Chérie, je te fumerai jusqu’à en mourir

mac demarco

Le regard trouble, les pieds butent dans de vieilles canettes de PBR à la recherche d’un fond de bière qui n’aurait pas servi de cendrier improvisé. Le salon toujours embué de la fumée d’une cigarette inextinguible, la fenêtre s’ouvre finalement, et l’air glacial vient givrer les poils des narines. La main finit par se poser sur un paquet de Viceroy King Size, vide. « C’est l’temps d’se rendre au dépanneur ».

Ode to Viceroy de Mac Demarco rappelle une publicité pour cigarettes qui aurait été oubliée dans les cartons d’une agence des années 90. Une VHS délavée, surexposée à la fumée, qui nous réchauffe le cœur et les poumons. Cette esthétique, digne des programmes furieusement dégénérés d’Adult Swim, adoptée par toute une génération de gamins qui ne grandiront jamais. Comme Tim and Eric et autres Dr Steve Brule, Mac Demarco restitue parfaitement le kitsch idiot des années Seinfeld, vestes aux manches bouffantes incluses. Rien ne peut indiquer que la chanson et son clip ont été produits en 2012.

Les couleurs rose et fuchsia saturent les objets filmés au travers d’un objectif fisheye. Le son et l’image s’y trouvent astucieusement associés : les effets de Chorus et Reverb accompagnent les tressautements et distorsions de la bande magnétique. Le clip comme le morceau sont enregistrés avec des outils vieillots que l’on s’imagine acquis dans une « vente de garage ». Sur chacun de ses albums, Mac Demarco joue sur des guitares de mauvaise qualité, les cordes rattachées à la va vite. Pourtant, rien n’est jamais laissé au hasard dans le travail de ce Montréalais originaire de la Colombie-Britannique. L’euphorique débilité, Mac Demarco la revendique et en fait un élément central du personnage qu’il s’est créé, tout comme de sa musique.

Comme pour les cigarettes, Ode to Viceroy exhibe de Montréal tout ce qu’elle a de plus sale et d’excessif.  Mais c’est finalement là ce qui fait tout le charme merveilleusement nocif de ces deux addictions. Un abus enivrant, dont il est heureusement si difficile de s’extirper. Plus qu’une idylle au tabac, cette ode aux Viceroy est une lettre d’amour à Montréal, à ses ruelles et son ambiance. Cette ville chaleureuse et glacée, dans laquelle chaque expiration s’achève en un nuage de fumée.

Emilien Maubant

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Stup Virus, quatrième dose de vaccin

 

« Stupeflip Stupeflip c’est l’truc stupéfiant / Beaucoup d’travail comme pour un album d’Astérix » chantait King Ju en 2002. Depuis, Stupeflip a fait son petit bout de chemin. Insidieusement, en germe, le groupe mené par King Ju s’est érigé en membre du patrimoine hexagonal. Distillant petit à petit sa parole céleste et salvatrice, dans un rap game francophone éclaté.  

« Ils viennent de faire pleurer les Inrocks, mes ongles »

Dans l’imaginaire collectif, Stupeflip, c’est le groupe qui a trollé Ardisson et qui a accueilli Taddeï dans un taudis. Bref, un groupe qui aime à mettre en scène sa désinvolture. Pourtant, tout n’a pas toujours été rose pour le trio formé par Julien Barthélémy (King Ju), Stéphane Bellenger (Cadillac) et Jean-Paul Michel (MC Salo). Après s’être fait éjecter de leur maison de disque pour cause de faibles ventes en 2006, Stupeflip a connu une (longue) traversée du désert. Qu’importe, les enfants terribles du « hip-hop psychotrope » ont remis le couvert pour un quatrième album studio.

Des nouvelles de Pop-Hip

Fermenté dans l’appartement du 13e arrondissement parisien de Julien Barthélémy, Stupeflip est de retour pour un quatrième disque, Stup Virus. Totalement financé par les internautes (voir encadré) le « crou » déverse ses rythmes catchy en enchaîne les punchlines percutantes. « La feel good musique j’en ai rien à fout’ » annonce d’emblée le chanteur dans « Creepy Slugs », littéralement : « limaces effrayantes ». Un franglais affûté, une galerie de personnages hauts en couleur (le retour du célèbre Pop-Hip, rôtissant en Enfer, fera la joie des puristes), tout est réuni dans ce nouvel opus aux ritournelles efficaces.

La clé du mystère au chocolat

Epaulé par Sandrine Cacheton, voix synthétique teintée d’une mélancolie robotique, l’auditeur traverse un univers où se mêlent heroic fantasy et lyrics plus prosaïques. Le groupe se raconte à travers une (fausse ?) naissance du Stup Crou. En effet, celui-ci a toujours su cultiver un certain mystère autour de lui. Le morceau sobrement intitulé « 1993 » retrace la genèse d’une collaboration à l’image de son époque : les cassettes, la guitare d’un mec « qui s’est suicidé ». Sur cette grat’, un autocollant « The Stupefiant », qui signe « le vrai début de l’ère du Stup ». Serait-ce là une des fameuses « clés du mystère au chocolat », la clé de compréhension qui lierait tous les textes du groupe ? Début fantasmé ou vrai départ, le Stup ne cesse de se réinventer. Dès lors, la seule vérité est celle des rimes et des assonances.

« Influence dadaïste »

Allitérations, consonances et jeux de mots divers, voilà le programme de ce LP aux airs d’hagiographie post-apocalyptique. Perpétuelle répétition du même, les paroles se font hypnotiques. Volontairement cryptique, hermétique, autoréférentiel, le « crou » érige l’art de la boucle en ready-made musical. Les samples semblent faire écho aux obsessions parolières de King Ju : Casimir, Mylène Farmer, le « 4577 » (prononcer « quatre cinq sept sept »), la folie, l’enfance. Accumulation dadaïste. Néanmoins, ce déroulement incessant de monomanies peut perdre le néophyte. Concurrence est d’ailleurs faite à Batman dans leur tendance à renommer tout et n’importe quoi pour créer un stup-univers singulier : « stup virus » et autres « stup enfer » sont parfois stup-redondants.

Pénétrer dans Stup Virus,  c’est pénétrer dans un univers déjà bien fourni. Cela équivaut à commencer Le Seigneur des Anneaux par Le Retour du roi : possible, mais au risque de passer à côté d’une mythologie foisonnante. Heureusement, Julien Barthélémy et ses acolytes ont trouvé la parade. A l’instar des séries américaines, le disque nous réserve une sorte de previously in Stupeflip. « Retour en arrière » nous prévient l’interlude « Knights of Chaos ». Quitte à sentir le réchauffé ?

La fin du crou ?

Glosant à l’envi sur sa propre fin, fantasmant depuis toujours sur l’Apocalypse, le crew brûle ses dernières cartouches. Ultime spasme auditif, le morceau « Pleure pas Stupeflip », feint des adieux déchirants, aux airs de synthés mélancoliques à la Christian Zanési : « Au revoir… Je commence à en avoir marre d’être derrière l’ordinateur… C’est fini… ». Explication est donnée aux Inrocks : « Le délire de dire au revoir, on l’a fait cent fois », s’amuse King Ju. « Le crou ne mourra jamais » prophétisait-il d’ailleurs dans un morceau éponyme, en 2003…

« Lapin clique sur Ulule, se transforme en hibou » : le croufounding

Autoproclamés « terroristes bienveillants », les membres de Stupeflip ont fait la nique à l’état d’urgence musicale et ne se sont pas pressés pour sortir Stup Virus, six ans après The Hypnoflip Invasion (2011). Entièrement financé par les internautes, le dernier album a récolté 427.972€, sur un objectif initial de 40.000€ ! Bienheureux les crowdfounders, puisqu’une Flip Party est organisée le 16 septembre, à tarif préférentiel pour les « hiboux ».

Conscient d’avoir un public jeune et connecté, le groupe de « rap, rock et variété » a tout de même posté exclusivement sur YouTube un morceau intitulé « Pour les zouzs ». Zouzs de tous bords, unissez-vous !

Vincent Bilem

De l’autre côté de l’espoir, le désespoir ?

other side of hope

Loin du drame social sur l’intégration difficile des migrants en Finlande, le nouveau film d’Aki Kaurismäki s’apprécie comme une longue chanson de blues : empreint d’une mélancolie certaine, mais constamment ponctué de petites notes qui sortent de la gamme attendue pour lui donner toute sa saveur.

Ce rythme de blues se retrouve dans la structure narrative, très carrée, parfois même rigide de L’autre côté de l’espoir. Le premier tiers du film, un peu lent, voit alterner deux histoires qui viendront se rejoindre inévitablement. Wikhström, en pleine crise de la cinquantaine, quitte sa femme alcoolique et son emploi sobre pour ouvrir un restaurant. De l’autre côté, Khaled quitte la Syrie et rejoint la Finlande pour ouvrir une demande d’asile et retrouver sa sœur disparue. La même impassibilité anime les deux hommes, guère affectés par l’absurdité et la complexité des situations qui se présentent à eux. L’homme d’affaires se retrouve à la tête d’une équipe comiquement inapte, alors que le jeune Syrien se voit refuser l’asile et devient la cible d’un groupe de skinheads.

Ce n’est pourtant pas dans le simple contraste de ces situations que se cache toute la réussite du film. Au contraire, Aki Kaurismäki a la bonne idée de présenter les mésaventures des deux personnages avec la même réserve. Le cinéaste exhibe le passage à tabac de Khaled avec un détachement identique à lorsqu’il filme la petite vie du restaurant. Ainsi, malgré (ou grâce à) leur tonalité différente, les deux récits battent finalement la même mesure et trouvent leur harmonie dans un comique du désespoir particulièrement réjouissant.

Ni cynique ni caustique, l’humour de L’autre côté de l’espoir joue plutôt sur l’absence totale d’expressivité des personnages. La première scène où Khaled raconte son parcours aux services d’accueil du pays en est le meilleur exemple. C’est avec une rigueur toute bureaucratique que le jeune homme est reçu, et c’est avec la même formalité que l’on découvre l’histoire pourtant dramatique du personnage. Cette pudeur, que l’on imagine typiquement finlandaise, se retrouve sur tous les plans de la réalisation, du jeu des acteurs jusqu’à la seule et unique chanson qui ponctue le film. Ce décalage constant entre les enjeux graves du personnage et la sobriété de leur traitement à l’écran confère au film toute son originalité et une véritable identité, surtout lorsque l’on connaît le contexte politique actuel en Europe.

Si le film est foncièrement politique, il ne l’est jamais par le biais de discours engagés. L’autre côté de l’espoir n’est pas un film sur le vivre ensemble, et n’est en aucun cas un appel à dépasser ses différences. Alors que la rencontre entre Wikhström et Khaled aurait pu donner lieu à une fable humaniste et xénophile, il donne plutôt à voir le traitement las et bureaucratique de la crise des migrants. Le film préfère ainsi montrer froidement l’indifférence pragmatique de la société finlandaise aux autres cultures. Le restaurant miteux de Wikhström encapsule en ce sens parfaitement toute cette thématique du film. Dans une volonté de séduire un public jeune, moderne et ouvert, il change constamment de style et passe des harengs en conserve aux sushis, puis à la nourriture indienne. La mixité culturelle est présentée comme une mode, un désir de rester dans l’ère du temps, et c’est ce que dénonce habilement Aki Kaurismäki tout au long du film.

Pourtant, le cinéaste parvient à ne pas tomber dans un cynisme désabusé. L’économie à tout niveau de la réalisation ne suscite pas l’indifférence du spectateur puisque malgré tout, le film n’est pas dénué de véritables sentiments. Les enjeux auxquels font face Khaled sont bien réels, et ne sont jamais minimisés. Au contraire, c’est en les intégrant à un quotidien banal et austère que le réalisateur leur confère tout leur impact. L’autre côté de l’espoir ne signifie jamais vraiment le désespoir. Quoi qu’il leur arrive, les personnages perdurent et continuent de flotter au rythme de cette mélancolique et agréable mélodie de blues.

Emilien Maubant

Twisting before shouting ?

«J’ai vu les plus grands esprits de ma génération détruits par la folie, affamés, hystériques, nus…» Lorsqu’on regarde les clichés de Nan Goldin, on croit toujours entendre des échos d’Allen Ginsberg. Comme celle du poète, l’oeuvre de la photographe brosse le portrait d’une génération rebelle et fiévreuse, constituée de punks, de junkies, de prostituées et de transsexuels. Twisting at my birthday Party est pourtant une des rares photos où perce un semblant d’insouciance. Elle est issue de La ballade de la dépendance sexuelle (1986), une série de 700 diaporamas qui saisit avec autant de grâce que de violence le New-york Underground des années 70.

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Twisting at my birthday party, New York City 1980 The Ballad of Sexual Dependency, Aperture, 2012

© Nan Goldin, Twisting at my birthday party, New York City 1980, from The Ballad of Sexual Dependency 

Sur cette photo, Nan Goldin fête ses 27 ans. Dans son petit appartement, les cartons s’entassent et des bibelots kitsch ornent les murs. Ses invités – qu’elle appelle familièrement « sa tribu » – fument, twistent pieds-nus et mangent du gâteau. Une fête comme les autres. Pourtant, si la couleur est vive et si les tons sont crus, le cliché dégage une certaine mélancolie. Chez Nan Goldin, les teintes chaudes évoquent toujours une violence latente, une tension sourde. De même, les regards sur ses clichés se font toujours fuyants, à l’image de cette jeune fille aux yeux charbonneux et au teint pâle qui allume une cigarette. Tout se passe comme s’il fallait se dépêcher de saisir cette jeunesse que le sida et la drogue décimeront. Comme s’il fallait danser, et s’étourdir pour oublier le reste. Alors Nan Goldin twiste et photographie ses invités avec une urgence de vivre que seuls connaissent les mutilés, pour se rappeler qu’un jour, elle a eu 27 ans et que l’avenir était encore flou.

Big Brother is walking, near you.

Détrompez vous cette photo n’est pas tout droit sortie d’un film de science-fiction des années 80-90 mais bel et bien de la réalité. Prise le 21 février 2016 lors d’une conférence Samsung, cette photo met en scène une assistance casquée du nouveau dispositif VR de la marque et d’un Mark Zuckerberg, gourou de Facebook traversant de fait, la foule incognito. Outre le côté « dérangeant » d’une humanité peut être trop connectée, c’est surtout le symbolisme de cette photo qui frappe.

On peut y voir une véritable symétrie avec la pub “orwellienne” d’Apple pour la sortie du Macintosh, 1984. Une assistance obnubilée et complètement amorphe face à la puissance salvatrice d’un leader, d’une technologie dominatrice. Une personne traverse alors la foule poursuivi par les forces de sécurité. Un marteau fend l’air et vient finalement se fracasser contre le portrait gigantesque de Big Brother. Les chaînes sont brisées, “1984 ne sera pas comme 1984”. Sauf qu’ici, ce n’est pas un libérateur qui traverse la foule fascinée pour délivrer le peuple du joug de Big Brother. Mais bien Big Brother lui même. Un sourire satisfait au visage.

La symbiose de l’homme avec la machine, le monde connecté, le village global de McLuhan, la réalité virtuelle sont des thématiques abordés depuis la naissance de la science-fiction et aujourd’hui bien réel. Il est peut être temps de ne plus se demander quand cela se produira-t il mais bel et bien « Et si cela se produit, on fait quoi ? » .

Martin Parr en croisade contre la jet-set

Il est bon ce samossa ?! Une dame bien en chair, bouche grande ouverte enfourne une pleine bouchée de ce plat indo-pakistanais. A sa droite, ses deux comparses aux lunettes de soleil de marque, font de même. Dans cette photographie à la scénographie fleurant bon le foodporn, Martin Parr délaisse les classes populaires anglaises pour faire un petit tour du côté du luxe. La décadence est au rendez-vous.

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Vente de charité à Hollywood – Luxury @Martin Parr

Cette photographie, intitulée Vente de charité à Hollywood, est une critique acerbe du capitalisme moderne : pendant que certains se bâfrent, d’autres dégustent. Le propos est teinté, – comme à chaque fois avec Martin Parr -, d’une ironie grinçante qui contraste avec la facture résolument pop et esthétisante de ses clichés.

Le travail du photographe s’apparente à une croisade contre le mauvais goût. Dans sa série Luxury, il s’attaque aux milliardaires et au matérialisme qui les caractérise. « Ma démarche est politique. Je photographie l’argent, le luxe, mais je montre aussi les excès de cette petite caste qui domine le monde », déclare-t-il. Martin Parr ne porte pas la fleur au fusil, mais bien à l’objectif.

L’artiste jette un regard sans concession sur l’avidité des nouveaux riches. Entre gorge profonde et Godzilla, les sujets représentés inquiètent et amusent. Dans ce cliché tout est suggéré (et suggestif). Gloutonnerie et sexualité prennent, ainsi, la forme d’un samossa.

Derrière les épaisses lunettes de soleil noires, l’opulence dans ce qu’elle a de plus dérangeant.

American Honey : une étoile de plus au drapeau ?


American Honey, Prix du Jury à Cannes, signe le retour d’Andrea Arnold huit ans après le remarqué Fish Tank. La cinéaste britannique change désormais de continent et s’attaque au versant sombre du rêve américain à travers le portrait d’une jeunesse désabusée et franchement paumée. Star (Sasha Lane), adolescente du Midwest, abandonne son petit copain alcoolo, drogué et violent – le profil parfait du bon gros connard – après avoir rencontré une troupe d’adolescents qui vagabonde de ville en ville au gré de leurs propres règles.

À la tête de cette bande figurent les deux seuls acteurs connus du grand public : l’inénarrable Shia LaBeouf (« he will not divide us! ») et la star montante Riley Keough, héroïne de la série The Girlfriend Experience et aperçue dans Mad Max: Fury Road. Les autres membres du groupe sont essentiellement des inconnus, y compris Sasha Lane pour qui il s’agit de son premier rôle au cinéma – la jeune femme ayant été dégotée sur un parking par la réalisatrice, à l’instar de son personnage, alors qu’elle n’avait jamais fait de cinéma. C’est elle, la star – depuis devenue égérie Louis Vuitton. Son personnage n’éclipse pas pour autant le reste de cette famille improvisée ; le blondinet casse-cou exhibitionniste, la jeune introvertie particulièrement fan de Star Wars et Dark Vador, un jeune couple qui accumule les petits animaux de compagnie…  

American Nightmare : déception ?

Ces gosses frappent aux portes et appellent à la générosité pour vendre quelques magazines, surtout auprès des résidences pavillonnaires fortunées. Mentir, attirer la pitié, rentrer dans le jeu de bons vieux « daddys », voler, tout est bon pour gagner de l’argent et satisfaire Krystal, la chef de clan. La promesse d’un mode de vie parallèle, constamment en mouvement, où l’on ne doit rendre de comptes à personne, n’est finalement qu’une illusion. Les rapports de force sont toujours présents. Krystal balance ses gosses à la rue, tandis qu’elle accumule les prises de drogue et les partenaires sexuels dans sa chambre de motel. Si tu ne rapportes pas assez, tu te bats ou tu dégages. C’est simple, cruel, mais efficace.

Une vie plus animale donc, et impitoyable. À l’image de la relation entre Star et Jake : lui se veut être le mâle dominant, un loup hurleur prêt à se réfugier dans la violence. Elle tient à préserver son indépendance et n’hésite pas à affirmer sa personnalité, à l’image d’une caméra perpétuellement en mouvement, agitée, mais toujours au plus près d’elle. Les deux se réunissent à travers leur amour (ou plutôt du sexe bestial), né d’une scène de rencontre des plus bâtardes. Un supermarché, du Rihanna en fond sonore, Jake et sa bande sèment la pagaille dans les rayons, et lui commence un quasi-strip-tease sur le tapis roulant d’une caisse. Niveau danse et musique, on est bien loin de La La Land.

American Honey se veut malgré lui être le portrait d’une société états-unienne qui n’a jamais autant mal porté son nom. Toute classe sociale n’est pas épargnée – surtout les personnes les plus aisées : des cow-boys fortunés décidés à faire griller leur gros morceau de viande en l’absence de leurs femmes, une mère de famille catho coincée voulant éloigner sa fille de la dépravation… Les traits sont grossis, presque caricaturaux, mais pourtant exacts. En effleurant le documentaire, Andrea Arnold a donné un avant-goût de l’électorat Trump. Quand Star se prend de pitié pour deux enfants vivant dans la crasse auprès d’une mère accro à la drogue, elle revoit sa propre vie – sa propre mère, elle même morte d’une overdose. Que peut-on faire pour aider ? À l’heure à laquelle le Président promet de rendre l’Amérique grandiose, force est de constater qu’il y aura beaucoup, beaucoup de boulot.

Gabin Fontaine

Loving, l’élégance par la simplicité.

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Innocence, sincérité et douceur: trois termes pour aussi bien décrire une relation amoureuse dévouée que pour expliquer la réussite de Loving. Plutôt que de tomber dans la facilité d’un récit mélodramatique et politique sur la mixité raciale dans une Amérique des années soixante, Jeff Nichols préfère se concentrer sur l’élégance et la simplicité de l’amour qui unit Richard et Mildred Loving.

Confrontés à l’illégalité de leur union, les Loving se trouvent dans l’obligation de quitter l’État de Virginie sous peine d’emprisonnement. Nichols a choisi d’exposer la situation de la façon la plus simple et percutante possible. Après un premier quart d’heure paisible dans lequel est introduit le couple sur le point de se marier, la police fait brutalement irruption pour jeter les deux personnages en prison. Sous le faisceau des lampes torches des policiers, les deux amants que l’on percevait jusqu’ici comme légitimes et insouciants sont transfigurés en criminels. Nichols n’ayant pas voulu expliciter d’entrée de jeu le statut juridique du mariage interracial en Virginie, la scène effraie et permet d’établir la contradiction entre l’innocence de cet amour et la clandestinité à laquelle il se trouve condamné.

Si la passivité et l’incrédulité de Richard Loving peuvent surprendre, elles expriment parfaitement l’aberration de la situation. Bien que le film ait en trame de fond la lutte pour les droits civiques, le statut criminel des Loving n’est jamais véritablement présenté comme une injustice, mais plutôt comme une profonde absurdité. Le film alterne constamment entre la vie de famille presque banale des Loving et les injonctions brutales à légitimer leur union, une dissonance qui suffit à elle seule à porter le message du film. C’est en ce sens que la focalisation sur le quotidien du couple trouve tout son intérêt et permet à Loving de se distinguer des autres films du genre. L’une des meilleures scènes du film illustre brillamment la logique de ce parti pris de la narration : on y voit Michael Shannon en photographe du magazine Life qui, tout comme Jeff Nichols, parvient à capturer avec beaucoup de légèreté la simplicité et l’innocence de cette union.

La sobriété de la réalisation de Nichols permet d’échapper à un traitement sensationnaliste et dramatique de l’affaire Loving v. Virginia, un sujet qui aurait pu facilement s’y prêter. Le film ne contient aucun discours enflammé sur la discrimination raciale, aucun personnage dont la seule fonction serait de mettre en mots la violence et l’injustice dont sont toujours aujourd’hui victimes les populations noires aux États-Unis. Nichols préfère évacuer ces considérations finalement attendues par le spectateur au profit d’un portrait plus intime sur l’innocence. Le succès de cette démarche repose amplement sur la performance juste et mesurée de Ruth Negga, dont la douceur vient contraster habilement avec la nature plus bourrue mais tout aussi sincère de Joel Edgerton. Après Mud et Midnight Special, Loving vient démontrer une fois de plus le talent du réalisateur à tirer le meilleur de ses acteurs.

En choisissant de reléguer la lutte pour les droits civiques au second plan, Jeff Nichols laisse la place à un récit tendre et délicat sur l’amour et la persévérance. Alors que l’État de Virginie remet en cause la légitimité de cette relation, le spectateur ne doute pas une seconde de la sincérité et de la pérennité de leurs sentiments. Une véritable prouesse et une alternative convaincante au drames historiques auxquels nous sommes habitués.

Franck Lepage, parapentiste à gauche toute !

Gauchiste tendance bourrin, Franck Lepage est un militant qui fait des spectacles. Il a le verbe haut et des idées bien arrêtées sur l’éducation et la culture. Après avoir fréquenté Sciences Po Paris, où il ne passera qu’un an, Franck Lepage préfère s’encanailler avec les « maos » de Langues O, dans les années 1970. Tout un programme. A Sciences Po, il se définit comme un centriste. A l’INALCO, il découvre la gauche radicale à l’époque où le PCF est URSS-friendly. Invité sur le plateau de Ce Soir ou Jamais le 5 décembre 2014, Franck Lepage y est décrit comme un « auteur, metteur en scène, interprète ». Portrait d’un interprète sorti de Langues O, mais qui ne traduit que l’air du temps.

Les idoles des jeunes ne sont pas jeunes. En témoigne la popularité des vidéos de l’historien suisse Henri Guillemin sur YouTube. Jadis dévolue aux velléités humoristico-sponsorisées (les Norman et les Cyprien), la plateforme de vidéo en ligne s’est vue réappropriée par les vulgarisateurs et spécialistes de tous poils. Le camp de la gauche « alter » et des progressistes en général n’est pas en reste. Linguisticae pour la linguistique, Histony pour l’histoire, et Usul pour la politique, par exemple. C’est à ce dernier, justement, que l’on doit la (re)découverte de Franck Lepage, trublion du net. A sa manière.

Mise en scène de soi

A l’heure où les hologrammes hantent l’Europe, certains militants de gauches sont sur scène en chair et en os. « Croisement improbable entre Coluche et Bourdieu » pour Usbek & Rica, Franck Lepage, humoriste militant, commence à faire son trou sur YouTube. Mais il est loin de s’être approprié les codes des jeunes vidéastes Squeezie et VodKProd : pas de montage énergique, pas de photos de chatons. En lieu et place, des conférences « gesticulées » de trois à six (!) heures. En plan fixe. Au programme : histoire de la culture (« avec un grand Q ») et de son ministère, hagiographie personnelle et critique de la novlangue contemporaine.

Lepage à la page ?

Fondateur de la Scop (Société coopérative et participative) « Le Pavé », dissoute en 2014, le truculent gesticulateur soliloque avec la même gouaille dans ses spectacles que sur les plateaux TV. Sa coopérative d’éducation populaire est pour lui le moyen d’aborder les sujets avec un regard critique. Ni sociologue, ni prof, Lepage n’hésite pas de filer la métaphore du parapente pour expliquer comment l’éducation favorise les riches aux dépens des plus pauvres. « L’orientation scolaire, c’est comme les voiles d’un parapente » explique-t-il à Noisiel en 2016. Un parapente qui s’élève ou qui retombe, au gré des vents académiques. Dans ce spectacle, Lepage navigue entre cumulonimbus et habitus, et brosse la scolarité d’un élève de classe populaire, de la primaire jusqu’aux études supérieures. C’est, on s’en doute, sa propre scolarité qu’il décrit, à cheval entre les années 1950 et les années 1970.

Au détour d’un jeu de mots, il convoque les travaux du chercheur Bernard Charlot. Après un long raisonnement, il se fend d’une blague potache. « Le plus-que-parfait du subjonctif est un marqueur social. D’ailleurs, j’ai failli créer l’Association nationale des utilisateurs du subjonctif : l’ANUS ». Les rires fusent dans la salle. Le sociologue de spectacle sourit : il sait qu’il s’adresse à des convertis.

Artiste militant

« Je suis militant politique, pas artiste. Il n’y a pas de théâtre politique. Antigone n’est pas politique ; remplir un dossier pour la CAF, ça, c’est politique […]. Artiste, c’est un statut social. Mais le système refuse de me voir comme un militant : sur Wikipédia, je suis « un humoriste français ». L’art, la culture détruisent la politique » confiait-il dans une interview à Sud-Ouest, en décembre 2012. Aujourd’hui, sa page Wikipédia indique qu’il est un « militant de l’éducation populaire ». On a du mal à suivre Lepage : pour lui, le théâtre n’est pas politique et Wikipédia fait partie du fameux « système ». Il ne mâche pas ses mots et n’hésite pas à prendre position à contre-pied du sens commun, quitte à se fâcher avec ses camarades de la gauche « alter ».

Autre sujet à polémique, ses prises de position sur l’art contemporain. Il se pose en thuriféraire assumé de Frances Stonor Saunders, pour qui la CIA a financé massivement l’art contemporain, et de Gérald Messadié (qui incendie le cubisme dans La Messe de Saint-Picasso en 1989). Sur le plateau de Taddeï, en 2014, le gesticulateur n’hésite pas à défendre la suppression des notes et à pourfendre « ce satané de baccalauréat ». Quitte à se faire traiter de « soixante-huitard » par le linguiste Alain Bentolila. Parfois associé à Soral et à sa clique de complotistes, Lepage balaye d’un revers de la main une quelconque filiation entre lui et l’essayiste d’extrême-droite.

Ses points de vue extrêmes ont le mérite de remuer le plateau de CSOJ. Mais à l’époque, Lepage n’est écouté que par les « retraités du secteur social », pour reprendre l’expression de Titiou Lecoq dans Usbek. En uploadant ses vidéos sur un compte YouTube personnel, l’humoriste vient teinter la plateforme d’un rouge plus vif qu’à l’accoutumée. Et par là même, il étend son public potentiel. Preuve de l’efficacité de la démarche, le voici adoubé non seulement par Usul, dans sa vidéo sur le salaire à vie, mais également par toute la « gauchosphère » (du Nesblog à Lordon) post et pré-Internet. Peu d’abonnés, mais une base de fans solides. L’essentiel, pour ce vieux de la vieille : distiller lentement une parole alternative. Quitte à faire comme tout le monde.

Your Name : Le tour de magie de Makoto Shinkai

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Avec cent millions de dollars de recettes au Japon et plus de dix millions d’entrées, Your Name est le premier film d’animation à faire de l’ombre aux autres productions du Studio Ghibli. Comparé à outrance au maître de l’animation japonaise Miyazaki, Makoto Shinkai n’a pourtant pas joué la carte du mimétisme.

Au cœur de cette comédie dramatique, la thématique du rêve et de la permutation des corps. Certaines nuits, sans prévenir, Mitsuha se retrouve propulsée dans le corps de Taki et inversement. Elle vit dans une campagne reculée du Japon, il étudie en plein cœur de Tokyo, mais chacun va devoir appréhender la vie de l’autre. Une confusion qui sert de ressort comique et interroge la question du genre et des clivages culturels. Mais Makoto Shinkai ne s’arrête pas là et effectue un basculement vertigineux au milieu de son film. Ce qui avait tout l’air se rapprocher d’un doux rêve semble glisser irrémédiablement vers le cauchemar.

Fil conducteur de ce qui devient vite une romance, le rêve dévore le fond et la forme d’un film hybride qui bouscule le spectateur. Les vastes paysages aux ambiances crépusculaires accompagnent la substitution des corps et des âmes. D’abord dépassés par un jeu de rôle qu’ils finissent par maîtriser, Mitsuha et Taki instaurent un mode de communication à part entière. Se griffonnant quelques mots sur des cahiers, notes de portable ou parties de leur corps, les deux adolescents s’agrippent comme ils peuvent à un réel qui leur échappe. Qui est qui ? Le spectateur a parfois du mal lui aussi, à reconstituer le puzzle qui se joue sous ses yeux. Quelques incohérences dénotent même et participent à le perdre. Une dynamique parfois bancale qui ne s’inscrit pas moins dans la thématique du rêve, partagé entre illusion de réalisme et déconstruction avérée. L’impression de déjà vu hante les personnages et titille le spectateur par la dispersion de souvenirs elliptiques. Ainsi, Mitsuha dénoue un ruban rouge de ses cheveux et le balance à un Taki hagard depuis un quai de métro. « Taki … Taki, tu m’as oublié ? » se désole la voix off de Mitsuha. Un questionnement qui berce le film, pareil à un refrain, et entrecoupe les rêves du jeune homme dérouté.

Onirique mais également poétique, Your Name oppose un Tokyo moderne au Japon traditionnel, bercé par les rites et coutumes de la grand-mère de Mitsuha. Les interrogations des personnages se calquent sur les paysages chimériques et sont jetés comme des vers. Makoto Shinkai convoque les sens, dissèque la matière. Le souffle du vent dans les feuilles d’arbres, les cercles de pluie à la surface du lac, le fil à tisser, symbole du temps qui passe, et les vols d’oiseaux par-dessus la plaine. L’image happe, transporte et appelle le voyage, comme cette comète qui transperce les nuages et démultiplient les points de vue.

Subtilement, Makoto Shinkai ravive la mémoire des catastrophes naturelles de 2011. Le rêve ne sert plus seulement l’histoire d’amour mais également l’histoire d’un Japon blessé. A mesure que le film avance, la dimension cosmique qui participait jusque-là à insuffler davantage de spectaculaire prend des proportions inquiétantes. En défiant les contraintes spatio-temporelles, le réalisateur s’imagine un monde sans limites où l’au-delà viendrait à bout d’un réel tourmenté, comme par magie.

 

« On veut du cash, du cheddar pis du gouda ambré ». Rencontre avec Les Anticipateurs.

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Souverainisme du Québec, faire un feat. avec Céline, ré-instituer Pauline Marois, écrire une chanson sans être “sapoud”, voilà quelques-uns des éternels combats des Anticipateurs, véritables représentants de l’avant-garde du hip-hop québécois. C’est autour d’un menu « cheese-frite » sans breuvages du Valentine de Longueuil que les quatre MC ont bien voulu nous rencontrer.

Oscillant entre une publicité Coors Light et une affiche de prévention contre le décrochage scolaire, le style vestimentaire des Anticipateurs nous donne un premier aperçu du souci du détail de ces « Kebs de Sorel ». Vêtu d’un pyjama aux couleurs des Habs et coiffé d’un casque à bière, MC Tronel, leader et fondateur du groupe, nous raconte ses débuts.

Les Kebs de Sorel

Originaires de la petite ville de Sorel située au nord de Montréal, on ne sait finalement pas grand-chose du passé trouble et criminel des quatre membres du groupe. C’est lors d’un passage en prison pour trafic de stupéfiants que MC Tronel fait la connaissance de MC Monak, lui-même incarcéré pour proxénétisme. C’est entre ces murs qu’ils décident de fonder le label indépendant Estiktelette Productions. Amour du hip-hop ou besoin urgent de créer une façade pour blanchir leur argent, le mystère reste encore entier aujourd’hui sur les véritables raisons de cette union. Interrogé sur le sujet, Monak ajuste son bandana aux motifs chanvrés et préfère rester évasif :  « prochaine question le big ».

À leur sortie de prison, les deux hommes décident de prendre la chose au sérieux, et partent à la recherche de membres supplémentaires dans l’optique de produire leur premier album. Pour eux, « po’doute », il n’y a qu’à Sorel qu’ils pourront trouver des candidats adéquats. C’est dans le seul et unique club de la ville qu’ils rencontrent Jean-Régis Lavoie , autoproclamé « meilleur enregistreur de voix de toute la Montérégie ». Jean-Régis, enthousiasmé par le projet leur présente alors Pic-Paquette de Nazareth, dont le flow impressionnant viendra rythmer les meilleurs titres du groupe ainsi formé.

« Je les ai trouvés écœurants direct man, Tronel pis Monak sont venus dans l’club pis drette quand (au moment précis où) ils ont commencé à chanter, j’ai su qu’on était sur l’même vibe. » raconte Jean-Régis en jouant avec l’une de ses multiples chaînes en or.

« Sapoud constant, Sapoud tout l’temps, ça plus d’bon sens »

Dès leurs débuts, les Anticipateurs anticipent l’importance des réseaux sociaux et s’appuient sur YouTube et Facebook pour se faire connaître. C’est en 2012 avec le hit Sapoud (sur la poudre), qu’ils connaissent leur premier véritable succès. Visionné plus de deux millions et demi de fois sur YouTube, le clip résume à lui tout seul le credo du groupe : proposer une satire grossière des leitmotivs éculés du gangsta rap « cheap ». À l’issu de ce succès, les quatre MC signent leur premier album « Tour du Chapeau » en novembre 2013. Cocaïne, hockey, scandale de la construction, l’autoroute Décarie, les pharmacies Jean-Coutu, aucun sujet de société n’y est épargné et le disque témoigne du talent indéniable des Anticipateurs à se réapproprier la culture populaire québécoise.

Aux côtés de titres comme « Canons à Neige », « Ford F-350 », ou encore « Kankejmeurre », c’est la chanson « Blanchissage » qui permettra aux Anticipateurs d’acquérir une certaine légitimité sur la scène du hip-hop québécois. Véritable brûlot à l’encontre des grandes figures comme Loco Locass ou Manu Militari, le titre suscite une vive polémique et entraîne de nombreuses menaces sur les réseaux sociaux. Après être allé chercher sa deuxième poutine « extra sauce brune », Tronel assume la provocation mais relativise toutefois la controverse : « Y’a pas d’beef (conflit) okay ? Tout le monde a notre back. C’est du business tabarnak, c’est rien de personnel. ».

Deep dans l’game

Alors qu’on cherche à en savoir plus sur ce qu’ils ont voulu exprimer à travers leurs différentes chansons, Tronel nous coupe pour nous rappeler à l’ordre. « Écoute le big, on est icitte pour parler du « Match des Étoiles », pas pour répondre à tes esties de questions niaiseuses ». Message reçu, on recadre donc la discussion sur leur album tout juste sorti. Après Tour du Chapeau,  Prolongations : Tirs de barrage, et La Coupe, ce quatrième disque poursuit dans leur tradition des titres liés au hockey, sport vénéré des quatre MC, comme du Québec d’ailleurs. Mario Lemieux, Guy Lafleur et Maurice Richard comptent parmi leurs plus grands modèles.

« On est des professionnels »

La détermination des Anticipateurs à ne pas sortir de leurs personnages impressionne. Question après question, ils continuent à enchaîner les références à leur mode de vie pseudo « thug life ». Interrogé sur sa marque de bière préférée, Monak fait l’éloge de la Tremblay : « on la fait sécher sur des grosses feuilles de papier, pis après ça on la gratte pis on la sniffe man. ». Cette excentricité se manifeste aussi sur scène, un espace privilégié pour témoigner de leur « art du turn-up qu’on maîtrise en tabarnak». Les Anticipateurs y apparaissent souvent accompagnés de danseuses nues ; l’une d’entre elles, Tétine Dion, fait d’ailleurs maintenant partie intégrante du groupe.

Le génie des Anticipateurs réside finalement dans cette appropriation on ne peut plus « cheap » de la culture gangsta rap. À travers leurs vidéos, leur présence sur les réseaux sociaux et leurs morceaux aussi répétitifs que divertissants, les Anticipateurs prouvent leur fabuleuse maîtrise des codes du hip-hop des dernières années.

Leur repas terminé, les quatre MC se lèvent, et s’en vont rejoindre leur pick-up Ford F-350 pour retourner à leur résidence à Brossard., choisie pour sa proximité du complexe sportif d’entraînement des Habs. Vivement leur arrivée en France.

 

Onfray mieux de lire autre chose

Dans son dernier livre-fleuve, Décadence, Onfray charrie une histoire de l’Occident judéo-chrétien. Se voulant une philosophie de l’histoire, le pavé ne parvient pas à atteindre l’objectif. Malgré le nombre important de pages, on ne peut que se sentir submergé par le vide réflexif qui s’en dégage.

Passion accumulation

Il y a un style Onfray. Ses accumulations, que l’on pourrait prendre pour des envolées, se font, tout au long des pages, pesantes. Trop pesantes. A y réfléchir, on se dit que c’est peut-être un moyen qu’a trouvé Onfray de faire un livre de plus de cinq cents pages par an. En y réfléchissant mieux, on se dit que c’est une manière d’atteindre l’exhaustivité. Mais cette entreprise de vouloir tout dire, tout décrire, se révèle vaine. Le philosophe ne réussit qu’à se faire le compilateur d’une histoire, et non de l’Histoire. On croyait lire un philosophe, on se retrouve face à un gloseur. Il peine d’ailleurs à cacher le fait qu’il porte une réflexion sur le monde contemporain, plus que sur l’Histoire. Quand il affirme qu’Eusèbe de Césarée s’inscrit dans « une longue tradition de vilénies des philosophes mangeant dans la main des puissants », Onfray renvoie moins à l’histoire qu’à la période contemporaine. Pas très sérieux.

« Pinaillage »

La désinvolture dont il fait preuve au sujet de questions philosophiques importantes laisse parfois le lecteur pantois. Comment, en effet, s’affirmer philosophe de l’histoire et résumer la question de la Trinité sous l’expression de « pinaillage théologique » ? Dieu et Jésus sont-ils intrinsèquement la même personne, ou l’un précède-t-il l’autre ? « Pinaillage ». Le néo-décadentiste préfère gloser sur les menstruations de la philosophe antique Hypatie. Soit.

A force de vouloir faire de la philosophie autrement, il en vient à ne plus faire de philosophie du tout. Il lui faut deux cents pages pour affirmer que les peintures représentant Jésus sont « des projections culturelles et mythologiques de l’artiste ». Il lui faut cent pages de plus pour affirmer que l’Inquisition ne s’appuyait pas vraiment sur l’amour du prochain. A force de trop enfoncer les portes ouvertes, le château ontologique souffre de courants d’air.

De la difficulté d’être historien

En jugeant l’histoire avec des outils d’analyses modernes, Onfray peut-il s’envisager sérieusement comme un philosophe de l’histoire ? Tâche délicate que d’analyser le passé, car il faut penser des sociétés très éloignées culturellement et temporellement de nous avec des outils de réflexion contemporains. Onfray a factuellement raison lorsqu’il affirme que la Bible est « misogyne et phallocrate ». Mais il oublie de recontextualiser l’écriture du livre sacré. Ce qu’il avait d’ailleurs très bien fait dans… son Traité d’athéologie.

Le panoptique dressé, impressionnant, se révèle trop ambitieux. Il ne faut pas se méprendre sur Onfray : celui-ci théorise bel et bien la fin de l’Occident judéo-chrétien (ce qui reste discutable), mais ne se pose pas en réactionnaire. Pour lui, la fin des civilisations est inéluctable. Il se trouve que notre génération est là au mauvais endroit au mauvais moment. 650 pages pour un ersatz de Traité d’athéologie sous hormones déterministes. Oubliable, donc.

Décadence, Flammarion, 650p., 22,90€

Event[0]: Dans l’espace, personne ne vous entendra taper.

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Si l’histoire du jeu vidéo est récente, celui-ci comme tout champ culturel se réinvente sans cesse. Il n’est donc pas rare de voir apparaitre au milieu des blockbusters vidéoludiques, des titres qui vont pour ainsi dire changer la donne, voir inventer un nouveau genre en soi. C’est le cas du « walking simulator » soit littéralement et un peu péjorativement « un simulateur de marche ». Loin de là l’idée d’adapter un jeu qui retranscrit les joies de la marche nordique, mais bien une tentative d’apporter de nouvelles expériences aux joueurs, et surtout une expérience narrative. Le joueur endosse alors plus le rôle d’un spectateur qu’un acteur au sens ludique avec un jeu qui lui déroule une histoire. Cette dernière garde tout de même un côté ludique par l’action du joueur qui doit par exemple avancer, prendre des décisions et actionner des mécanismes, mais tout cela de manière très réduite par rapport à un jeu classique.
S’il est vraiment difficile de donner une date précise de naissance du genre, certains osent qualifier le jeu Dear Esther sorti en 2012, comme la graine originelle du walking simulator. Des dizaines de titres, pour la plupart du temps indépendants, ont depuis fait leur apparition et ont apporté leur pierre à l’édifice, décrochant au passage pour certains la statut de « jeu culte » par la communauté. The Stanley Parable (2013), Everybody’s Gone to the Rapture (2015) ou plus récemment FirewatchVirginia et ce qui nous intéresse aujourd’hui, Event[0].


Dans un futur alternatif, les voyages spatiaux font partie du quotidien de l’humanité. L’ITS (International Transport Society) envoie depuis les années 80, une myriade de vaisseaux à la découverte des richesses du système solaire. Vous incarnez ici, un jeune astronaute faisant partie d’une mission spatiale, appelé Europa 11. Alors que vous et votre équipage atteigniez l’orbite de Jupiter, un grave incident se produit. Ejecté du vaisseau et réfugié dans une capsule de survie, vous assistez incrédule au milieu des débris flottants, à la mort de votre équipage. Seul, errant dans le vide spatial vers une mort certaine, vous trouvez cependant son salut par la rencontre avec le vaisseau Nautilus, sorte de vieux paquebot tout droit sortie de l’imaginaire sci-fi des années 80.
Évoluant dans ce vaisseau fantôme mystérieusement inhabité, vous aurez alors pour seul interlocuteur, une intelligence artificielle répondant au doux nom de Kaizen avec qui il faudra collaborer afin de revenir sur Terre.

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Je danse le I.A

Souvent moquées, les IA de jeux vidéo n’ont rien à avoir avec leurs homologues décrites au cinéma. Comme dans la réalité, aucune IA de jeu vidéo n’a aujourd’hui atteint ne serait-ce que 10% de la puissance cognitive d’un HAL 9000 ou d’un Skynet. C’est pourtant la principale « killer feature » d’ Event[0]. Présents sur chacun des terminaux disséminés sur le vaisseau, cette IA nommée Kaizen s’adresse directement au joueur via des lignes de texte monochrome. 20170124004836_1Le joueur est alors libre de taper n’importe quel texte (en anglais) directement via son clavier réel.
C’est ainsi que le dialogue s’instaure. À la fois principal outil pour franchir les obstacles du jeu, mais aussi personnage secondaire et principal moteur de l’intrigue, Kaizen deviendra pour quelques heures votre seul compagnon. Chaque action souhaitée devra passer par un ordre des plus limpide « Ouvrir porte D11 » « Fais descendre l’ascenseur ».Il est néanmoins nécessaire d’avoir de véritables conversations, en enquêtant sur le passé du vaisseau ou en exposant ses plans afin d’avancer dans l’intrigue. Nous sommes en face d’une réelle IA, certes perfectible, mais qui ne se contente pas comme dans les jeux textuels des années 70-80 de recracher des lignes préenregistrées à l’apparition du moindre mot clé. L’orthographe, la curiosité du joueur et même sa politesse influeront grandement sur le déroulé de l’histoire, d’autant plus que Kaizen possède son petit caractère, brouillant encore plus la frontière entre le joueur et la machine.

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« It’s the end of the world, it was a hard trip. »

Event[0] n’est donc pas qu’un vulgaire « walking simulator », simplement délocalisé dans l’espace. Tout comme bon jeu d’exploration, un grand détail a été apporté à l’ambiance et à l’environnement dans lequel évolue le joueur. On nage ici dans des niveaux rétrofuturistes qui pourraient être tout droit sortis du cerveau de Kubrick, rendant un hommage certain à l’esthétique des années 80. Dénué d’interface hormis celle des terminaux, le joueur évolue librement dans le vaisseau à la recherche du moindre indice lui permettant d’avancer, jusqu’à une des trois fins fatidiques qui ne laisseront pas le joueur indifférent.

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Plein de belles promesses, Event[0] propose une escapade et une expérience narrative comme on en voit rarement dans le monde vidéoludique. Principalement aidé par la relation nouée entre le joueur et l’intelligence artificielle, le jeu offre aussi une direction artistique appréciable, surtout pour les fanatiques de sci-fi.
Event[0] rencontre néanmoins quelques turbulences après un décollage réussi. Bouclé en quelques heures seulement, le titre souffre ainsi de lenteurs voir de passages particulièrement confus. Recommandé seulement aux anglophones, le jeu reste néanmoins un bon ambassadeur pour ce genre particulier du monde vidéoludique, qui tend à se développer et à repousser à chaque nouveau titre les limites de l’expérience narrative.

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Scandales et petits cancans : la mode vit plus fort aux Art décoratifs

Jusqu’au 23 avril 2017, l’exposition « Tenue correcte exigée » au Musée des Arts décoratifs de Paris déshabille les tapages vestimentaires qui électrisent depuis le XIVe siècle, les podiums et les rues.

C’est une robe noire élégante. Elle épouse sobrement les formes de ce corps gracile, presque pudiquement, avant de se retourner et de dévoiler par un décolleté vertigineux, le bas de ses reins. Mireille Darc et sa robe disons, osée, signée Guy Laroche dans Le Grand blond avec une chaussure noire en 1972, en avaient fait rougir certains et rugir d’autres. Dans le monde de la mode, les scandales sont nombreux et ne sont pas près de s’apaiser. Des esclandres toujours d’actualité, que l’exposition « Tenue correcte exigée » met en lumière.

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Interdictions et critiques virulentes

Un tableau de Cranach accueille les visiteurs. Cette représentation du péché originel, Adam et Ève nous fixant dans leur plus simple appareil, pourrait prêter à confusion. Étrange choix du commissaire d’exposition Denis Bruna ? Au contraire : c’est bien dans le Jardin d’Eden qu’ont commencé les premiers éclats, l’obligation de se vêtir pour avoir transgressé l’ordre établi, l’appréhension du regard de l’autre et de la critique. « Sac à patates », « Tu es sûr de vouloir sortir comme ça ? », « C’est une robe ou une meringue ? » : des remarques désobligeantes sont susurrées à l’oreille du visiteur, qui ne peut s’empêcher de vérifier d’un coup d’œil son allure dans le miroir. Une belle entrée dans l’univers des podiums, où les créations des couturiers font jaser depuis le XIVe siècle. Certains en ont même fait leur métier : la voix de Christina Cordula, experte en image, sermonne des conseils sur la tenue idéale pour impressionner la belle-famille. Codes vestimentaires et style ne font pas bon ménage.

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Tenues de circonstances et histoires étonnantes

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Elisabeth Vigée-Lebrun, Marie-Antoinette « en chemise », 1783.

Trop court, trop moulant, trop plongeant… Les transgressions à la loi du « savoir-se-vêtir » évoluent au fil de l’exposition. La scénographie vivante de Constance Guisset, avec un judicieux clin d’œil à la typographie des Galeries Lafayette, organise par thématiques ces esclandres aberrants. Parmi eux,  Marie-Antoinette et sa fameuse robe chemise, qui a valu au peintre Vigée-Lebrun le remplacement du portrait de la Reine en 1783 ; Jack Lang accueilli par des exclamations dans l’Hémicycle en 1985 avec son costume au col Mao ou encore les remarques sexistes face à la robe à fleurs de Cécile Duflot en 2012. Pourtant l’histoire de la mode est aussi une affaire d’inversion des codes. Même les chaussures à talons ont changé de destinataire, n’adoptant leur caractère féminin et érotique qu’au XVIIIe siècle. Avant cela, les escarpins étaient la lubie des messieurs…

Des tabous qui ne sont pas prêts de s’arrêter

Sept siècles de tapages sont ainsi contés, à l’appui de plus de 300 vêtements, accessoires, documents d’archives, peintures et vidéos qui font revivre la stupeur face au tee-shirt moulant de Marlon Brando (Un tramway nommé désir) ou devant les publicités unisexes de Levi’s en 1960. De quoi déclencher l’ire des réactionnaires et des moralistes.

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Ces tapages interpellent le visiteur, ébahi par les dates qui ne sont pas si lointaines : en 1880, une femme avait besoin d’une autorisation pour porter un pantalon… Ébahi aussi par les costumes en soie et les robes corsetées des Arts décoratifs qui nous ont déjà fait rêver (« La Mécanique des dessous » en 2013, « Déboutonner la mode » en 2015). Cependant, les propos vont plus loin cette fois : Pourquoi la capuche créée-t-elle la polémique depuis le XIVe siècle ? Quelles stratégies les maisons de mode usent-elles pour continuer à attirer les regards ? A Simone de Beauvoir la conclusion de cette exposition rythmée : « Ce qu’il y a de scandaleux dans les scandales, c’est qu’on s’y habitue ».

« Tenue correcte exigée : Quand le vêtement fait scandale », exposition présente aux Arts décoratifs à Paris, jusqu’au 23 avril 2017.

Resident Evil Chapitre Final : Course au nanar

Quinze ans. Cela fait quinze ans que Milla Jovovich s’évertue à combattre Umbrella Corporation et son armée de morts-vivants dans la peau d’Alice, un personnage qui ne connaît toujours pas ses origines. Rien de tel qu’un retour à Raccoon City, là où tout a commencé, pour se frotter de nouveau à Albert Wesker et la Reine Rouge… et mettre fin à l’Apocalypse. L’occasion également d’enfin apporter des réponses à toutes les questions posées depuis le début de la saga.

Seul hic, Paul W.S. Anderson expédie bien vite ses explications dans un film où crédibilité est mise au placard au profit de scènes d’action bourrines et invraisemblables. Comme d’habitude, et c’est pour ça que Resident Evil reste un plaisir coupable !

Un scénario, quel scénario ?

À chaque épisode de la saga, des questions sont laissées en suspens, aussi bien concernant l’intrigue ou le devenir de certains personnages. Pourquoi Paul W.S. Anderson a-t-il autant à cœur de tout renverser ? S’il n’a pas réalisé tous les Resident Evil (Apocalypse et Extinction, deuxième et troisième volets, ont été mis en scène par Alexander Witt et Russell Mulcahy), Anderson les a du moins produits et scénarisés. 

Aucune cohérence ne se dessine pourtant à travers la saga, qui ne parvient pas à établir sa propre mythologie malgré sa volonté de se détacher des jeux vidéo. Dans ce Chapitre Final, le Virus T trouve un nouvel inventeur, alors que celui-ci était déjà tout trouvé dans le second volet. Rien que dans sa scène introductive, Anderson démonte ce semblant de cohérence… avant de nier la fin de l’épisode précédent. Une bataille à la Maison Blanche, où Alice et ses alliés (parmi lesquels figuraient Jill Valentine, Leon S. Kennedy et Ada Wong, héros des jeux) étaient contraints de s’allier avec Albert Wesker, ennemi ultime. Anderson éclipse la scène en une réplique : c’était un piège. Comme c’est arrangeant.

Pour l’amour du kitsch

La structure du film, semblable à tous les autres volets, n’engage pas non plus à de grands développements : Alice a quarante-huit heures pour se rendre de nouveau à Raccoon City et sauver le monde. Sur sa route, elle retrouve Claire Redfield (Ali Larter), ressortie tout droit de… on ne sait trop où, après avoir disparu à la fin du quatrième volet (l’excuse est, elle aussi, affreusement simpliste). Qui donc pour entourer nos deux héroïnes ? Une bande de personnages fades, dont on ne retiendra pas les noms puisqu’ils ne sont que prétexte au massacre. Face à eux, on s’attendait à un Wesker grandiloquent, mais c’est Ian Glenn qui endosse le rôle du méchant, dans la peau du Dr. Isaacs. Oui, il est mort dans le troisième volet. Mais Anderson a sa réponse toute faite depuis deux volets : des clones.

Ce Chapitre Final se veut donc aussi kitsch dans son scénario que dans sa mise en scène : Glenn n’incarne plus un scientifique avide de résultats mais un vieux taré survivaliste et Shawn Roberts subit la démystification totale du personnage de Wesker, pourtant le plus badass de la saga. Faible temps à l’écran, aucun moment de bravoure : Wesker n’a rien de son personnage.

Restent donc ces longues séquences d’action complètement invraisemblables, comme seule la saga Resident Evil sait le faire : combat sur un SUV entre Alice et le Dr. Isaacs poursuivis par une horde de zombies sortant de nulle part, le massacre de cette horde sous une pluie d’essence et de balles, et des combats au corps à corps musclés – si l’on en croit le nombre d’os que l’on entend se briser. L’action est souvent illisible, la faute à un montage épileptique à la Taken et à une photographie aussi sombre qu’au fin fond d’un Lurker. 

Resident Evil Chapitre Final est une conclusion décevante, qui se rajoute des wagons prêts à dérailler au lieu de chercher à lier ceux déjà présents. Un film d’action au penchant nanardesque assumé, qui impressionne toujours autant par son incroyable extravagance.

Critique disponible dans sa version complète sur Silence Moteur Action.

Gabin Fontaine