Behind the walls

S’il ne fallait en retenir que deux, ce seraient les Beatles et les Pink Floyd. Les deux groupes les plus mythiques de l’histoire de la musique moderne. C’est au Victoria & Albert Museum, à Londres, que se dévoile l’exposition Pink Floyd, « Their mortal remains » (« leurs dépouilles mortelles »). Du « Floyd », il ne reste plus que quelques membres vivants : David Gilmour, Nick Mason et Roger Waters. Mais leur héritage, lui, est immortel. Il a su perdurer à travers les décennies.

Ruines musicales ?

Si vous avez la chance de partir à Londres cet été, n’hésitez pas à faire un saut au « V & A ». Exposition monumentale, intimiste, labyrinthique, semi-hagiographique, « Their mortal remains » est à la hauteur du groupe dont elle dresse le portrait. Dans le dédale des salles, qui rivalisent de grandeur, il n’est pas exclu de se perdre. Le spectateur suit dans l’ordre chronologique les pérégrinations de Syd Barrett, Roger Waters, Richard Wright, David Gilmour et Nick Mason dans l’histoire du rock et de la musique. Une histoire tourmentée, et ce, dès le début de l’aventure. Tourmenté, c’est le nom qui colle à la peau de Syd Barrett, poète maudit du groupe et principale muse.

En 1972, Pink Floyd fait son anti-Woodstock. Seuls, au milieu des ruines de Pompéi, les spacerockers assument. Assument d’être cryptiques, pédants, impénétrables. Parcellaires. Face aux gradins vides, ils sont en fait face à eux-mêmes. Ce Live at Pompeii scellera le destin du groupe. A jamais incompris, ils seront vite dépassés par le punk, qui se construit contre eux. Mais le déclin, ils ne le virent jamais. Comme les ruines de Pompéi, altérées, mais toujours présentes. Ramasser les bribes, les morceaux, et les assembler en tout cohérent, voilà la mission que se donne « Their mortal remains ».

« Anarchitectures » du rock

Pour accompagner le spectateur dans ce voyage temporel, des cabines téléphoniques sont disposées dans chaque salle. Elles font office de bornes kilométriques dans les couloirs du temps. A l’instar de la machine à voyager dans le temps de Doctor Who (une cabine siglée « police »), les cabines rouges, repeintes en noir, guident nos pas. C’est au hasard d’un panneau explicatif, coincé entre deux murs géants dans la salle principale, que l’on comprend le clin d’œil. L’extérieur de la Battersea Power Station (centrale électrique londonienne et accessoirement la pochette d’Animals), a été designée par Giles Gilbert Scott : l’inventeur des cabines téléphoniques rouges. CQFD. La pochette d’Animals (1977) et la reproduction de la centrale au cœur de l’expo mettent en avant doublement les penchants du groupe : l’architecture, étudiée par trois membres du groupe, et le goût pour le démesuré. Comme le montre d’ailleurs l’immense mur de la tournée de 1981, ou encore dans le colossal inflatable de la version live d’Another Brick in the Wall de 1980, magnifiquement restaurée. Pink Floyd, au cours de sa carrière, n’a cessé de façonner l’espace, jusqu’aux décors de ses performances scéniques, documentées par de nombreuses vidéos.

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« Inflatable » de la tournée de 1980

Echoes du passé

Les murs de l’expo rassemblent coupures de presse, dessins et croquis, objets ayant appartenus au groupe. Par-delà la musique, c’est toute la poésie picturale des Floyd qui se dévoile sous nos yeux. Ici, le dessin d’un van acheté par Syd Barrett. Là, le croquis du fameux « Mur ». Le tout appuyé par des montages en 3D, qui parachèvent de plonger le visiteur dans une exposition totale, où se mêlent tous les supports. Bien sûr, les mélomanes ne sont pas en reste. Afin que l’immersion soit totale, l’expo-expérience se regarde en même temps qu’elle s’écoute. Interviews exclusives, morceaux du groupe, sons mystérieux : on regarde avec les oreilles. L’audioguide se fait le passeur d’une époque pas si lointaine, mais si différente. Portail psychédélique tant auditif que visuel, véritable « dérèglement des sens », l’expérience se veut rimbaldienne. Une déambulation qui distille le lointain écho d’une époque disparue. Le pèlerin floydien reste pourtant l’architecte de sa propre visite. Au détour d’une salle consacrée aux instruments du groupe, les musiciens en herbe et les amateurs pourront s’essayer au mixage. Face à vous : une console, qui vous permettra de masteriser votre propre version de Money. Attention à ne pas copier sur le voisin (« Share it fairly, but don’t take a slice of my pie »).

S’agit-il d’un “trip for people who don’t trip”, comme l’écrit Cliff Jones dans Mojo, en 1994? A vous de juger.

Jusqu’au 1er octobre.

Vincent Bilem

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Molly Nilsson : Dahlia noire

 “What I feel inside / Although i´m older now
There´s still an emptiness / That´s never letting go somehow. “
Molly Nilsson, 1995

 

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Tout en rêveries contemplatives et en percussions évaporées, l’ovni Molly Nilsson poursuit ses explorations musicales avec « Imagination », un sixième album fidèle à son univers rétro-futuriste. Rencontre avec une étrange créature, tout droit sorti de la dream-pop des années 80.

Iconique

Il y a chez Molly Nilsson quelque chose d’insolent qui ne laisse de fasciner. Hypnotique mais froide, élégante mais lointaine, elle laisse flotter derrière elle – dans les sillons de son long manteau léopard- une essence capiteuse et terriblement grisante. Depuis « These things these times » (2008), la voix de Molly Nilsson essaime des mélodies lentes et ténébreuses servies sur des orchestrations aussi évaporées qu’un ciel berlinois en hiver. Suédoise de naissance, Molly Nilsson s’est installée dans la capitale allemande il y a dix ans pour créer un label, Dark Sky Association avec lequel elle a autoproduit ses cinq albums. Indépendante jusqu’au bout, la chanteuse échappe à toute comparaison – à l’exception peut-être d’Ariel Pink, pour son côté pop édifié sur fond de tristesse contemporaine. Comme lui, Molly Nilsson tire l’écriture vers des chemins mystérieux, entre la balade dreamy et l’ode au synth-wave – ce genre né de la nostalgie des années 80, qui mêle les vieux synthés à des éléments modernes. Chez elle, les textures sont soyeuses et les rythmes, bien que répétitifs, emportent l’auditeur dans des contrées où règne l’indolence. Les mélodies sont sobres, presque naïves, et la voix explore des nuances de blanc sur des synthétiseurs saturés jusqu’à la douceur. Parfois dissonante, Molly a la voix de son physique : grave bizarre et terriblement lunaire.

Lunatique

Justement, c’est un duo avec John Maus, « Hey Moon » qui l’a fait connaître. Mais on oublie souvent d’où vient la chanson et parfois même, seul le nom de Maus reste en mémoire. Pourtant, Molly a déjà cinq albums à son actif, et Zénith, paru en septembre 2015 a déjà tout d’un album culte. A Berlin, elle se produit au Berghain, mais ailleurs, on la retrouve à jouer dans des petites salles intimistes et poussiéreuses. Comme si pour Molly, c’était tout ou rien. Seule sur scène, elle se campe derrière le micro et remue à peine son grand corps de liane toujours vêtu de noir. Elle a des yeux clairs et perçants, des cheveux blond platine et des lèvres couleur framboise écrasée. Elle ne sourit pas, elle rigole très peu : « Dark Sky », finalement, lui va bien. Elle scrute le public d’un air chavirant et essaime quelques anecdotes avec une voix monotone et un ton linéaire. Des histoires de toilettes dans un train, de Whisky Sour, et d’ordinateur (à développer ou préciser). Une obsession sans doute, qui lui a inspiré le titre « 1995 », une ode rétro-futuriste aux années Microsoft. « J’avais dix ans à l’époque, Windows c’est toute mon enfance et j’aime chanter les moments passés, comme les histoires d’amour ratées ». Elle invite une amie saxophoniste à jouer à ses côtés et comme sur la vidéo qu’elles ont conçu toutes deux, l’instrument donne un peu de relief aux mélodies que le côté synthétique rend parfois redondantes. Après une dizaine de chansons choisies spontanément « bon, je vais jouer celle-ci, parce que je n’arrive pas à charger l’autre sur mon ordinateur », Molly s’en va, comme si de rien n’était. Elle ne fait même pas de bis, elle s’en fiche.

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Mélancolique

Molly Nilsson accompagne ses chansons de vidéos bricolées-main sur le mac qui lui fait office à la fois d’orchestre et de meilleur ami sur scène. Entre concours de grimaces -comme dans « Ugly »- et balades berlinoises – on pense à « 8000 Days », ses vidéos nous plongent au cœur d’un univers constitué de nostalgie et de kitsch, de romance et d’humour noir. Pour cette fille de graphiste, l’image est inséparable du son. Manifestement, Molly aime le flou, la nuit, le métro, les formes géométriques et les chats. De déambulations en déambulations, elle nous emporte d’Atlantis à Stockholm, d’Istanbul à Buenos Aires où elle s’est installée en 2014. L’Argentine semble lui réussir : dans sa dernière vidéo, « About somebody », extrait de l’album Imagination (26/05), Molly sourit. Ça lui va bien, à Molly. « On me voit parfois comme une princesse de glace avec les yeux pleins de mélancolie, mais ce n’est pas vraiment ça. » Alors, qu’est-ce ?

On la recroisera plus tard dans le public, son manteau léopard jeté lascivement sur les épaules, une bière à la main. Etrangement proche mais irrémédiablement lointaine, ces mots de Baudelaire épousent à merveille son univers pop-gothique : « en elle le noir abonde ». Et Molly Nilsson, « suspendue au fond d’une nuit » est définitivement à l’image de la lune : « sinistre, mais enivrante ».

« Imagination », sorti le 26/05 chez Dark Side Association.

 

Chérie, je te fumerai jusqu’à en mourir

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Le regard trouble, les pieds butent dans de vieilles canettes de PBR à la recherche d’un fond de bière qui n’aurait pas servi de cendrier improvisé. Le salon toujours embué de la fumée d’une cigarette inextinguible, la fenêtre s’ouvre finalement, et l’air glacial vient givrer les poils des narines. La main finit par se poser sur un paquet de Viceroy King Size, vide. « C’est l’temps d’se rendre au dépanneur ».

Ode to Viceroy de Mac Demarco rappelle une publicité pour cigarettes qui aurait été oubliée dans les cartons d’une agence des années 90. Une VHS délavée, surexposée à la fumée, qui nous réchauffe le cœur et les poumons. Cette esthétique, digne des programmes furieusement dégénérés d’Adult Swim, adoptée par toute une génération de gamins qui ne grandiront jamais. Comme Tim and Eric et autres Dr Steve Brule, Mac Demarco restitue parfaitement le kitsch idiot des années Seinfeld, vestes aux manches bouffantes incluses. Rien ne peut indiquer que la chanson et son clip ont été produits en 2012.

Les couleurs rose et fuchsia saturent les objets filmés au travers d’un objectif fisheye. Le son et l’image s’y trouvent astucieusement associés : les effets de Chorus et Reverb accompagnent les tressautements et distorsions de la bande magnétique. Le clip comme le morceau sont enregistrés avec des outils vieillots que l’on s’imagine acquis dans une « vente de garage ». Sur chacun de ses albums, Mac Demarco joue sur des guitares de mauvaise qualité, les cordes rattachées à la va vite. Pourtant, rien n’est jamais laissé au hasard dans le travail de ce Montréalais originaire de la Colombie-Britannique. L’euphorique débilité, Mac Demarco la revendique et en fait un élément central du personnage qu’il s’est créé, tout comme de sa musique.

Comme pour les cigarettes, Ode to Viceroy exhibe de Montréal tout ce qu’elle a de plus sale et d’excessif.  Mais c’est finalement là ce qui fait tout le charme merveilleusement nocif de ces deux addictions. Un abus enivrant, dont il est heureusement si difficile de s’extirper. Plus qu’une idylle au tabac, cette ode aux Viceroy est une lettre d’amour à Montréal, à ses ruelles et son ambiance. Cette ville chaleureuse et glacée, dans laquelle chaque expiration s’achève en un nuage de fumée.

Emilien Maubant

Stup Virus, quatrième dose de vaccin

 

« Stupeflip Stupeflip c’est l’truc stupéfiant / Beaucoup d’travail comme pour un album d’Astérix » chantait King Ju en 2002. Depuis, Stupeflip a fait son petit bout de chemin. Insidieusement, en germe, le groupe mené par King Ju s’est érigé en membre du patrimoine hexagonal. Distillant petit à petit sa parole céleste et salvatrice, dans un rap game francophone éclaté.  

« Ils viennent de faire pleurer les Inrocks, mes ongles »

Dans l’imaginaire collectif, Stupeflip, c’est le groupe qui a trollé Ardisson et qui a accueilli Taddeï dans un taudis. Bref, un groupe qui aime à mettre en scène sa désinvolture. Pourtant, tout n’a pas toujours été rose pour le trio formé par Julien Barthélémy (King Ju), Stéphane Bellenger (Cadillac) et Jean-Paul Michel (MC Salo). Après s’être fait éjecter de leur maison de disque pour cause de faibles ventes en 2006, Stupeflip a connu une (longue) traversée du désert. Qu’importe, les enfants terribles du « hip-hop psychotrope » ont remis le couvert pour un quatrième album studio.

Des nouvelles de Pop-Hip

Fermenté dans l’appartement du 13e arrondissement parisien de Julien Barthélémy, Stupeflip est de retour pour un quatrième disque, Stup Virus. Totalement financé par les internautes (voir encadré) le « crou » déverse ses rythmes catchy en enchaîne les punchlines percutantes. « La feel good musique j’en ai rien à fout’ » annonce d’emblée le chanteur dans « Creepy Slugs », littéralement : « limaces effrayantes ». Un franglais affûté, une galerie de personnages hauts en couleur (le retour du célèbre Pop-Hip, rôtissant en Enfer, fera la joie des puristes), tout est réuni dans ce nouvel opus aux ritournelles efficaces.

La clé du mystère au chocolat

Epaulé par Sandrine Cacheton, voix synthétique teintée d’une mélancolie robotique, l’auditeur traverse un univers où se mêlent heroic fantasy et lyrics plus prosaïques. Le groupe se raconte à travers une (fausse ?) naissance du Stup Crou. En effet, celui-ci a toujours su cultiver un certain mystère autour de lui. Le morceau sobrement intitulé « 1993 » retrace la genèse d’une collaboration à l’image de son époque : les cassettes, la guitare d’un mec « qui s’est suicidé ». Sur cette grat’, un autocollant « The Stupefiant », qui signe « le vrai début de l’ère du Stup ». Serait-ce là une des fameuses « clés du mystère au chocolat », la clé de compréhension qui lierait tous les textes du groupe ? Début fantasmé ou vrai départ, le Stup ne cesse de se réinventer. Dès lors, la seule vérité est celle des rimes et des assonances.

« Influence dadaïste »

Allitérations, consonances et jeux de mots divers, voilà le programme de ce LP aux airs d’hagiographie post-apocalyptique. Perpétuelle répétition du même, les paroles se font hypnotiques. Volontairement cryptique, hermétique, autoréférentiel, le « crou » érige l’art de la boucle en ready-made musical. Les samples semblent faire écho aux obsessions parolières de King Ju : Casimir, Mylène Farmer, le « 4577 » (prononcer « quatre cinq sept sept »), la folie, l’enfance. Accumulation dadaïste. Néanmoins, ce déroulement incessant de monomanies peut perdre le néophyte. Concurrence est d’ailleurs faite à Batman dans leur tendance à renommer tout et n’importe quoi pour créer un stup-univers singulier : « stup virus » et autres « stup enfer » sont parfois stup-redondants.

Pénétrer dans Stup Virus,  c’est pénétrer dans un univers déjà bien fourni. Cela équivaut à commencer Le Seigneur des Anneaux par Le Retour du roi : possible, mais au risque de passer à côté d’une mythologie foisonnante. Heureusement, Julien Barthélémy et ses acolytes ont trouvé la parade. A l’instar des séries américaines, le disque nous réserve une sorte de previously in Stupeflip. « Retour en arrière » nous prévient l’interlude « Knights of Chaos ». Quitte à sentir le réchauffé ?

La fin du crou ?

Glosant à l’envi sur sa propre fin, fantasmant depuis toujours sur l’Apocalypse, le crew brûle ses dernières cartouches. Ultime spasme auditif, le morceau « Pleure pas Stupeflip », feint des adieux déchirants, aux airs de synthés mélancoliques à la Christian Zanési : « Au revoir… Je commence à en avoir marre d’être derrière l’ordinateur… C’est fini… ». Explication est donnée aux Inrocks : « Le délire de dire au revoir, on l’a fait cent fois », s’amuse King Ju. « Le crou ne mourra jamais » prophétisait-il d’ailleurs dans un morceau éponyme, en 2003…

« Lapin clique sur Ulule, se transforme en hibou » : le croufounding

Autoproclamés « terroristes bienveillants », les membres de Stupeflip ont fait la nique à l’état d’urgence musicale et ne se sont pas pressés pour sortir Stup Virus, six ans après The Hypnoflip Invasion (2011). Entièrement financé par les internautes, le dernier album a récolté 427.972€, sur un objectif initial de 40.000€ ! Bienheureux les crowdfounders, puisqu’une Flip Party est organisée le 16 septembre, à tarif préférentiel pour les « hiboux ».

Conscient d’avoir un public jeune et connecté, le groupe de « rap, rock et variété » a tout de même posté exclusivement sur YouTube un morceau intitulé « Pour les zouzs ». Zouzs de tous bords, unissez-vous !

Vincent Bilem

« On veut du cash, du cheddar pis du gouda ambré ». Rencontre avec Les Anticipateurs.

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Souverainisme du Québec, faire un feat. avec Céline, ré-instituer Pauline Marois, écrire une chanson sans être “sapoud”, voilà quelques-uns des éternels combats des Anticipateurs, véritables représentants de l’avant-garde du hip-hop québécois. C’est autour d’un menu « cheese-frite » sans breuvages du Valentine de Longueuil que les quatre MC ont bien voulu nous rencontrer.

Oscillant entre une publicité Coors Light et une affiche de prévention contre le décrochage scolaire, le style vestimentaire des Anticipateurs nous donne un premier aperçu du souci du détail de ces « Kebs de Sorel ». Vêtu d’un pyjama aux couleurs des Habs et coiffé d’un casque à bière, MC Tronel, leader et fondateur du groupe, nous raconte ses débuts.

Les Kebs de Sorel

Originaires de la petite ville de Sorel située au nord de Montréal, on ne sait finalement pas grand-chose du passé trouble et criminel des quatre membres du groupe. C’est lors d’un passage en prison pour trafic de stupéfiants que MC Tronel fait la connaissance de MC Monak, lui-même incarcéré pour proxénétisme. C’est entre ces murs qu’ils décident de fonder le label indépendant Estiktelette Productions. Amour du hip-hop ou besoin urgent de créer une façade pour blanchir leur argent, le mystère reste encore entier aujourd’hui sur les véritables raisons de cette union. Interrogé sur le sujet, Monak ajuste son bandana aux motifs chanvrés et préfère rester évasif :  « prochaine question le big ».

À leur sortie de prison, les deux hommes décident de prendre la chose au sérieux, et partent à la recherche de membres supplémentaires dans l’optique de produire leur premier album. Pour eux, « po’doute », il n’y a qu’à Sorel qu’ils pourront trouver des candidats adéquats. C’est dans le seul et unique club de la ville qu’ils rencontrent Jean-Régis Lavoie , autoproclamé « meilleur enregistreur de voix de toute la Montérégie ». Jean-Régis, enthousiasmé par le projet leur présente alors Pic-Paquette de Nazareth, dont le flow impressionnant viendra rythmer les meilleurs titres du groupe ainsi formé.

« Je les ai trouvés écœurants direct man, Tronel pis Monak sont venus dans l’club pis drette quand (au moment précis où) ils ont commencé à chanter, j’ai su qu’on était sur l’même vibe. » raconte Jean-Régis en jouant avec l’une de ses multiples chaînes en or.

« Sapoud constant, Sapoud tout l’temps, ça plus d’bon sens »

Dès leurs débuts, les Anticipateurs anticipent l’importance des réseaux sociaux et s’appuient sur YouTube et Facebook pour se faire connaître. C’est en 2012 avec le hit Sapoud (sur la poudre), qu’ils connaissent leur premier véritable succès. Visionné plus de deux millions et demi de fois sur YouTube, le clip résume à lui tout seul le credo du groupe : proposer une satire grossière des leitmotivs éculés du gangsta rap « cheap ». À l’issu de ce succès, les quatre MC signent leur premier album « Tour du Chapeau » en novembre 2013. Cocaïne, hockey, scandale de la construction, l’autoroute Décarie, les pharmacies Jean-Coutu, aucun sujet de société n’y est épargné et le disque témoigne du talent indéniable des Anticipateurs à se réapproprier la culture populaire québécoise.

Aux côtés de titres comme « Canons à Neige », « Ford F-350 », ou encore « Kankejmeurre », c’est la chanson « Blanchissage » qui permettra aux Anticipateurs d’acquérir une certaine légitimité sur la scène du hip-hop québécois. Véritable brûlot à l’encontre des grandes figures comme Loco Locass ou Manu Militari, le titre suscite une vive polémique et entraîne de nombreuses menaces sur les réseaux sociaux. Après être allé chercher sa deuxième poutine « extra sauce brune », Tronel assume la provocation mais relativise toutefois la controverse : « Y’a pas d’beef (conflit) okay ? Tout le monde a notre back. C’est du business tabarnak, c’est rien de personnel. ».

Deep dans l’game

Alors qu’on cherche à en savoir plus sur ce qu’ils ont voulu exprimer à travers leurs différentes chansons, Tronel nous coupe pour nous rappeler à l’ordre. « Écoute le big, on est icitte pour parler du « Match des Étoiles », pas pour répondre à tes esties de questions niaiseuses ». Message reçu, on recadre donc la discussion sur leur album tout juste sorti. Après Tour du Chapeau,  Prolongations : Tirs de barrage, et La Coupe, ce quatrième disque poursuit dans leur tradition des titres liés au hockey, sport vénéré des quatre MC, comme du Québec d’ailleurs. Mario Lemieux, Guy Lafleur et Maurice Richard comptent parmi leurs plus grands modèles.

« On est des professionnels »

La détermination des Anticipateurs à ne pas sortir de leurs personnages impressionne. Question après question, ils continuent à enchaîner les références à leur mode de vie pseudo « thug life ». Interrogé sur sa marque de bière préférée, Monak fait l’éloge de la Tremblay : « on la fait sécher sur des grosses feuilles de papier, pis après ça on la gratte pis on la sniffe man. ». Cette excentricité se manifeste aussi sur scène, un espace privilégié pour témoigner de leur « art du turn-up qu’on maîtrise en tabarnak». Les Anticipateurs y apparaissent souvent accompagnés de danseuses nues ; l’une d’entre elles, Tétine Dion, fait d’ailleurs maintenant partie intégrante du groupe.

Le génie des Anticipateurs réside finalement dans cette appropriation on ne peut plus « cheap » de la culture gangsta rap. À travers leurs vidéos, leur présence sur les réseaux sociaux et leurs morceaux aussi répétitifs que divertissants, les Anticipateurs prouvent leur fabuleuse maîtrise des codes du hip-hop des dernières années.

Leur repas terminé, les quatre MC se lèvent, et s’en vont rejoindre leur pick-up Ford F-350 pour retourner à leur résidence à Brossard., choisie pour sa proximité du complexe sportif d’entraînement des Habs. Vivement leur arrivée en France.

 

Gilles Dor, pépite du net

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Gilles Dor est un artiste proche de son public. Un peu trop proche. Suivi par plus de deux-mille deux cent fidèles, son rapport aux réseaux sociaux illustre bien ce schisme entre la génération Y et la génération Club Dorothée. Génération dont Gilles Dor est l’épigone connecté. Enclin à transposer les rythmes easy-listening de la musique populaire des années 1980 dans la scène web actuelle, cet auteur cristallise le lien entre deux cultures au gré de morceaux cryptiques, critiques et vulgaires (Vodka Orange, Blanc sans le n ça fait black, Manger sur l’eau, Il te prend pour une Barbie). A contrario d’un Joueur du Grenier nostalgique, Gilles Langoureau, de son vrai nom, s’essaie à transporter avec la plus troublante sincérité sa vision de l’art dans le monde moderne. Il n’en altère pas pour autant la portée intrinsèquement kitsch, suscitant railleries et sarcasmes. Un portrait qui n’est pas sans rappeler le cas du cinéaste médiocre Ed Wood, le roi du nanar, ces « mauvais films sympathiques » dont raffolent les amoureux de déviances filmiques… Ou encore celui de Shooby Taylor, jazzman aux vocalises expérimentales, incendié lors d’un concert au prestigieux Apollo Theatre mais entré in fine dans la postérité grâce à son affligeant manque d’oreille musicale.

Attention les yeux

C’est à travers sa page Facebook que le parolier campinois (habitant de Champigny-sur-Marne) entretient la ferveur de son public. Galvanisant les foules virtuelles au gré de (très) récurrents statuts, Dor joue au « spameur » et fait rimer autopromo et ego. Sans label, il interpelle directement ses fans. Il les incite à partager ses œuvres ad lib. Son mésusage des outils modernes de communication, à mettre sur le compte de son âge avancé, témoigne d’une touchante naïveté qui n’a d’égale que sa volonté de « faire du fric »… pour paraphraser l’un de ses tubes. Gilles Langoureau possède une page Facebook privée mais a choisi de rendre toutes ses publications publiques. Il est également titulaire d’une page fan intitulée « Gilles Dor artiste peintre » (382 likes). Ses réparties y sont aussi surréalistes que son style pictural, influencé (dit-il) par Dali.

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(In)conscient de son empreinte numérique, le mélomane offre au tout-venant son numéro de téléphone portable, son mail et son adresse, tout en se tenant à distance de ses fidèles en faisant fermer une fan-page Facebook. Les « brigades langouriennes » pastichaient en effet son ton et ses envolées. Il incarne à lui seul le vidéaste moderne et ses contradictions, tiraillé entre philosophie du self-made-man et gestion de l’image calquée sur les majors. Avec une moyenne de vingt-mille vues par vidéo, ce poète capable de dérapages incongrus (Liberté, égalité, fraternité, sodomisé) comme de tracts militants (Apartheid tout le Mandela, hommage à Nelson Mandela) est à la fois un has-been et un créateur sensiblement adéquat au Zeitgeist… Cet air du temps que l’on résume par un bête acronyme : LOL.    

Catchy

Emblématique de la culture « 2.0 », Dor semble effectivement conscient du changement de paradigme induit par le web social : la démocratisation d’un humour ironique au double niveau de lecture. En témoigne depuis 2004 la prolifération des « Youtube poops ». Ces « pépites caca » (dixit Libération) désignent des montages très serrés d’extraits d’émissions, de séries télévisées ou de films populaires, successivement compilés en un but de détournement parodique. Les « YTP » repoussent les limites du bon goût et exploitent à l’image des cadavres exquis le décalage, l’absurde et le nonsense.

Autant d’éléments perceptibles à travers l’esthétique ringarde des productions de Gilles Dor, la qualité aléatoire de ses jeux de mots et l’étendue de ses trouvailles formelles. Celles-ci évoquent les montages visuels viraux générés par les internautes sur les forums de discussion. Ces mêmes amateurs de dérision numérique édifient en figure culte ce troubadour des temps modernes clamant avec second degré le port du voile, les attentats de Charlie Hebdo, la loi El Khomri, le mandat de François Hollande ou les conflits politiques en Tunisie. Les soubresauts de voix de l’artiste, la gratuité de ses provocations, le choix de sujets polémiques et sa vulgarité de langage feraient-ils de Gilles Dor le « troll » parfait ?

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Individu perturbateur aux intentions flottantes qui s’insinue sur les forums de discussion afin de s’exprimer confusément au sujet de thématiques controversées, le troll fait état d’un comportement volontiers instable et insultant. Susceptible de provoquer l’indignation et l’énervement. Humoriste pour la chaîne américaine Comedy Central, l’autoproclamé troll Kenneth McCarthy (ou KenM) définit le modus operandi du « troll » à la manière d’« une forme d’art, consistant à transformer un espace toxique en quelque chose de drôle ». Ainsi agit Gilles Dor,  déformant les tensions de l’actualité par le prisme d’une verve rigolarde de chansonnier. La journaliste Camille Gévaudan concluait son analyse des « YTP » par ces mots : « après quelques heures de visionnage, on a le cerveau fondu, les joues endolories d’avoir pouffé, mais la nette impression d’avoir trouvé l’essence ultime de YouTube ». Et si Gilles Dor incarnait une partie de ce « dark » web potache, qui ne prend sens qu’à travers le regard distancié du spectateur ? Réponse au prochain clip-video…  

Ne vous en déplaise, 2016 est l’année de Donald Glover.

« I know i’m not perfect but i am original »

Original, Donald Glover l’est tellement que comme beaucoup d’artistes, il ne peut s’arrêter à une seule définition. Et si certains n’hésitent pas à le qualifier de petit génie, cet artiste aux multiples casquettes aura bel et bien pris son envol cette année 2016. Et l’on vous explique pourquoi.

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Fils de témoins de Jéhovah et déjà trublion de service, Donald Glover fait rapidement ses débuts sur les scènes de stand-up dès son plus jeune âge. Dès 2003 alors qu’il n’est âgé que de 23 ans et encore étudiant à l’université de New York, il passe par la case scénariste pour le Daily Show en écrivant les sketchs pour l’émission satirique. C’est là qu’il est repéré et dans la foulée recruté par l’humoriste Tina Fey pour la série 30 Rock où il officiera durant 3 ans à l’écriture, s’offrant même le luxe de quelques caméos. Mais c’est vraiment en 2009 qu’il entre enfin dans la lumière, avec sa participation à la série ô combien sous-estimée de Dan Harmon : Community.

Il y incarne durant cinq saisons le jeune community-castquarterback déchu, Troy Barnes qui, au côté de Abed Nadir (joué par Danny Pudi) représente l’un des duos les plus iconiques de ces dernières années et dont les actes de bromance font encore mouche aujourd’hui, malgré son départ de la série en 2014 afin de se concentrer sur son autre passion, la musique.

Tandis qu’il rap sans vergogne sur son cours d’espagnol ou sur la chorale de Noël, celui ci va réellement prendre le mic’ sous le nom de Childish Gambino, son alter-ego musicien dont le nom provient d’un générateur de blaze du Wu-Tang Clan. Un flow constant, de grosse punchlines qui tâchent, mais qui touche juste. L’incursion de Donald dans le rap game est réussie malgré un premier album descendu par la critique (un 1.6 salé sur Pitchfork entre autre), notamment à cause de son côté trop « blackgeoisie ».

Et 2016 arriva.

Comme le glas d’une reconnaissance jusque là jamais pleinement acquise, Donald prend enfin son envol.

tablet_atlanta_poster_2x3Sa série Atlanta tout d’abord confirme à ceux qui en doutaient encore de son talent à la fois devant et derrière la caméra en tant que show-runner. Il décrit la vie de Earn,  jeune père et rappeur qui tente de subvenir autant au besoin de sa fille que de ses ambitions personnelles. La série prend surtout part dans un contexte d’élection, en y donnant une autre vision de cette jeunesse afro-américaine urbaine désabusée.

Choucou d’internet et des geeks en puissance, si l’occasion d’incarner le premier Spideman noir de l’histoire lui est passé sous le nez malgré le donald-glover-lando-194438lobbying des fans, il se rabat alors sur un autre pilier de la pop culture, en décrochant le rôle du jeune Lando Calrissian, le rival et meilleur ami du contrebandier Han Solo dans le prochain spin-off de A Star Wars Story qui sortira en 2018.

Le succès de son 3ème album « Awaken, my Love ! », sortie le 2 décembre dernier est la cerise sur le gâteau. Véritable pépite sortie de nulle part, cet album est à la fois salué par la critique (décrochant même 7.2 revanchard sur Pitchfork ) mais aussi par ses pairs comme le batteur des Roots qui n’hésite pas à qualifier l’album d’une des dernières claques de la musique black depuis There’s a Riot Goin On de Sly Stone en 1971. Awaken marque pourtant un virage à 180°C dans la carrière de Childish Gambino puisque celui-ci laisse de côté le rap ego-trip pour rendre un vibrant hommage au funk sombre et psyché des années 70. Un album qui sonne déjà comme un classiques et qui squatte les playlists depuis deux semaines.


Si 2016, fut un excellent cru pour Donald Glover, nous ne pouvons qu’espèrer qu’il n’en est qu’à ses prémisses. Et que comme le bon vin, c’est avec l’âge qu’il se bonifie. 

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Martin Nolibé, alias Ungrateful Ninja

Les pires albums de 2016

2016 a été une triste année pour la musique. Avec la mort de David Bowie, de Prince ou encore Leonard Cohen, cela prend l’allure d’une hécatombe (et l’année n’est pas finie !). De petits jeunots en profitent donc pour faire n’importe quoi, à grands renforts d’auto-tune et d’instrumentaux vaseux. Les anciens ne sont pas non plus en reste et sont nombreux à faire leur come-back dans les bacs, des fois qu’ils meurent en 2017. Petit tour de piste des albums qu’on aurait aimé ne jamais entendre.

PNL – Dans la Légende

Sexion d’assault ont trouvé leur relève avec ce duo adepte du phrasé vulgaire et politiquement incorrect. Leurs punchlines ont trouvé un vrai fanclub. Ce n’est pourtant pas de la littérature.

Renaud – Renaud

Depuis un petit bout de temps déjà, Renaud est devenu une caricature. Mais là il touche un sommet avec « J’ai embrassé un flic », morceau dans lequel il renie piteusement son passé d’anarchiste, dont il n’a plus que le blouson en cuir.

Description de cette image, également commentée ci-après

Autre sommet avec « Toujours debout », qui donne plutôt envie de lui dire d’aller se coucher…

Maître Gims – À contrecoeur

Pas de doute, il est passé maître dans l’art de la nullité qui se vend bien. La bonne nouvelle, c’est qu’il a promis d’arrêter sa carrière suite à l’élection Donald Trump.

Esperons qu’il tienne promesse.

Jul – Emotions

Décidément le rap français n’est plus ce qu’il était. Jul est le nouveau rappeur qui se vend bien, malgré la pauvreté de sa musique qui consacre le règne de l’auto-tune. Souvent taxé d’analphabète, il laisse des fautes d’orthographe se glisser jusque dans les titres de ses morceaux. Preuve du faible niveau de ses textes, ils sont souvent relayés par Nabilla sur Twitter.

Kendji Girac – Kendji

Le gagnant de la saison 3 de The Voice démontre que les shows musicaux télévisés ont des goûts douteux. Kendji Girac est sans doute plus remarquable pour sa beauté que son talent musical.

Description de cette image, également commentée ci-après

Tous ses morceaux se ressemblent au point qu’on peine a distinguer les 13 titres de son album.

Céline Dion – Encore Un Soir

La reine de la chanson kitch est de retour au plus grand malheur de nos cages à miel. Elle a sorti un album pour rendre hommage à René, son défunt mari, disparu en début d’année.

Intitulé Encore un soir, on serait de tenté d’y voir le symbole d’un crépuscule musical, annonçant un avenir sombre pour le sixième art. Il a d’ailleurs déclenché une avalanche de critiques négatives.

Mike Posner – At Night, Alone

Le jeune homme propose une pop acoustique mièvre, qui prête franchement à rire. Comme si la musique ne suffisait pas, le clip qui accompagne son morceau « I took a pill in ibiza » est d’un ridicule a tout épreuve. Il y reprend à sa manière les images associées au titre Subterranean Homesick Blues de Bob Dylan, et le résultat est franchement raté.

Ce morceau lui a d’ailleurs valu une place de choix dans le classement des 10 pireschansons de 2016 de Time Magazine.

Simon Le Goff

25 cadeaux parfaits pour vos potes Beatlemaniacs

On a tous ce pote qui connait la date du deuxième mariage de Paul McCartney ou la marque des céréales que John Lennon prenait au petit-déj. Et on a tous déjà galéré pour lui trouver un cadeau original

1- Ton pote risque de se taper un coup de chaud en ouvrant ses paquets cette année

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Pense à prévoir l’éventail, tout droit sortie du Cavern Club !

2- Offre donc des vynils si tu es pressé
Jessica Saval
Jessica Saval

Quitte à avoir plusieurs versions d’un même album (si, si), autant faire profiter à ton pote d’un son décent.

3- Il passera huit jours par semaine devant la télé si tu lui offres Eight Days a Week : The Touring Years

Le dernier-né des documentaires sur les Beatles est disponible en Blu-Ray, DVD et édition collector.

4- Et si tu veux taper dans les valeurs sûres, il y a toujours Living in the Material World 

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Le documentaire de Martin Scorsese sur George Harrison va devenir culte (pour ton pote en tout cas).

5- The Concert for Bangladesh et Concert for George, des immanquables pour les fans de George Harrison

Par contre, il est possible que ton pote te force à regarder les deux. En version longue. Désolé.

6- Si tu n’en peux plus des documentaires, pas de panique ! Il y a aussi des fictions sur les Beatles ! En fait si, panique !
Jessica Saval
Jessica Saval

Il faut de tout pour faire un monde, surtout des films sur les Beatles !

7- On va t’aider à ne pas passer une difficile journée de nuit !
Jessica Saval
Jessica Saval

Ton pote a déjà sûrement vu A Hard Day’s Night et Help! des dizaines de fois (chacun), mais est-ce qu’il a lu les livres ? Non ? Ha-ah !

8- Ce livre n’est pas un livre sur le cyclimse
amazon.fr
amazon.fr

Au cas où ton pote ne sache pas déjà tout sur tout, il reste cette valeur sûre.

9- Est-ce que tu savais que John Lennon était poète ?

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Pour toi simple mortel, John Lennon est un chanteur (et c’est déjà pas mal), mais pour ton pote c’est aussi l’auteur de In His Own Write et A Spaniard in the Works

10- Les Beatles au féminin ça ne fait pas les Beatlelles

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Si votre pote veut découvrir la face cachée des Beatles, rien de mieux que Wonderful Tonight, l’autobiographie de Pattie Boyd, la première femme de George Harrison.

11- Le « Cinquième Beatle » ça vous parle ?
Jessica Saval
Jessica Saval

Tu n’as jamais entendu parler de Brian Epstein ? Normal. Mais ton pote oui, et il sera bien content d’avoir le roman graphique The Fifth Beatle de Vivek J. Tiwary pour se replonger dans la vie du manager des Beatles.

12- On peut rire de tout, même des Beatles !
Jessica Saval
Jessica Saval

Si tu veux te payer la tête des Beatles sans que ton pote t’en retourne une, offre lui l’hilarant roman-vérité Paperback Writer de Mark Shipper.

13- Quitte à faire dans le vintage, autant lui offrir un abonnement à un magazine (#années 90)

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The British Beatles Fan Club Magazine est l’un des rares rescapés de la grande époque des fanzines. Avec 4 numéros par an, ça te fera jusqu’au Noël suivant. 

14- La bibliothèque de ton pote est pleine ? Ses murs sont peut-être vides !
metro.co.uk
metro.co.uk

Si les dessins de John Lennon sont inabordables, les peintures de Stuart Sutcliffe (le premier bassiste des Beatles) seront du plus belle effet dans son salon.

15- Ton pote t’énerve ? Tu voudrais bien qu’il te soit éternellement redevable ? Opte pour une photo dédicasée !
internationalbeatleweek.com
internationalbeatleweek.com

Si tu as le courage de t’aventurer dans une convention de fans, tu pourras dénicher des photos dédicasées à des prix abordables.

16- Tu n’arrives pas à te décider ?  Ne décide pas !
Jessica Saval
Jessica Saval

Terry Burrows a compilé dans Les Beatles (2009, Gründ) une multitude de reproductions de billets, de contrats et de posters. Il y a tellement à voir que ton pote te fichera la paix toute la journée !

17- Ton pote sait déjà tellement de choses sur les Beatles qu’il ne lui reste plus qu’à en devenir un
Jessica Saval
Jessica Saval

Deux solutions : tu es bourré de pognon et vous lui acheter une réplique de Rocky, la Stratocaster de George Harrison, ou tu es à sec et tu lui offre un modèle réduit. Accordage facultatif.

18- Si ton pote n’est pas assez bon pour gratouiller un petit peu, laisse donc faire les pros et offre lui une place de concert

Paul et Ringo ne sont pas encore grabataires et on peut s’attendre à ce qu’au moins McCartney soit bientôt de retour à Paris.

19- Tu ne supportes pl… tu aimes énormément votre pote Beatlemaniac : envoie le à Liverpool
independent-liverpool.co.uk

Liddypool, comme la surnommait John Lennon, ne se trouve qu’à une heure d’avion de Paris (et à à peine 100 euros grâce à Easyjet), qu’est-ce que tu attends ?

20- Aller à Liverpool sans boire une pinte au Cavern Club, c’est comme visiter Paris sans voir la Tour Eiffel

Quitte à laisser ton pote se les peler à Liverpool, autant s’arranger pour qu’il ne manque aucun attrapes-tour… attractions populaires, le Cavern Club en tête !

21- Tu as gentiment accepté d’accompagner votre pote à Liverpool, mais tu es totalement largué ? Pas de panique, un petit tour au musée des Beatles devrait arranger ça !
@BeatlesStoryLiverpool

De la rencontre de Lennon et McCartney en 1957 à la séparation des Beatles en 1970, tu sauras tout – ou en tout cas assez pour survivre un weekend – après avoir visité la Beatles Story.

22- Écouter les Beatles, OK. Parler des Beatles, OK. Et s’habiller Beatles, alors ?

Toutes les bonnes boutiques Sixties fourmillent de vêtements aux couleurs des Fab Four, mais pour trouver des bijoux estampillés Beatles qui ne coûtent pas un bras – parce que ces bouts de plastiques ont été fondu dans les années 60 – c’est quasi mission impossible. Qu’à cela ne tienne ! Arme-toi d’une bonne pinces et de quelques portes-clefs et crée tes propres bijoux.

23- Si maman est lookée, bébé doit aussi être looké !
etsy.com
etsy.com

Parce que les fans des Beatles font les meilleurs parents, Etsy a tout prévu.

24- Les Beatlemaniacs sont de grands enfants : rien de tel que des figurines pour les distraire !
coisadalud.com.br
coisadalud.com.br

Bizarre, vous avez dit bizarre ? John, Paul, George et Ringo ne semblent pas avoir la même valeur pour la communauté de vendeurs sur Amazon. On n’en déduira (presque) rien.

25- Et parce qu’il n’y a vraiment pas d’âge pour s’amuser avec des jeux de construction, craque pour les LEGO Beatles 😉
thenerdrecites.com
thenerdrecites.com

Cette version toute en briques de l’iconique Yellow Submarine est prête à voguer vers Pepperland avec les quatre Beatles à bord.

VALD : et si ce troll génial était le rappeur de sa génération ?

Et si la génération Y/Z avait enfin trouvé son porte-parole ?

Rappeur ou Troll ? La question taraude les mélomanes lorsque résonne le nom de VALD. Quatre lettres, deux mixtapes, des millions de vues accumulées au fil des réseaux sociaux, ce rappeur francilien enchaîne les buzzs depuis deux ans déjà. Valentin le Du de son vrai nom détonne au sein du « rap game » à initiales (NTM, IAM). Son concept : détourner l’image du rappeur à l’ego démesuré (l’egotrip) en exploitant les codes des internets. La meilleure façon de s’imposer auprès du public…et de l’industrie. Fin octobre, il lâche un nouveau hit : Eurotrap. Dépassant les trois millions de vues, son clip fait office d’oeuvre non identifiée face aux sons des rappeurs français les plus écoutés en 2016 : PNL et Jul.

Le clip de Eurotrap a été intégralement réalisé sur fond vert. Une technique qui permet aux graphistes en herbe de donner libre cours à leurs fantaisies les plus absurdes. Après deux EP aux titres-hashtagNQNT (Ni Queue Ni Tête) et NQNT 2, Vald s’attaque au logiciel Photoshop, et invite directement sa fanbase, comme l’indiquent les descriptions ajustées à sa vidéo, à remplir le décor monochrome qu’il investit en cabotinant :

« Télécharge le clip sur le lien suivant et fais ta propre version: http://po.st/ValdEurotrap Suis Vald sur ses réseaux sociaux:

https://www.facebook.com/VALDNQNT
https://twitter.com/vald_ld
https://www.instagram.com/valdsullyvan/ « 

Cette relation de proximité avec les internautes évoque les méthodes du rappeur marseillais Jul. En novembre dernier, l’auteur de Dans ma parano laissait directement ses abonnés Facebook décider du visuel de son nouvel album, L’Ovni, à paraître en décembre prochain. Une façon de contrer la vague abondante de moqueries qui avait fait suite à la mise en ligne de la pochette initiale sur Twitter.

https://twitter.com/zaksnow_/status/795387334476886016

La différence ? VALD incite ouvertement aux parodies et en fait la raison d’être de son morceau. Au vu des (9 000 !) commentaires Youtube, avouons que le pari est réussi.

Afin d’assurer la promotion de son projet, le rappeur met en ligne le 2 novembre son autoproclamé « premier vidéopodcast ». En utilisant l’application Facebook Live afin de recycler les critiques qu’il reçoit de la part des spectateurs sur Twitter et Facebook, l’artiste tourne en dérision la vogue des podcasters, soit la plus jeune partie de son audience. Résultat ? Plus de 690 000 vues et 4 000 partages. Le secret de la méthode Vald, ou comment fédérer les natifs du digital par l’autodérision…..et sacrifier le rap classique aux moyens de communication de son temps, quitte à innover – en inventant par exemple  la Selfinterview (l’interview-selfie).

Mais VALD n’en est pas à son coup d’essai. En 2010, son Bonjour totalise dix millions de vues. L’entêtant refrain – « il a pas dit bonjour, du coup il s’est fait niquer sa mère » – fait son petit bonhomme de chemin sur le web communautaire et alimente les indénombrables threads très second degré du forum 15-18 et 18-25 de jeuxvideo.com (l’un des espaces de discussion les plus fréquentés de France). Conscient de l’impact universel des plateformes qu’il investit, Vald intègre au clip mis en ligne en juin 2014 des sous-titres français et anglais, mais également allemands, mandarins, sans oublier…la langue des signes. Son tour de force reste cependant Selfie, romance trash déclinée en trois clips : la version romantique (à voir sur Youtube) l’érotique (postée sur son compte Vevo) et la pornographique. Cette dernière ne peut se voir que sur PornHub…et elle le fut massivement, à raison de plus de trois million de vues cumulées. Ou comment résumer sa génération connectée en trois sites…

Mois après mois, ses gimmicks ironiques débordent du jargon rap et intègrent la webosphère. Depuis le succès de Bonjour, les critiques de ses albums désertent les blogs et s’apparentent davantage au site Giphy.com.

Ce fan d’Eminem est devenu un méme, soit une image virale utilisée entre initiés afin d’exprimer un sentiment, une émotion, réaction comique aux situations banales.

Les internautes en usent généreusement, même – et surtout – pour évoquer les sujets les plus sensibles. Comme la victoire du candidat républicain Donald Trump – objet de culte sur le forum 4chan – au jour du 9 novembre.

…ou cette empoignade entre l’essayiste Alain Soral, fondateur de l’association Egalité et réconciliation, et le chroniqueur ultranationaliste Daniel Conversano, dans l’émission Niveau Zero, présentée par l’humoriste Dieudonné. LE clash du 8 décembre.

https://twitter.com/Culturerapfr/status/806894146820702208

A l’heure des (déjà) trop sérieux Casseur Flowteurs. VALD fait un pied de nez au mythe du « rap conscient ». Il privilégie « ce fameux second degré toujours refusé à cette musique mal aimée des médias qu’est le rap français. »(Olivier Cachin). Quitte à verser dans le complotisme, redevenu hype à l’heure de Nouvel Ordre Mondial. En interview (chez Frédéric Taddei ) et sur son mur Facebook (au gré de montages visuels) il partage sa passion pour le secret des pyramides et les Reptiliens. Ce qui n’a pas manqué d’inspirer un fan youtubeur, auteur d’un Eurotrap…version Illuminati. Le LOL n’a pas de limites.

CLASH : La chanteuse de Nightwish devient l’ennemi numéro 1 sur Twitter

Pour Floor Jansen, la musique de Slayer est « épouvantable » et « profondément ennuyeuse » . Des paroles qui n’ont pas tardé à faire s’exciter la fan base de Slayer, l’un des groupes de trash metal les plus respectés.

Il y a des légendes auxquels il vaut mieux ne pas toucher. La chanteuse de Nightwish l’a appris à ses dépens. Dans une interview pour le magazine Metal Hammer, Floor Jansen répond une question sur l’album qu’elle trouve le plus « metal ». Et si elle ne répond pas vraiment à la question, elle en profite pour envoyer un petit taquet au groupe Slayer, figure du trash metal :

« J’écoute beaucoup d’albums de groupe de metal, donc ils sont tous un peu metal en fait. Mais le plus metal ? Je ne sais pas. Beaucoup diraient Slayer, mais je trouve que c’est un groupe épouvantable. Incroyablement ennuyeux. C’est terrible. Apparemment, ce n’est pas metal de dire ça. Mais c’est mon opinion. »

Floor Jansen Fuck Slayer
Et en effet, ce n’est pas très metal de dire ça. Les propos, rapportés par le site Team Rock, n’ont pas tardé à faire le tour de Twitter, en provoquant une vague d’indignation très vite suivie d’insultes.

Devant la polémique, Floor Jansen a tenté de calmer le jeu sur son compte instagram :

« J’ai apparemment déclenché la furie sur la planète metal en répondant à cette question sur l’album le plus metal que je possédais. Ce n’est pas parce que je n’apprécie pas la musique de Slayer que je n’ai pas de respect pour ce qu’ils sont et ce qu’ils ont accomplis. Et j’imagine qu’ils n’écoutent pas ce que je fais non plus 😉 […] Est-ce que ça veut dire que je devrais me taire la prochaine fois ? Non. Je n’aime pas Slayer. On peut passer à autre chose ? :-p »

Et là encore, la maladresse de ces excuses n’a pas tardé à faire réagir.

Heureusement pour la chanteuse, sa fan base est arrivée pour équilibrer le débat.

Moralité, les vieux péchés ont de longues ombres. Et les vieux groupes de metal des fans bien excités.

Dusty Mush, réverbérations incandescentes au Shakirail

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Dans la salle aux rideaux rouges et tuyaux apparents, à la lumière criarde des néons le public s’agite violemment. Une cinquantaine de personnes fourmillent à l’intérieur, tout autant à l’extérieur, ils boivent des bières, rient bruyamment. Le personnel garde les portes de l’entrée et ne laisse plus pénétrer personne. « 1200 likes sur Facebook on pensait que vous ramèneriez du monde! » clamait plus tôt le chanteur de Dr. Chan aux Dusty Mush . Et finalement ces likes ont tenu leur promesse car rien ne laissait présager une telle foule et l’inquiétude des gérants et des groupes se laissait lire sur leurs mines soucieuses face à un public peu affluent.

Cédric, Maxime et Romain forment le groupe Dusty Mush, ils viennent de Meulin et jouent ensemble depuis 2011, date à laquelle ils ont chacun commencé leurs instruments respectifs, à savoir la batterie, la guitare et la basse. Ce soir c’est au Shakirail, ancien entrepôt de la SNCF à Marx Dormoy que le groupe joue avec deux autres groupes de rock garage. Vers 16 heures ils installent leurs instruments et branchent leurs fils sur la scène tandis que l’ingénieur du son leur demande comment doit sonner leur musique. Cédric explique « C’est les instrus en preums, ça doit être punchy ». Concentrés, leurs fronts plissés, ils règlent leurs instruments et effectuent leurs arrangements. Le batteur se trompe sur l’une de ses requêtes « tuez-moi » il dit, embarrassé.

C’est le moment de prendre place autour d’une grande table, des grosses casseroles en métal y sont disposées. Les membres de Dr. Chan, Cannery Terror et Dusty Mush mangent un riz-curry à la bonne franquette partageant leurs anecdotes de concerts passés. Puis c’est autour d’un petit feu alimenté par l’autodafé d’anciens livres aux pages jaunies, sous les guirlandes du jardin, qu’ils boivent des bières et fument leurs cigarettes dont ils jettent les mégots dans les braises. Assis dans le froid, attendant le moment fatidique, Romain soupire « C’est trop long, j’en ai marre », ce à quoi acquiescent les autres.

Le public arrive. Elisabeth Hong originaire de Sydney et Michelle Cao de Seattle adorent le côté intimiste de l’endroit. Elles expliquent « C’est comme un rooftop ou un backyard chez quelqu’un, c’est très amical comme atmosphère ». La vue sur les trains qui passent et les immeubles éclairés est en effet chose très rare dans le nord-est de Paris.  

Vers 21h30 Cannery Terror envahit la salle d’un son psychédélique et tout le public bouge en rythme. La chaleur monte. Un peu plus tard les Dusty Mush commencent une sorte de grande ascension musicale démoniaque ponctuée des « Ouh » réverbérés du chanteur. Leur son est garage, lo-fi, électrique. Les riffs s’étendent, le fuzz rugit, leurs sons sont comme de longues distorsions Oh Seesiennes, qui est d’ailleurs une de leurs références. À la fin du concert Romain sort heureux bien qu’à bout de souffle “Et ouais l’ambiance fait tout!” me lâche-t-il, souriant.

Chayma Mehenna