très intéressant. Sur le désir et l’amour féminin à travers la vie de quatre femmes. Réalisé par Tomasz Wasilewski.

– Un thriller canadien sur fond de « premier amour », Mean Dreams, réalisé par Nathan Morlando et sélectionné à la Quinzaine des réalisateurs en 2016. Le synopsis : « Après avoir volé un sac contenant de l’argent de la drogue, un garçon de quinze ans s’enfuit avec la fille qu’il aime tandis que le père de celle-ci, un flic corrompu, les prend en chasse. »

Le 19 avril – The Young Lady, un premier film, historique réalisé par William Oldroyd, sur le mariage forcé et la puissance qui nourrit le besoin de liberté d’une femme. Au point d’aller trop loin? Un scénario proche de l’histoire d’Emma Bovary de Flaubert mais qui a tout l’air de marquer sa différence. Voir la vidéo ICI.

En guise de conclusion, un film français qui sortira le 19 avril également : Sous le même toit, dont on ne sait pas grand chose encore, si ce n’est qu’il est porté par un couple plutôt sympathique, Louise Bourgoin et Gilles Lellouche, accompagnés de Manu Payet et Marilou Berry.

Vous avez de quoi vous occuper l’année prochaine, non ? Si Amélie approuve…

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Ne vous en déplaise, 2016 est l’année de Donald Glover.

« I know i’m not perfect but i am original »

Original, Donald Glover l’est tellement que comme beaucoup d’artistes, il ne peut s’arrêter à une seule définition. Et si certains n’hésitent pas à le qualifier de petit génie, cet artiste aux multiples casquettes aura bel et bien pris son envol cette année 2016. Et l’on vous explique pourquoi.

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Fils de témoins de Jéhovah et déjà trublion de service, Donald Glover fait rapidement ses débuts sur les scènes de stand-up dès son plus jeune âge. Dès 2003 alors qu’il n’est âgé que de 23 ans et encore étudiant à l’université de New York, il passe par la case scénariste pour le Daily Show en écrivant les sketchs pour l’émission satirique. C’est là qu’il est repéré et dans la foulée recruté par l’humoriste Tina Fey pour la série 30 Rock où il officiera durant 3 ans à l’écriture, s’offrant même le luxe de quelques caméos. Mais c’est vraiment en 2009 qu’il entre enfin dans la lumière, avec sa participation à la série ô combien sous-estimée de Dan Harmon : Community.

Il y incarne durant cinq saisons le jeune community-castquarterback déchu, Troy Barnes qui, au côté de Abed Nadir (joué par Danny Pudi) représente l’un des duos les plus iconiques de ces dernières années et dont les actes de bromance font encore mouche aujourd’hui, malgré son départ de la série en 2014 afin de se concentrer sur son autre passion, la musique.

Tandis qu’il rap sans vergogne sur son cours d’espagnol ou sur la chorale de Noël, celui ci va réellement prendre le mic’ sous le nom de Childish Gambino, son alter-ego musicien dont le nom provient d’un générateur de blaze du Wu-Tang Clan. Un flow constant, de grosse punchlines qui tâchent, mais qui touche juste. L’incursion de Donald dans le rap game est réussie malgré un premier album descendu par la critique (un 1.6 salé sur Pitchfork entre autre), notamment à cause de son côté trop « blackgeoisie ».

Et 2016 arriva.

Comme le glas d’une reconnaissance jusque là jamais pleinement acquise, Donald prend enfin son envol.

tablet_atlanta_poster_2x3Sa série Atlanta tout d’abord confirme à ceux qui en doutaient encore de son talent à la fois devant et derrière la caméra en tant que show-runner. Il décrit la vie de Earn,  jeune père et rappeur qui tente de subvenir autant au besoin de sa fille que de ses ambitions personnelles. La série prend surtout part dans un contexte d’élection, en y donnant une autre vision de cette jeunesse afro-américaine urbaine désabusée.

Choucou d’internet et des geeks en puissance, si l’occasion d’incarner le premier Spideman noir de l’histoire lui est passé sous le nez malgré le donald-glover-lando-194438lobbying des fans, il se rabat alors sur un autre pilier de la pop culture, en décrochant le rôle du jeune Lando Calrissian, le rival et meilleur ami du contrebandier Han Solo dans le prochain spin-off de A Star Wars Story qui sortira en 2018.

Le succès de son 3ème album « Awaken, my Love ! », sortie le 2 décembre dernier est la cerise sur le gâteau. Véritable pépite sortie de nulle part, cet album est à la fois salué par la critique (décrochant même 7.2 revanchard sur Pitchfork ) mais aussi par ses pairs comme le batteur des Roots qui n’hésite pas à qualifier l’album d’une des dernières claques de la musique black depuis There’s a Riot Goin On de Sly Stone en 1971. Awaken marque pourtant un virage à 180°C dans la carrière de Childish Gambino puisque celui-ci laisse de côté le rap ego-trip pour rendre un vibrant hommage au funk sombre et psyché des années 70. Un album qui sonne déjà comme un classiques et qui squatte les playlists depuis deux semaines.


Si 2016, fut un excellent cru pour Donald Glover, nous ne pouvons qu’espèrer qu’il n’en est qu’à ses prémisses. Et que comme le bon vin, c’est avec l’âge qu’il se bonifie. 

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Martin Nolibé, alias Ungrateful Ninja

Top des émissions TV qui se sont gourées dans leur titre, c’est ballot !

La France a un incroyable talent

A la 11ème saison de la célèbre émission de M6, on cherche toujours la signification de ce titre pompeux. Du talent, d’abord, y en a pas beaucoup (une vieille folle qui fait un numéro absurde de danse des seins ou un vieux saltimbanque qui essaye de faire des acrobaties avec ses perruches, on n’appelle pas ça du talent). Ensuite, du talent, si il y en a, pardon, mais il n’est pas vraiment incroyable (vos danseurs de hip hop ou vos chanteuses d’opéra, on en est un peu revenus…). Enfin, que fait la France dans ce titre étant donné que la plupart des candidats viennent d’Australie, d’Angleterre ou de Suisse ? On n’a pas compris.

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E=M6

Comment la super émission scientifique de Mac Lesggy qui nous explique les petites choses du quotidien peut être autant à côté de la plaque… ? Enfin, Mac ! Ce n’est pas E=M6 voyons, c’est E=MC2 la formule ! Tout le monde sait ça. Même si personne ne sait ce que ça veut dire.

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Les reines du shopping

Cristina Cordula qui donne 2 heures à des nanas pour qu’elles s’habillent en fonction du thème du jour et qu’à la fin elles pleurent tellement elles se trouvent belles et tellement elles sont contentes d’avoir enfin pris du temps pour elles, on appellerait ça plutôt « Les reines des sous-mentales».

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Tout le monde veut prendre sa place

Non ! Moi, non…

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Mais ? Y a pas du tout de mecs qui slament en fait dans ce jeu présenté par un enfant de 12 ans ?

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Danse avec les stars

Émission phare de TF1 depuis 6 ans, on a vraiment envie de dire aux producteurs qu’il y a un couac dans le titre : quelles stars ? Florent Mothe ? Valérie Damidot ? Fabienne Carat ? Ophélie Winter ? Pas compris.

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C dans l’air

Yves Calvi décortique l’actualité toujours entouré de ses petits experts sur France 5, c’est bien… Très très bien. Dommage qu’il y ait une énorme faute d’orthographe dans le titre.

La nouvelle édition

D’abord diffusée sur Canal + puis sur C8, présentée par Ali Badou puis par Daphné Burki, l’émission existe depuis 2011 quand même. On est alors en droit de se demander pourquoi on la qualifie de « nouvelle »…

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Des chiffres et des lettres

Ah bah non, là ça passe.

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