Twisting before shouting ?

«J’ai vu les plus grands esprits de ma génération détruits par la folie, affamés, hystériques, nus…» Lorsqu’on regarde les clichés de Nan Goldin, on croit toujours entendre des échos d’Allen Ginsberg. Comme celle du poète, l’oeuvre de la photographe brosse le portrait d’une génération rebelle et fiévreuse, constituée de punks, de junkies, de prostituées et de transsexuels. Twisting at my birthday Party est pourtant une des rares photos où perce un semblant d’insouciance. Elle est issue de La ballade de la dépendance sexuelle (1986), une série de 700 diaporamas qui saisit avec autant de grâce que de violence le New-york Underground des années 70.

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Twisting at my birthday party, New York City 1980 The Ballad of Sexual Dependency, Aperture, 2012

© Nan Goldin, Twisting at my birthday party, New York City 1980, from The Ballad of Sexual Dependency 

Sur cette photo, Nan Goldin fête ses 27 ans. Dans son petit appartement, les cartons s’entassent et des bibelots kitsch ornent les murs. Ses invités – qu’elle appelle familièrement « sa tribu » – fument, twistent pieds-nus et mangent du gâteau. Une fête comme les autres. Pourtant, si la couleur est vive et si les tons sont crus, le cliché dégage une certaine mélancolie. Chez Nan Goldin, les teintes chaudes évoquent toujours une violence latente, une tension sourde. De même, les regards sur ses clichés se font toujours fuyants, à l’image de cette jeune fille aux yeux charbonneux et au teint pâle qui allume une cigarette. Tout se passe comme s’il fallait se dépêcher de saisir cette jeunesse que le sida et la drogue décimeront. Comme s’il fallait danser, et s’étourdir pour oublier le reste. Alors Nan Goldin twiste et photographie ses invités avec une urgence de vivre que seuls connaissent les mutilés, pour se rappeler qu’un jour, elle a eu 27 ans et que l’avenir était encore flou.

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Big Brother is walking, near you.

Détrompez vous cette photo n’est pas tout droit sortie d’un film de science-fiction des années 80-90 mais bel et bien de la réalité. Prise le 21 février 2016 lors d’une conférence Samsung, cette photo met en scène une assistance casquée du nouveau dispositif VR de la marque et d’un Mark Zuckerberg, gourou de Facebook traversant de fait, la foule incognito. Outre le côté « dérangeant » d’une humanité peut être trop connectée, c’est surtout le symbolisme de cette photo qui frappe.

On peut y voir une véritable symétrie avec la pub “orwellienne” d’Apple pour la sortie du Macintosh, 1984. Une assistance obnubilée et complètement amorphe face à la puissance salvatrice d’un leader, d’une technologie dominatrice. Une personne traverse alors la foule poursuivi par les forces de sécurité. Un marteau fend l’air et vient finalement se fracasser contre le portrait gigantesque de Big Brother. Les chaînes sont brisées, “1984 ne sera pas comme 1984”. Sauf qu’ici, ce n’est pas un libérateur qui traverse la foule fascinée pour délivrer le peuple du joug de Big Brother. Mais bien Big Brother lui même. Un sourire satisfait au visage.

La symbiose de l’homme avec la machine, le monde connecté, le village global de McLuhan, la réalité virtuelle sont des thématiques abordés depuis la naissance de la science-fiction et aujourd’hui bien réel. Il est peut être temps de ne plus se demander quand cela se produira-t il mais bel et bien « Et si cela se produit, on fait quoi ? » .

Martin Parr en croisade contre la jet-set

Il est bon ce samossa ?! Une dame bien en chair, bouche grande ouverte enfourne une pleine bouchée de ce plat indo-pakistanais. A sa droite, ses deux comparses aux lunettes de soleil de marque, font de même. Dans cette photographie à la scénographie fleurant bon le foodporn, Martin Parr délaisse les classes populaires anglaises pour faire un petit tour du côté du luxe. La décadence est au rendez-vous.

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Vente de charité à Hollywood – Luxury @Martin Parr

Cette photographie, intitulée Vente de charité à Hollywood, est une critique acerbe du capitalisme moderne : pendant que certains se bâfrent, d’autres dégustent. Le propos est teinté, – comme à chaque fois avec Martin Parr -, d’une ironie grinçante qui contraste avec la facture résolument pop et esthétisante de ses clichés.

Le travail du photographe s’apparente à une croisade contre le mauvais goût. Dans sa série Luxury, il s’attaque aux milliardaires et au matérialisme qui les caractérise. « Ma démarche est politique. Je photographie l’argent, le luxe, mais je montre aussi les excès de cette petite caste qui domine le monde », déclare-t-il. Martin Parr ne porte pas la fleur au fusil, mais bien à l’objectif.

L’artiste jette un regard sans concession sur l’avidité des nouveaux riches. Entre gorge profonde et Godzilla, les sujets représentés inquiètent et amusent. Dans ce cliché tout est suggéré (et suggestif). Gloutonnerie et sexualité prennent, ainsi, la forme d’un samossa.

Derrière les épaisses lunettes de soleil noires, l’opulence dans ce qu’elle a de plus dérangeant.