Hélène Buannic : une rencontre sans paillettes

De ses premiers pas de danse sur une estrade de spectacle de fin d’année aux plus grands zéniths de France, les pieds d’Hélène Buannic ont foulé de nombreuses scènes. En septembre dernier, elle a ouvert sa propre formation de comédie musicale, l’occasion de découvrir cette artiste pluridisciplinaire.  

« Mon boulot c’est de faire rêver les gens, d’envoyer des paillettes ». Depuis plus de 17 ans Hélène Buannic s’exerce à transporter le public, à l’évader de l’ordinaire, à lui parler d’un mouvement de hanche ou à l’émouvoir d’un éclat de voix. Danseuse, mais aussi comédienne, chanteuse et metteuse en scène, Hélène possède de nombreuses cordes à son arc. Toujours en quête de nouveaux défis, elle vient d’ouvrir sa propre formation de comédie musicale (FCM). Une école à son image, où elle « accouche des artistes ».

Elle a presque 40 ans, en fait 10 de moins. Pas une ride, aucune marque du temps. Seuls sa maturité et son expérience trahissent son vécu. Presque pas maquillée, seul un fin trait de liner noir souligne ses grands yeux sombres et accentue son teint pâle. Sa voix douce, posée, tire le fil de son parcours, de son histoire. Son récit s’accompagne de gestes lentement exécutés avec beaucoup de grâce, tandis que son corps se meut de temps à autre afin d’étirer ses membres. Sincère et à la fois pudique, Hélène se livre sans paillettes, sans superflus.

« J’étais assez introvertie sauf quand il s’agissait de danser ».

Née en Bretagne, Hélène est la benjamine d’une famille de trois filles. « J’étais assez introvertie sauf quand il s’agissait de danser ». La danse a été dès son plus jeune âge sa manière de s’exprimer, de se sentir bien. Un moyen d’expression qu’elle tentait de partager avec sa cousine et sa sœur, lorsqu’elle essayait de monter des spectacles avec elles. Une aisance pour la danse qu’elle possède depuis qu’elle est petite. « En maternelle, il y avait un spectacle. Je me rappelle très bien ce moment avant de monter sur scène, où tout le monde paniquait et moi je me sentais bien. Je savais ce que j’avais à faire, je connaissais très bien les mouvements, et je ne comprenais pas le stress.  J’étais très à l’aise avec la danse, alors que parler, ça c’était presque insurmontable ».

A l’âge de 8 ans, elle prend ses premiers cours de danse classique. « Je suis rentrée dans ce cour avec ces odeurs de parquets, de chaussons et toutes ces petites filles en tutus, en train de faire le même mouvement et ça m’a attrapé. Je me suis dit je veux faire ça ». Après avoir suivi pendant deux ans l’enseignement d’un professeur russe très dur mais à la fois « rassurant », elle suit à Rennes, les cours d’Angel Vargas, ancien danseur de caractère à l’Opéra de Paris. « Je peux vraiment dire que c’est mon papa dans la danse » avoue Hélène. De ses 12 ans à ses 19 ans, elle affirme que c’est lui qui l’a construite aussi bien en danse qu’humainement. A partir de 14-15 ans, elle découvre le jazz : une révélation. “C’est la danse qui me définit” confie Hélène. Séduite par la sensualité de cette discipline, elle enchaîne les concours et gagne de nombreuses médailles d’or.

Non issue du milieu artistique, Hélène a dû faire ses preuves pour convaincre son entourage de la laisser progresser dans cette voie. « Mon père m’a donné son accord pour que j’ai plus de cours à la condition que j’ai mon bac ». Sans avoir d’horaires aménagées, elle enfile ses chaussons après chaque journée d’école pour se consacrer à sa passion. Un rythme infernal où elle s’applique à réussir ses études et à concilier la danse. « Je prenais mon bain le soir avec mes pieds ensanglantés, à cause des pointes, et ma mère qui pleurait presque à côté en me disant, « tu n’iras plus » et moi je disais « si, je vais continuer ». Si j’arrêtais la danse, je mourrais ».  

« Il y avait 200 danseuses, j’ai décroché la place ».

Âgée d’une vingtaine d’années, elle arrive à Paris et sa carrière de danseuse s’accélère. Elle passe le casting de la célèbre  comédie musicale les 10 commandements, où elle parvient à arriver jusqu’aux dernières phases de sélections, mais n’est finalement pas retenue. Un an après, à 22 ans, Hélène participe à un autre casting pour remplacer une danseuse de la troupe.  « Quand je dansais parmi les candidates, devant le jury, devant Kamel Ouali, ce qu’il y avait en moi, c’était une rage totale, une envie, un désir. Il y avait 200 danseuses, j’ai décroché la place.  Ce jour là a changé ma vie et je le dois à Kamel Ouali. »  Hélène découvre alors ce milieu particulier, elle se retrouve en tournée, dans les plus grands hôtels, sur les plus grandes scènes. « Tu te retrouves sur la scène du palais des sports, avec plus de 3 000 personnes qui hurlent quand Daniel Lévi entre sur le plateau, et toi tu es là à te concentrer. C’était fou ». Une expérience inoubliable qui durera plus de sept ans, avec les différentes tournées en Asie et notamment en Corée. « J’ai dû le danser 400 fois, mais je ne m’en suis jamais lassé. »


De Autant en emporte le vent, à Fame, à Bobino en tant que danseuse soliste de cabaret, en passant par les plateaux télé, ou encore Dance Captain chez Disneyland, Hélène enchaîne les contrats. Aux débuts des années 2010, Kamel Ouali la sélectionne, à nouveau, pour la comédie musicale Dracula, l’amour plus fort que la mort. « Je me suis éclatée sur ce spectacle. J’avais déjà 32 ans à l’époque, je contrôlais plus ma technique. Ce spectacle était un vrai bonheur ».

Petit à petit, la danseuse se découvre un talent pour la chanson, un peu malgré elle. Alors qu’elle faisait partie de la troupe de danseurs pour Fame, elle se voit attribuer le rôle de la danseuse classique 15 jours avant la première, où elle devait chanter une phrase, « mais ce monde joli et perdu dans le temps » se rappelle-t-elle en chantonnant. « Je broyais la main de mon partenaire quand je chantais cette phrase tellement j’avais peur.  Autant en tant que danseuse, c’était ma passion et aucun obstacle ne m’effrayait, autant le chant, ça me faisait peur, je n’avais pas la même insouciance.  En plus quand t’es déjà dans le milieu et qu’on te connaît, on ne te pardonne rien ».  Après ce rôle, Hélène exploite sa voix et prend des cours de coaching vocal. Elle devient une des doublures vocales sur Salut les copains et jusqu’en janvier dernier, elle incarnait le personnage de Betty Rose à Disneyland pour le spectacle du 90ème anniversaire de Mickey, un rôle qui lui permettait de concilier la comédie au chant.  « Le mouvement ne me suffisait plus, il fallait que je trouve un autre moyen d’expression, donc ça a été par la suite, la comédie et le chant ». Actuellement, Hélène travaille sur la mise en scène de sa propre pièce « Le premier de nous qui rira », qu’elle a écrite en 2015. Dans un décor minimaliste, épuré, un homme et une femme qui se sont aimés se retrouvent trois mois après leur séparation.  Par des flashbacks, ils reviennent sur les moments qu’ils ont passé ensemble et redécouvre les raisons de leur rupture. En plus d’assurer la mise en scène, Hélène prévoit de jouer le rôle féminin en alternance avec Chloé Renaud.

« A force de me former, j’ai pas mal à donner »

Il y a trois ans, Merwan Rim, un de ses anciens camarades des 10 commandements, lui propose de l’accompagner pour donner des cours du soir  au sein du Studio International des arts de la Scène, à Paris. Deux ans plus tard, passionnée par l’enseignement, elle ouvre sa propre Formation de Comédie Musicale (FCM) avec l’acteur, le chanteur et le metteur en scène David Eguren. A côté de ses différentes activités artistiques, elle dispense des cours où elle enseigne le jeu et la corporalité de l’acteur. « A force de me former, j’ai pas mal à donner. La FCM est à l’image de ce que j’ai reçu. Je veux donner une construction sur des bases solides à mes élèves pour leur permettre de trouver qui ils sont en tant qu’artiste et de leur permettre de s’épanouir. J’accouche des artistes, pour reprendre les propos d’une de mes élèves ». Un nouveau défi pour Hélène, qui ne marque pas pour autant un point d’arrêt à sa carrière. « J’ai toujours besoin de cet équilibre entre la scène et être derrière la scène. Je ne me vois plus ne plus rien donner. »

« J’ai vécu 36 vies »

Même si Hélène reconnaît que le métier d’artiste est difficile, incertain, déséquilibré, elle ne changerait de vie pour rien au monde. « Avec ce métier j’ai eu 36 vies. J’ai voyagé, j’ai vécu des choses incroyables.  Jamais je n’aurais pensé pouvoir vivre de ma passion. En fait pour moi, je n’ai jamais  travaillé ».  

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Franck Lepage, parapentiste à gauche toute !

Gauchiste tendance bourrin, Franck Lepage est un militant qui fait des spectacles. Il a le verbe haut et des idées bien arrêtées sur l’éducation et la culture. Après avoir fréquenté Sciences Po Paris, où il ne passera qu’un an, Franck Lepage préfère s’encanailler avec les « maos » de Langues O, dans les années 1970. Tout un programme. A Sciences Po, il se définit comme un centriste. A l’INALCO, il découvre la gauche radicale à l’époque où le PCF est URSS-friendly. Invité sur le plateau de Ce Soir ou Jamais le 5 décembre 2014, Franck Lepage y est décrit comme un « auteur, metteur en scène, interprète ». Portrait d’un interprète sorti de Langues O, mais qui ne traduit que l’air du temps.

Les idoles des jeunes ne sont pas jeunes. En témoigne la popularité des vidéos de l’historien suisse Henri Guillemin sur YouTube. Jadis dévolue aux velléités humoristico-sponsorisées (les Norman et les Cyprien), la plateforme de vidéo en ligne s’est vue réappropriée par les vulgarisateurs et spécialistes de tous poils. Le camp de la gauche « alter » et des progressistes en général n’est pas en reste. Linguisticae pour la linguistique, Histony pour l’histoire, et Usul pour la politique, par exemple. C’est à ce dernier, justement, que l’on doit la (re)découverte de Franck Lepage, trublion du net. A sa manière.

Mise en scène de soi

A l’heure où les hologrammes hantent l’Europe, certains militants de gauches sont sur scène en chair et en os. « Croisement improbable entre Coluche et Bourdieu » pour Usbek & Rica, Franck Lepage, humoriste militant, commence à faire son trou sur YouTube. Mais il est loin de s’être approprié les codes des jeunes vidéastes Squeezie et VodKProd : pas de montage énergique, pas de photos de chatons. En lieu et place, des conférences « gesticulées » de trois à six (!) heures. En plan fixe. Au programme : histoire de la culture (« avec un grand Q ») et de son ministère, hagiographie personnelle et critique de la novlangue contemporaine.

Lepage à la page ?

Fondateur de la Scop (Société coopérative et participative) « Le Pavé », dissoute en 2014, le truculent gesticulateur soliloque avec la même gouaille dans ses spectacles que sur les plateaux TV. Sa coopérative d’éducation populaire est pour lui le moyen d’aborder les sujets avec un regard critique. Ni sociologue, ni prof, Lepage n’hésite pas de filer la métaphore du parapente pour expliquer comment l’éducation favorise les riches aux dépens des plus pauvres. « L’orientation scolaire, c’est comme les voiles d’un parapente » explique-t-il à Noisiel en 2016. Un parapente qui s’élève ou qui retombe, au gré des vents académiques. Dans ce spectacle, Lepage navigue entre cumulonimbus et habitus, et brosse la scolarité d’un élève de classe populaire, de la primaire jusqu’aux études supérieures. C’est, on s’en doute, sa propre scolarité qu’il décrit, à cheval entre les années 1950 et les années 1970.

Au détour d’un jeu de mots, il convoque les travaux du chercheur Bernard Charlot. Après un long raisonnement, il se fend d’une blague potache. « Le plus-que-parfait du subjonctif est un marqueur social. D’ailleurs, j’ai failli créer l’Association nationale des utilisateurs du subjonctif : l’ANUS ». Les rires fusent dans la salle. Le sociologue de spectacle sourit : il sait qu’il s’adresse à des convertis.

Artiste militant

« Je suis militant politique, pas artiste. Il n’y a pas de théâtre politique. Antigone n’est pas politique ; remplir un dossier pour la CAF, ça, c’est politique […]. Artiste, c’est un statut social. Mais le système refuse de me voir comme un militant : sur Wikipédia, je suis « un humoriste français ». L’art, la culture détruisent la politique » confiait-il dans une interview à Sud-Ouest, en décembre 2012. Aujourd’hui, sa page Wikipédia indique qu’il est un « militant de l’éducation populaire ». On a du mal à suivre Lepage : pour lui, le théâtre n’est pas politique et Wikipédia fait partie du fameux « système ». Il ne mâche pas ses mots et n’hésite pas à prendre position à contre-pied du sens commun, quitte à se fâcher avec ses camarades de la gauche « alter ».

Autre sujet à polémique, ses prises de position sur l’art contemporain. Il se pose en thuriféraire assumé de Frances Stonor Saunders, pour qui la CIA a financé massivement l’art contemporain, et de Gérald Messadié (qui incendie le cubisme dans La Messe de Saint-Picasso en 1989). Sur le plateau de Taddeï, en 2014, le gesticulateur n’hésite pas à défendre la suppression des notes et à pourfendre « ce satané de baccalauréat ». Quitte à se faire traiter de « soixante-huitard » par le linguiste Alain Bentolila. Parfois associé à Soral et à sa clique de complotistes, Lepage balaye d’un revers de la main une quelconque filiation entre lui et l’essayiste d’extrême-droite.

Ses points de vue extrêmes ont le mérite de remuer le plateau de CSOJ. Mais à l’époque, Lepage n’est écouté que par les « retraités du secteur social », pour reprendre l’expression de Titiou Lecoq dans Usbek. En uploadant ses vidéos sur un compte YouTube personnel, l’humoriste vient teinter la plateforme d’un rouge plus vif qu’à l’accoutumée. Et par là même, il étend son public potentiel. Preuve de l’efficacité de la démarche, le voici adoubé non seulement par Usul, dans sa vidéo sur le salaire à vie, mais également par toute la « gauchosphère » (du Nesblog à Lordon) post et pré-Internet. Peu d’abonnés, mais une base de fans solides. L’essentiel, pour ce vieux de la vieille : distiller lentement une parole alternative. Quitte à faire comme tout le monde.

« On veut du cash, du cheddar pis du gouda ambré ». Rencontre avec Les Anticipateurs.

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Souverainisme du Québec, faire un feat. avec Céline, ré-instituer Pauline Marois, écrire une chanson sans être “sapoud”, voilà quelques-uns des éternels combats des Anticipateurs, véritables représentants de l’avant-garde du hip-hop québécois. C’est autour d’un menu « cheese-frite » sans breuvages du Valentine de Longueuil que les quatre MC ont bien voulu nous rencontrer.

Oscillant entre une publicité Coors Light et une affiche de prévention contre le décrochage scolaire, le style vestimentaire des Anticipateurs nous donne un premier aperçu du souci du détail de ces « Kebs de Sorel ». Vêtu d’un pyjama aux couleurs des Habs et coiffé d’un casque à bière, MC Tronel, leader et fondateur du groupe, nous raconte ses débuts.

Les Kebs de Sorel

Originaires de la petite ville de Sorel située au nord de Montréal, on ne sait finalement pas grand-chose du passé trouble et criminel des quatre membres du groupe. C’est lors d’un passage en prison pour trafic de stupéfiants que MC Tronel fait la connaissance de MC Monak, lui-même incarcéré pour proxénétisme. C’est entre ces murs qu’ils décident de fonder le label indépendant Estiktelette Productions. Amour du hip-hop ou besoin urgent de créer une façade pour blanchir leur argent, le mystère reste encore entier aujourd’hui sur les véritables raisons de cette union. Interrogé sur le sujet, Monak ajuste son bandana aux motifs chanvrés et préfère rester évasif :  « prochaine question le big ».

À leur sortie de prison, les deux hommes décident de prendre la chose au sérieux, et partent à la recherche de membres supplémentaires dans l’optique de produire leur premier album. Pour eux, « po’doute », il n’y a qu’à Sorel qu’ils pourront trouver des candidats adéquats. C’est dans le seul et unique club de la ville qu’ils rencontrent Jean-Régis Lavoie , autoproclamé « meilleur enregistreur de voix de toute la Montérégie ». Jean-Régis, enthousiasmé par le projet leur présente alors Pic-Paquette de Nazareth, dont le flow impressionnant viendra rythmer les meilleurs titres du groupe ainsi formé.

« Je les ai trouvés écœurants direct man, Tronel pis Monak sont venus dans l’club pis drette quand (au moment précis où) ils ont commencé à chanter, j’ai su qu’on était sur l’même vibe. » raconte Jean-Régis en jouant avec l’une de ses multiples chaînes en or.

« Sapoud constant, Sapoud tout l’temps, ça plus d’bon sens »

Dès leurs débuts, les Anticipateurs anticipent l’importance des réseaux sociaux et s’appuient sur YouTube et Facebook pour se faire connaître. C’est en 2012 avec le hit Sapoud (sur la poudre), qu’ils connaissent leur premier véritable succès. Visionné plus de deux millions et demi de fois sur YouTube, le clip résume à lui tout seul le credo du groupe : proposer une satire grossière des leitmotivs éculés du gangsta rap « cheap ». À l’issu de ce succès, les quatre MC signent leur premier album « Tour du Chapeau » en novembre 2013. Cocaïne, hockey, scandale de la construction, l’autoroute Décarie, les pharmacies Jean-Coutu, aucun sujet de société n’y est épargné et le disque témoigne du talent indéniable des Anticipateurs à se réapproprier la culture populaire québécoise.

Aux côtés de titres comme « Canons à Neige », « Ford F-350 », ou encore « Kankejmeurre », c’est la chanson « Blanchissage » qui permettra aux Anticipateurs d’acquérir une certaine légitimité sur la scène du hip-hop québécois. Véritable brûlot à l’encontre des grandes figures comme Loco Locass ou Manu Militari, le titre suscite une vive polémique et entraîne de nombreuses menaces sur les réseaux sociaux. Après être allé chercher sa deuxième poutine « extra sauce brune », Tronel assume la provocation mais relativise toutefois la controverse : « Y’a pas d’beef (conflit) okay ? Tout le monde a notre back. C’est du business tabarnak, c’est rien de personnel. ».

Deep dans l’game

Alors qu’on cherche à en savoir plus sur ce qu’ils ont voulu exprimer à travers leurs différentes chansons, Tronel nous coupe pour nous rappeler à l’ordre. « Écoute le big, on est icitte pour parler du « Match des Étoiles », pas pour répondre à tes esties de questions niaiseuses ». Message reçu, on recadre donc la discussion sur leur album tout juste sorti. Après Tour du Chapeau,  Prolongations : Tirs de barrage, et La Coupe, ce quatrième disque poursuit dans leur tradition des titres liés au hockey, sport vénéré des quatre MC, comme du Québec d’ailleurs. Mario Lemieux, Guy Lafleur et Maurice Richard comptent parmi leurs plus grands modèles.

« On est des professionnels »

La détermination des Anticipateurs à ne pas sortir de leurs personnages impressionne. Question après question, ils continuent à enchaîner les références à leur mode de vie pseudo « thug life ». Interrogé sur sa marque de bière préférée, Monak fait l’éloge de la Tremblay : « on la fait sécher sur des grosses feuilles de papier, pis après ça on la gratte pis on la sniffe man. ». Cette excentricité se manifeste aussi sur scène, un espace privilégié pour témoigner de leur « art du turn-up qu’on maîtrise en tabarnak». Les Anticipateurs y apparaissent souvent accompagnés de danseuses nues ; l’une d’entre elles, Tétine Dion, fait d’ailleurs maintenant partie intégrante du groupe.

Le génie des Anticipateurs réside finalement dans cette appropriation on ne peut plus « cheap » de la culture gangsta rap. À travers leurs vidéos, leur présence sur les réseaux sociaux et leurs morceaux aussi répétitifs que divertissants, les Anticipateurs prouvent leur fabuleuse maîtrise des codes du hip-hop des dernières années.

Leur repas terminé, les quatre MC se lèvent, et s’en vont rejoindre leur pick-up Ford F-350 pour retourner à leur résidence à Brossard., choisie pour sa proximité du complexe sportif d’entraînement des Habs. Vivement leur arrivée en France.